Santé

Covid-19: dérembourser les «tests de confort», est-ce vraiment une bonne idée?

Temps de lecture : 6 min

Le processus de dépistage pourrait vite devenir contraignant, pas totalement sécurisé sur le plan sanitaire, et engorger le système de santé de premiers recours.

Une pharmacienne réalise un test antigénique, à Trouville-sur-Mer, le 4 août. | Sameer Al-Doumy / AFP
Une pharmacienne réalise un test antigénique, à Trouville-sur-Mer, le 4 août. | Sameer Al-Doumy / AFP

À l'issue du conseil de défense sanitaire du 11 août 2021, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, avait annoncé la fin de la gratuité des tests de dépistage pour le 15 octobre. Alors que nous cheminons vers cette date et que, dans le même temps, la situation sanitaire semble s'améliorer et que l'on parle d'alléger les restrictions localement, nous souhaitons nous interroger sur la pertinence qu'il y a à ne rembourser les tests virologiques que lorsqu'ils sont prescrits par un médecin.

Aujourd'hui, tous les résidents français ont accès aux tests R-PCR ou antigéniques gratuitement, aussi bien dans des centres de dépistage qu'en pharmacies, en laboratoires de biologie médicale ou auprès de professionnels de santé (médecins, infirmiers, kiné…) qui les proposent.

Hors prescription médicale et hors situation de cas contact, les touristes étrangers doivent, pour leur part, débourser 43,89 euros pour un test PCR ou 25 euros pour un test antigénique depuis le 7 juillet. Selon toute vraisemblance, puisqu'à ce jour nous n'en savons pas davantage, les résidents français se trouveront dans des dispositions similaires au 15 octobre prochain.

Un bénéfice individuel direct

Le fait est que depuis l'instauration du pass sanitaire, on a effectué un glissement avec l'impression que seules les personnes non vaccinées se font tester pour obtenir le précieux QR code. Des tests que l'on pourrait qualifier de «confort» avec les guillemets nécessaires, ou en tout cas, des tests centrés sur le bénéfice individuel direct et conditionnés par le seul fait de pouvoir aller au bar, au restaurant ou au cinéma. On comprend facilement que, vu sous cet angle, le remboursement apparaisse comme un surcoût pour la Sécurité sociale.

Un centre de dépistage auquel nous avons demandé s'il y avait des excès, des personnes qui viennent se faire tester tous les 2-3 jours en vue de conserver leur pass sanitaire, nous confirme que de telles dérives existent. Il est bien évidemment impossible de les chiffrer tant quantitativement qu'économiquement, mais on ne saurait les nier.

Le prix des tests est loin d'être anodin et la facture grimpe très vite s'il faut tester une famille.

Mais n'oublions pas toutes les autres situations que nous qualifierons d'altruistes, où faire un test n'apporte que peu de bénéfice individuel direct et vise avant tout à protéger les autres et à lutter individuellement contre la circulation du virus, que l'on soit vacciné ou non.

En effet, d'une part, des personnes qui ne veulent pas se faire vacciner peuvent néanmoins être désireuses de protéger les autres et se faire tester dès lors qu'elles se trouveraient dans une situation où elles seraient susceptibles de contaminer des tierces personnes ou qu'elles auraient des symptômes. Ces personnes qui ne sont pas vaccinées –souvent vaccino-indifférentes et qui n'ont pas besoin de pass sanitaire au quotidien– sont potentiellement des personnes précaires qui ne vont pas au café ou au restaurant. Le prix des tests est loin d'être anodin et la facture grimpe très vite s'il faut tester une famille, cela risque de constituer un frein important au dépistage.

Un test n'attend pas

D'autre part, même si la vaccination réduit fortement les risques de transmission et d'infection au Covid-19, elle ne les fait pas disparaître à 100%. Des personnes vaccinées peuvent alors vouloir se faire tester avant une situation où elles se retrouveraient sans masque ou dès l'apparition du moindre symptôme évocateur du Covid et ce, dans le but de s'isoler et d'éviter tout risque de transmission. En somme, ne conviendrait-il pas de décorréler tests Covid et obtention d'un pass sanitaire?

Ici, bien sûr, on pourrait se dire que ce serait assez logique de s'en remettre à une prescription médicale pour se faire tester. Après tout, le médecin traitant est la porte d'entrée vers le soin et il faut disposer d'une ordonnance pour procéder à des investigations aussi courantes qu'une prise de sang ou une radio.

C'est le rôle du médecin que d'évaluer la nécessité de faire réaliser telle ou telle analyse ou examen puis de proposer une stratégie de traitement au vu des résultats. Dès lors, on pourrait ne pas trouver du tout aberrant que quelqu'un qui présente des signes de Covid nécessite une prescription médicale pour se faire tester. Reste qu'en premier lieu, il faudrait déterminer la symptomatologie précise qui justifie un test. Or, on le voit bien depuis le début de la pandémie, le Covid est cliniquement protéiforme et peut passer pour n'importe quelle virose –avec la saison froide arrivant, ces signes peu spécifiques ne manqueront pas.

Mais ce n'est pas le plus gros des écueils. Aujourd'hui, en France, nous sommes parfaitement bien équipés pour permettre à chacun d'effectuer un test virologique Covid dans la journée au moindre nez qui coule ou mal de tête. Aujourd'hui, chacun peut ainsi facilement, rapidement et gratuitement prendre ses responsabilités dès lors qu'il redoute d'être susceptible d'être porteur du Covid. Car un test n'attend pas, ses résultats non plus.

Dogme gouvernemental

Que se passera-t-il alors lorsque la donne changera? Se rendre chez son médecin prend du temps: il faut prendre rendez-vous, s'y rendre, attendre en salle d'attente, puis ensuite aller dans un lieu de dépistage. Le process est largement compliqué, pas totalement sécurisé sur le plan sanitaire, coûteux et pourrait venir engorger le système de santé de premier recours. Mais qui ira perdre une demi-journée pour une goutte au nez alors qu'auparavant il suffisait de se rendre dans une pharmacie ou un centre de dépistage? De plus, lorsque l'on se rend chez le médecin, il est souvent nécessaire d'avancer les quelque 25 euros de la consultation. Cela reste un luxe réservé aux urgences et aux cas graves pour certaines personnes.

On pourrait imaginer de rembourser uniquement les tests dits altruistes.

En outre, en France, le délai pour avoir rendez-vous avec un généraliste est actuellement de six jours, soit le temps suffisant pour contaminer en nombre et pour que, in fine, le virus devienne indétectable. En gros, on aurait au minimum 6-7 jours entre le début des symptômes et le test et entre 7 à 8 jours de délai entre l'apparition des symptômes et les résultats du test… C'est, de toute évidence, bien trop long, tout en étant extrêmement contraignant pour tout le monde.

On comprend bien l'idée de vouloir dérembourser les tests et cela s'inscrit dans le nouveau dogme du gouvernement qui a mis de côté le «quoi qu'il en coûte» pour retourner à une logique plus comptable. Un dogme aussi qui a fait du testing non plus un moyen de lutter contre le virus, mais une manière de d'obtenir un précieux QR code. Dans ce dogme, dérembourser les tests correspond à pénaliser les personnes non vaccinées qui souhaitent obtenir un pass sanitaire. Le reste est occulté…

«L'emmental de protection»

Alors, comment faire pour continuer à promouvoir le testing sans donner l'impression de réserver un traitement de faveur aux personnes qui font le choix de ne pas se faire vacciner tout en voulant conserver une vie sociale? On pourrait imaginer de rembourser uniquement les tests dits altruistes, c'est-à-dire tous ceux qui ne visent pas l'obtention d'un pass sanitaire. Pour dire les choses autrement, le choix serait laissé aux patients: s'ils veulent un QR code, pour aller au restaurant par exemple, le test ne serait pas remboursé. En revanche, s'ils craignent d'avoir été contaminés, le test serait remboursé, mais dans ce cas-là, pas de QR code.

Et, parce que dérembourser les tests sans prescription enlève une tranche de «l'emmental de protection», on pourrait concevoir de nouvelles couches, comme une dotation mensuelle de chaque foyer en autotests, comme en Suisse en avril dernier. La systématisation des tests dans les établissements scolaires, quitte à les pooler par classe avec parcimonie, serait également une très bonne initiative d'autant que les enfants de moins de 12 ans ne sont pas éligibles à la vaccination. Ce dernier point semble à l'évidence essentiel –d'ailleurs, une note du Conseil scientifique relayée dans Le Monde du 18 septembre insiste sur cet aspect en dépit de ce qui se passe actuellement dans les écoles.

Et il conviendra de demeurer agile et de remettre à l'ordre du jour le remboursement de tous les tests si la situation venait à se tendre à nouveau.

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