Politique

Primaire écologiste: Jadot-Rousseau, les écolos que tout oppose

Temps de lecture : 4 min

M. Pragmatique et Dr Radicale ont été qualifiés au premier tour du scrutin et filent vers un second tour incertain.

Sandrine Rousseau et Yannick Jadot lors d'une conférence de presse, le 12 juillet, à Paris. | Geoffroy Van Der Hasselt / AFP
Sandrine Rousseau et Yannick Jadot lors d'une conférence de presse, le 12 juillet, à Paris. | Geoffroy Van Der Hasselt / AFP

Comme une évidence, le favori Yannick Jadot (27,7% des voix) est sorti en tête du premier tour de la primaire écologiste dimanche 19 septembre. Comme une évidence, Jean-Marc Governatori a fini bon dernier avec 2,35% des suffrages exprimés. Hormis ces deux résultats, les coups de théâtre annoncés par les observateurs ont bien eu lieu. Le premier: la qualification de Sandrine Rousseau pour le second tour du 25 au 28 septembre, même si la dynamique de sa campagne dans les dernières semaines laissait clairement suggérer que la marche n'était pas si haute que ça.

À l'annonce des résultats, elle s'est d'ailleurs empressée de minimiser l'étonnement que pouvait susciter le faible écart de 3.000 voix la séparant de Yannick Jadot. «Ce résultat n'est finalement une surprise que pour les personnes qui n'ont pas saisi ou qui n'ont pas voulu voir les évolutions de la société, les modifications en son sein qui prônent et qui portent des mesures ambitieuses, une politique courageuse et une incarnation différente.»

Il est vrai que la plus grande surprise de la soirée est peut-être ailleurs: dans la non-qualification pour le second tour d'Éric Piolle, ou dans les 22,32% recueillis par Delphine Batho, troisième, alors qu'elle présentait, comme Jean-Marc Governatori, une candidature hors du parti EELV. Et, tandis que le maire de Grenoble confiait sa déception au Dauphiné Libéré après des mois à arpenter l'Hexagone lors de soixante-quinze déplacements, Delphine Batho était tout sourire. Dans une courte vidéo publiée sur la chaîne YouTube de son parti, elle se félicite d'avoir fait émerger le concept de décroissance dans les débats. «Nous avons planté, dans cette campagne de la primaire, la première graine d'un nouveau chemin et d'une nouvelle espérance.» Malgré cette satisfaction, la suite du chemin de cette primaire se fera sans elle, il sera emprunté par Sandrine Rousseau et Yannick Jadot, deux personnalités politiques aux projets écologiques diamétralement opposés.

Deux discours déjà rodés

Cette semaine, chacun va jouer sa partition. Sandrine Rousseau devrait mettre en avant la «radicalité» de son projet et Yannick Jadot marteler son «écologie de gouvernement». Le tout en évitant, normalement, les coups trop frontaux. Les différents débats écologistes de cette primaire ont été, jusque-là, plutôt apaisés. Presque trop pour Ruth Elkrief qui paraissait regretter les traditionnelles chamailles politiciennes lors du débat télévisé qu'elle animait le 8 septembre dans le cadre de cette primaire.

«Moi, je suis une écologiste de gauche, radicale, sociale.»
Sandrine Rousseau

Lors de son discours ce 19 septembre, Yannick Jadot a préféré viser une nouvelle fois ailleurs que dans son camp. Un coup pour le président: «Vous vous souvenez d'Emmanuel Macron “Make the planet great again”? C'est le même.» Un coup pour Éric Zemmour: «C'est une formidable leçon, au moment où certains veulent interdire des prénoms, au moment où certains veulent rétablir la peine de mort.» C'est tout juste si Sandrine Rousseau a, elle, nommé son adversaire pour marquer sa différence. «Yannick Jadot porte une écologie, que je respecte, mais qui n'est pas la mienne. Moi, je suis une écologiste de gauche, radicale, sociale.»

Ruth Elkrief est prévenue, pour le second débat qu'elle animera, l'ancienne vice-présidente du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais va avoir à cœur de marquer sa différence pour remporter la primaire, quand Yannick Jadot semble déjà presque se projeter sur l'élection d'après, en se posant comme un élément centriste, pragmatique, rassembleur et donc, se doter d'une stature présidentiable, qui, si l'on en croit les commentateurs et commentatrices politiques, fait défaut aux candidatures écologistes.

Des programmes tranchés

Si les deux favoris initiaux de cette primaire, Éric Piolle et Yannick Jadot, l'avaient emporté, la différence, tant sur le style que sur le fond, aurait été réelle, mais tout de même moins marquée. Un coup d'œil sur les propositions de Yannick Jadot et de Sandrine Rousseau suffit. Exemple: le premier propose de créer un «revenu citoyen» de 665 euros en fusionnant le RSA et la prime d'activité, la seconde jure par un revenu d'existence à hauteur de 850 euros.

Dans beaucoup de domaines, Sandrine Rousseau, promouvant l'écoféminisme, dépasse l'ancien directeur de Greenpeace France par sa gauche, comme sur sa proposition de semaine de quatre jours de travail. Sur les institutions, Yannick Jadot souhaite réformer la Ve République en ouvrant le débat sur davantage de proportionnelle pour les législatives, l'ouverture du vote à 16 ans et le passage au septennat non-renouvelable. Sandrine Rousseau propose de réunir une convention citoyenne pour changer de République, ce qui la rapproche du projet porté par Jean-Luc Mélenchon. En 2015, elle s'était d'ailleurs alliée avec le Parti de Gauche, dirigé par le tribun, lors des régionales.

Sur l'après primaire aussi, les positions divergent. Yannick Jadot, qui avait pourtant été l'artisan de discussions pour une candidature unique à gauche cette année, semble peu enclin à rejouer le conciliateur et encore moins à s'effacer derrière le PS. «Je ne veux ni la dilution de l'écologie dans un autre mouvement politique ni une écologie identitaire forcément minoritaire, avait-il déclaré à Reporterre. Il y a cinq ans, parce que ça a été le choix du mouvement EELV, nous avons retiré la candidature écologiste au profit du candidat choisi par les socialistes, Benoît Hamon, parce qu'il avait un programme inspiré par l'écologie. Le résultat a été pour le moins décevant.» À plusieurs reprises, Sandrine Rousseau a, de son côté, rappelé qu'elle pourrait faire alliance avec une personne en mesure de faire sortir la France des pesticides d'ici cinq ans.

Contrairement à Delphine Batho et Éric Piolle qui se sont bien gardés de donner des consignes de vote, Jean-Marc Governatori ne s'est pas privé de lâcher sa préférence. Le seul candidat de cette primaire à assumer ne pas être de gauche a confié à Nice-Matin apporter son soutien à Yannick Jadot, qu'il estime être le représantent d'une écologie au centre. 2,35% pourront-ils faire la différence dans ce face-à-face électoral peu lisible?

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