Société

Logan Nisin, les leçons d'une affaire terroriste d'ultra-droite

Temps de lecture : 12 min

Le parcours des six membres de l'OAS, dont le procès s'ouvre ce 21 septembre, témoigne d'une radicalisation violente symptomatique de ces groupes racistes.

Les groupes Œuvre française et Action française lors d'une manifestation pour commémorer Jeanne d'Arc, le 12 mai 2013, à Paris. | Miguel Medina / AFP
Les groupes Œuvre française et Action française lors d'une manifestation pour commémorer Jeanne d'Arc, le 12 mai 2013, à Paris. | Miguel Medina / AFP

Du 21 septembre au 5 octobre se tient le procès de Logan Nisin, chef d'un groupe radical fondé en 2016 dans la région marseillaise. Sa formation avait repris le nom de la structure terroriste Organisation de l'Armée Secrète (OAS) qui, à la fin de la guerre d'Algérie, fit environ 1.500 morts et 5.000 blessés, dans les départements algériens, et 71 morts et 394 blessés sur le territoire métropolitain.

En juin 2017, la dizaine de membres de cette néo-OAS est arrêtée alors qu'ils fourmillaient de desseins peu dégrossis de passages à l'action. Les parcours de ses membres répondent à quelques questions sur la radicalisation violente aujourd'hui.

Les milieux militants

La naissance de l'OAS est provoquée par la dissolution en 2013 des néofascistes Jeunesses Nationalistes, mouvement de jeunesse de l'Œuvre française dissoute également à la suite du meurtre du militant antifa Clément Méric. Ce milieu vient de loin et a déjà été interdit à de multiples reprises, représentant une tradition ancrée du néofascisme français. L'origine en est la fondation en 1949 de Jeune Nation par les frères Sidos, les fils du haut cadre de la Milice François Sidos, fusillé à la Libération en raison de ses liens avec la Gestapo, et en particulier l'ancien franciste et milicien Pierre Sidos. Le mouvement et ses surgeons sont régulièrement dissous depuis.

Néanmoins, en 2013, la dissolution de ces deux groupes leur fait perdre les deux tiers de leurs militants, qui abandonnent l'action politique ou partent ailleurs. Un groupe d'une quinzaine de jeunes Marseillais donne jour au Mouvement populaire Nouvelle Aurore (MPNA) en mars 2014, en imitant l'organisation grecque néonazie Aube dorée. Une douzaine de militants de la région parisienne fondent une seconde cellule, et des embryons de sections voient le jour en Bretagne et Champagne-Ardennes –soit une cinquantaine de personnes en tout. En septembre 2014, le MPNA obtient un scandale national grâce à une vidéo postée sur YouTube où ses militants recouvrent la stèle marseillaise dédiée à Missak Manouchian, héros arménien de la Résistance française, tout en l'injuriant. En décembre, deux militants sont arrêtés après avoir évoqué sur Facebook la possibilité d'incendier une synagogue.

En 2015, le chef du MPNA décide de rejoindre le Parti de la France, une petite scission du Front national –dont on a parlé cet été à propos de Cassandra Fristot, la jeune femme à la pancarte antisémite lors des manifestations à Metz. Le nouveau chef, Logan Nisin, a d'abord été au FN avant d'aboutir aux Jeunesses nationalistes. Il est de Vitrolles, ville qui fut de 1995 à 2002 aux mains de Bruno Mégret, le numéro deux du FN jusqu'en 1999. La référence néonazie du MPNA a attiré l'attention des services de l'État: une fiche «S» est produite à son encontre en juillet 2014.

Pourtant, le jeune homme n'est pas d'un bloc. Il décide de rejoindre la royaliste Action française (AF). Le choix peut surprendre, étant donné le côté réactionnaire et vieillot du groupe, mais se comprend par un double contexte. À l'échelle nationale, l'AF a été très active dans le cadre de la manifestation d'extrême droite Jour de Colère. Le 26 janvier 2014 à Paris, ce cortège, ponctué par des cris de slogans antisémites, a rassemblé 17.000 personnes pour exiger la démission du président de la République. Une vingtaine de policiers a été blessée lors d'affrontements avec les manifestants. 262 d'entre eux ont été interpellés, parmi lesquels une douzaine de membres de l'AF.

À l'échelle marseillaise, la section locale de l'AF est alors dans une dynamique activiste avec des heurts réguliers contre l'ultra-gauche. La section ayant été infiltrée par le journaliste Valentin Pacaud, on sait qu'elle a un noyau dur de quarante jeunes et un halo de 200 sympathisants. L'un des fondateurs est un ancien skinhead, passé par les Identitaires. Les militants pratiquent le salut fasciste, honorent la mémoire du maréchal Pétain et de l'OAS et fréquentent leurs voisins italiens de CasaPound. Une ambiance bien loin du côté vieillot, donc…

Ainsi, le parcours militant de Logan Nisin est cohérent non pas si on le considère en termes de sous-courants idéologiques (le national-populisme du FN, le néofascisme des Jeunesses nationalistes et le nationalisme intégral de l'AF étant trois projets très éloignés) mais comme étant hétéronormé par: a) ses détestations; b) son désir d'action directe; c) l'inscription dans un légendaire militant, de Jeune Nation à Aube dorée.

Le 13-Novembre et la guerre d'Algérie

Pour ces jeunes hommes, les attentats du 13 novembre 2015 sont autant un choc qu'un révélateur de ce qui était à l'œuvre. Logan Nisin connaît quelqu'un dont la fille a été tuée. Pour un autre des membres de la future OAS, il s'agit, dit-il, de «protéger les Blancs» et de «s'attaquer à la communauté musulmane». Le groupe dissout le MPNA. Logan Nisin songe d'abord à émigrer en Hongrie, puis en Pologne, étant rassuré par l'illibéralisme de leurs régimes. Finalement, il trouve en France un succédané à son désir communautariste: il devient le trésorier de l'association France Village, proche du nationaliste blanc Daniel Conversano.

Des militants du groupe Action française, à Marseille, le 2 octobre 2017. | Boris Horvat / AFP

Ce projet vise à récolter des fonds pour édifier un «éco-village nationaliste», une communauté urbaine nationaliste blanche qui se réfère au village afrikaner d'Orania mais évoque surtout les «aryan nations» américaines (des communautés réservées aux nationalistes blancs), voire peut être rapprochée des projets de «villages musulmans» menés par des salafistes dans la France des années 2000. Ce passage importe d'autant plus que le directeur de Tracfin, le service de renseignement contre les circuits financiers clandestins, a précisé que son service avait établi des liens entre les membres de l'OAS, leurs achats d'armes et «une association dont le but est de développer des éco-villages».

En novembre 2016, un an après les attentats, avec huit camarades, Logan Nisin lance l'OAS. Dans ce noyau de neuf jeunes hommes, quatre ont des pères membres de forces de l'ordre et un souhaitait être recruté par l'armée. Mais si le clin d'œil à l'OAS est d'emblée assumé, le sigle signifie d'abord «Organisation d'armées sociales» car les membres veulent copier en France le mouvement CasaPound et son pseudo-activisme social. L'action sociale est conçue comme devant permettre de couvrir l'action violente qui serait exécutée en Provence par un «Groupe Cigale» –cet animal est typique de la région, mais il s'agit aussi d'une plaisanterie ancienne dans l'extrême droite française, la prononciation de ce terme pouvant être faite de façon à évoquer le «Sieg Heil» nazi.

«Si on doit intimider une
population arabe et africaine,
il faut un symbole fort.»
Logan Nisin, lors de sa garde-à-vue

N'empêche: durant sa garde-à-vue, à un policier qui lui demande pourquoi il a choisi le nom «OAS», Logan Nisin répond: «Si on doit intimider une population arabe et africaine, il faut un symbole fort.» Il justifie ses projets d'homicides contre des personnes issues de l'immigration –en ciblant kebabs, mosquées, dealers– par les attentats islamistes endurés et le pragmatisme méthodologique: il s'agit d'«enclencher une remigration basée sur la terreur», retournant même la formule destinée aux Français à la fin de la guerre d'Algérie, «la valise ou le cercueil».

La dynamique mémorielle correspond à la représentation du présent. Ainsi, le jeune homme et un de ses camarades se mettent à participer aux commémorations de l'OAS organisées par l'Association pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus de l'Algérie française (ADIMAD), non sans quelque espoir de bénéficier de dons financiers des anciens rapatriés pour leur entreprise. Au-delà, cela correspond à une tendance fondamentale: l'assimilation du djihadisme à une poursuite de la guerre d'Algérie. Cette idée s'est répandue dès janvier 2015, et a été particulièrement diffusée par Éric Zemmour, déclarant en 2016 que «nous sommes dans la revanche de la guerre d'Algérie», ou, en 2018, intervenant pour justifier l'usage de la torture par l'armée française durant cette guerre, que cela répondait à un terrorisme représentant «tous les jours un Bataclan».

L'Aimant

Il n'est pas fortuit que la néo-OAS naisse à Marseille. Déjà, en 1961, s'y était déroulé un quart des 374 attentats à l'explosif effectués en régions par les partisans de l'Algérie française. En 1973, après qu'un Algérien ait égorgé un chauffeur de bus phocéen et blessé six clients, une vague de violences racistes déferle: des Maghrébins sont tués à la hache, par balles, noyés (seize morts et autant de blessés). Le consulat d'Algérie est l'objet d'un plasticage qui fait quatre morts et vingt-trois blessés. Les auteurs sont des extrémistes de droite, pour l'essentiel des anciens de l'OAS. La revendication de l'attaque du consulat se fait en affirmant qu'il s'agit de répondre à la colonisation algérienne de la France avec les moyens qu'utilisèrent les Algériens pour se défaire de la colonisation française…

Non seulement Marseille fait partie des zones historiques d'implantation de la radicalité de droite, mais la ville et ses environs font partie des théâtres classiques des violences d'extrême droite durant les dernières décennies. D'ailleurs, le groupe néonazi Blood and Honour Hexagone dissous par l'État en juillet 2019 avait également ses douze adhérents, quatre impétrants et sept sympathisants concentrés sur la région marseillaise. La région PACA, enfin, est propice à mobiliser la mémoire de la guerre d'Algérie: en 2014, la communauté des rapatriés y représente 15% du corps électoral.

«Rebeux, blacks, racailles, migrants, dealers, djihadistes. Toi aussi tu rêves de tous les tuer? Nous en avons fait le vœu. Rejoins l'OAS!»
Un message de recrutement sur les réseaux sociaux de l'OAS

La néo-OAS ne s'y limite pourtant pas totalement, puisqu'un membre vit dans les alentours de Perpignan, où, en 2014, les rapatriés représentent 5,5% du corps électoral mais 16,7% des effectifs de la section FN locale. La commune est depuis lors la seule grande ville passée au Rassemblement national lors des élections municipales de 2020, mais on peut noter qu'on y trouve aussi le général retraité Antoine Martinez qui préside l'association des officiers de réserve des Pyrénées-Orientales, ainsi que les Volontaires pour la France, formation d'extrême droite née des attentats de janvier 2015 et dont la scission Action des Forces Opérationnelles (AFO) faite post-attentats de novembre va dériver vers les projets terroristes.

Pour permettre l'entraînement légal des membres de l'OAS, les statuts d'une association de tirs et sports en plein air sont déposés à la préfecture de Perpignan fin 2016. Un détail est idéologiquement révélateur: l'association fait référence à l'identité «occitane», or Perpignan est la seule ville du Sud-Ouest à ne pas être «occitane» mais «catalane», et les Perpignanais sont chatouilleux sur ce point… Ce hiatus identitaire est très étonnant de la part de la radicalité de droite, mais il laisse entendre que les revendications quant à la blanchité et la nation peuvent aussi à voir avec un manque d'insertion dans le cadre quotidien. En tous cas, la géographie de l'OAS témoigne que, quoique marginaux socialement et politiquement, ses hommes participent bien de leurs temps et espace, avec en héritage toutes les crispations identitaires de la société française.

Agir local, haïr global

Si le groupe est local, il participe d'une dynamique globale, et en est conscient. Logan Nisin crée en 2016 une page Facebook faisant l'apologie d'Anders Breivik (dont les attentats de 2011 en Norvège ont fait soixante-dix-sept morts et 151 blessés) qui, un an après, compte plus de 3.000 contacts. Il y rend également hommage à Alexandre Bissonnette (attaque d'une mosquée à Montréal en 2017, six morts, huit blessés) qu'il qualifie de «frère».

Sa maîtrise de l'idéologie y souffre de lacunes. Celui qui se définit comme «antisioniste» écrit sur le réseau social que les juifs feraient mieux de «retourner en Israël» avant qu'il ne soit trop tard pour eux. Sur ses réseaux, il crée des panneaux de recrutement de son mouvement: «Rebeux, blacks, racailles, migrants, dealers, djihadistes. Toi aussi tu rêves de tous les tuer? Nous en avons fait le vœu. Rejoins l'OAS!», ou «Chasseurs d'Arabes». C'est cette communication, conjointement au fait qu'il soit licencié d'un stand de tir, qui amène les services étatiques à s'intéresser de près à l'OAS.

Le groupe Jeunesses nationalistes révolutionnaires participe à un rassemblement d'extrême droite pour dénoncer la «mondialisation», à Paris, le 8 mai 2011. | Thomas Samson / AFP

Comme Anders Breivik ciblant les jeunes travaillistes, mais surtout comme l'essentiel des radicaux de droite violents en Europe depuis 2015, le militant considère que non seulement les Européens seraient aujourd'hui en état de légitime défense face aux musulmans, mais aussi contre ceux qui seraient les complices d'une invasion –d'où les projets d'attaques contre le ministre Christophe Castaner, Jean-Luc Mélenchon (en vague idée), ou un bar fréquenté par la gauche marseillaise. Si la gauche est tant haïe c'est parce qu'elle est considérée comme le vecteur du «mondialisme».

Le positionnement idéologique

La radicalisation de l'OAS, tout comme celle de l'AFO, est accélérée et justifiée par les attentats djihadistes. Même s'ils disposent de bases idéologiques préexistantes, elles sont activées en un sens violent par le 13-Novembre. Les groupes ont vu les attentats de 2015 comme la démonstration que la société multi-ethnique et muli-culturelle serait une pièce du djihad. C'est ainsi ce dernier qui met l'antisémitisme en seconde position au bénéfice de l'islamophobie, même si les violences d'extrême droite ciblent les personnes d'origine arabe plus que de confession juive depuis 1982.

Cet aspect est particulièrement manifeste avec le groupe marseillais, aux actions antijuives ou anti-mémoire de la Résistance quand il use d'un cadre référentiel néonazi, aux projets anti-Arabes quand il se coule dans la mémoire de la guerre d'Algérie. C'est le positionnement idéologique qui prédétermine la radicalisation violente, il n'en est pas le prétexte mais le déterminant.

57% des catholiques pratiquants affirmaient qu'ils ne condamneraient pas des attaques anti-musulmans effectuées après un attentat djihadiste.

Si ces individus peuvent le faire, c'est qu'ils ne sont pas des «fous», mais participent de l'état moral de la société française. Cette dernière a su faire montre d'une résilience certaine. À la suite du meurtre d'un couple de policiers en juin 2016 par un djihadiste, 73% des sondés pensaient que des actes de représailles incontrôlés se produiraient en cas de nouvel attentat. Pour l'instant, la situation est demeurée sous contrôle. Néanmoins, le même sondage montrait que si de telles représailles avaient lieu, seuls 51% des sondés les condamneraient, 39% les comprendraient, et 10% les cautionneraient. En outre, les secteurs sociaux stabilisateurs s'avéraient particulièrement soumis à la tentation contre-terroriste: 36% des cadres supérieurs et des professions libérales, 39% des titulaires d'une licence universitaire, et 57% des catholiques pratiquants affirmaient qu'ils ne condamneraient pas des attaques anti-musulmans effectuées après un attentat djihadiste.

Ce sont là des données qui éclairent certes l'évolution des membres des Volontaires pour la France vers l'AFO, ou, à bas bruit, l'engouement actuel d'une part des médias pour un prophète de «remigration» et de Saint-Barthélémy. Mais si un cas comme celui de l'OAS et AFO démontre l'importance d'une socialisation idéologique et d'un milieu militant, ces données soulignent comment le soutien à l'État de droit dans le cadre de la lutte contre le djihadisme se trouve de plus en plus fragilisé.

Le procès d'un homme

Bien sûr, ces remarques structurelles ne sauraient faire omettre que le procès qui s'ouvre est celui d'un homme, jeune au moment des faits, présumé innocent comme tout justiciable. Les radicaux violents de droite ont une particularité par rapport aux radicaux d'autres tendances. Loin d'utiliser leur procès comme une tribune médiatique de leur vision du monde (tels actuellement Salah Abdeslam au procès des attentats du 13-Novembre, mais aussi jadis tels les extrémistes de gauche d'Action directe), ils y dépolitisent leurs carrières militantes dans une recherche d'indulgence de l'autorité judiciaire.

Les accusés mettent en avant leur transformation physique et morale: ils se présentent comme ayant connu une dérive sociale les ayant malencontreusement menés aux faits pour lesquels ils sont incriminés. Les stratégies de leurs avocats rentrent parfois en contradiction avec le déroulé classique d'un procès –ainsi lors du procès d'appel au printemps dernier du meurtre de Clément Méric, les amis politiques de la victime ont eu l'impression que l'un des avocats des accusés était moins là pour sauver ses clients que pour s'offrir une propre tribune médiatique.

Dans ce contexte, le journaliste Paul Conge a révélé il y a quelques jours un long courrier de Logan Nisin. Ce dernier y explique le processus de déradicalisation qu'il a connu durant ses années de détention préventive, la façon dont il aurait fait litière d'une idéologie sommaire qui l'aura amené uniquement à détruire sa propre vie sociale. Il appartiendra aux jurés de juger sereinement un homme pour ses actes, en un moment où la société autour d'eux est prise entre l'agitation d'une précampagne où Marine Le Pen n'a plus le monopole de l'extrême droite et où le procès du 13-Novembre renvoie chacun au choc de cette attaque –amenant beaucoup de nos compatriotes à une radicalisation non comportementale, comme l'accusé, mais cognitive.

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