Comment l’économie bénéficie-t-elle de l’épargne solidaire?
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Comment l’économie bénéficie-t-elle de l’épargne solidaire?

Temps de lecture : 4 min
Slate.fr

Aujourd’hui, investir dans une épargne solidaire est avant tout un choix éthique et personnel. Pourtant, ce placement participe activement à la transition des entreprises pour répondre aux enjeux climatiques et devrait être mieux connu.

Comment, en tant qu’épargnant, aider à préparer l’avenir? Comment connaître l’impact des investissements? Et comment encourager ces placements qui conduisent vers une société plus responsable?

Des placements méconnus

Selon un récent sondage IFOP, plus de six Français sur dix accordent de l’importance aux impacts environnementaux et sociaux dans leurs décisions de placements financiers. Pourtant, peu investissent dans des fonds socialement responsables: seulement 5 % d’après la même enquête. La raison? Pour beaucoup, ils n’en ont jamais entendu parler!

Alors qu’un surplus de 142 milliards d’euros a été mis de côté en de mars 2020 à mars 2021 en raison de la pandémie du Covid-19, de quelle manière orienter cet argent vers l’épargne responsable? En rappelant d’abord que le rendement des fonds responsables est aussi bon, voire même parfois meilleur, que celui des fonds dits traditionnels. Ils ont montré globalement une meilleure résistance à la crise sanitaire. Et surtout en insistant sur l’impact réel que ces placements peuvent avoir sur la société et l’économie.

L’épargne pour transformer la société

Aujourd’hui, plus personne ne peut ignorer le changement climatique, enjeu majeur des années à venir. Notamment parce qu’il y a en ligne de mire l’objectif de la neutralité carbone en 2050, fixé par l’accord de Paris de 2015. Dès maintenant, il faut investir beaucoup d’argent pour adapter l’économie à ce changement. Tout le défi est de réorienter l’épargne – très importante en France notamment - vers ces investissements.

Les entreprises, véritables acteurs de la transformation économique, auront besoin d’investissements massifs pour basculer vers un modèle durable, pour relever le défi de la transition écologique, pour concevoir ou modifier des chaînes de production, pour développer de nouvelles technologies et de nouveaux produits. Certaines devront se réinventer: que deviendra une société qui fabrique des moteurs thermiques s’ils sont interdits par la législation?

«Une entreprise durable, c’est une entreprise résiliente face aux phénomènes violents qui nous attendent comme le changement climatique, la perte de la biodiversité, l’explosion des inégalités sociales…», définit Anne-Catherine Husson-Traoré, directrice générale de Novethic, agence spécialisée dans la finance durable et l’économie responsable affiliée à la Caisse des dépôts.

Au-delà du changement climatique, l’économie tout entière bénéficie de l’épargne responsable, lorsque les épargnants investissent directement dans des entreprises solidaires. Ces dernières peuvent, par exemple, inciter à l’embauche de personnes en situation d’exclusion «Elles apportent une valeur ajoutée et sont profitables à l’ensemble de l’écosystème économique», souligne Laurent Monet, directeur marketing épargne Retail BNP Paribas France. D’autres secteurs sont privilégiés par les entreprises solidaires: le développement des industries locales, l’investissement locatif, l’éducation, l’agriculture bio, …

Des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance

Pour l’investisseur, la vraie complexité est de s’y retrouver dans le flou relatif de l’économie solidaire. Comment s’assurer des efforts consentis par une entreprise pour aller vers la neutralité carbone? Comment calculer les investissements réalisés pour l’écoconception? Comment estimer la qualité des ressources humaines? Et comment comparer un fabricant de ciment à un acteur de l’agroalimentaire?

Pour y répondre, il existe les critères dits ESG, fondés sur trois grands principes: environnement, social et gouvernance. «Ce sont en quelque sorte les garde-fous à la folie de la mondialisation sur certains aspects», commente Anne-Catherine Husson-Traoré.

«Sur l’environnement, on demande par exemple une économie moins polluante, qui rejette moins de gaz à effet de serre, plus soucieuse de la nature, de la biodiversité. Pour le social, on cherche à réduire les inégalités dont on sent bien que la crise les a accrues. Et le sujet de gouvernance valide le respect d’un certain nombre de principes: diversités, équités…», développe Laurent Monet.

Un écolabel européen en cours d’élaboration

Malgré ces critères, l’impact réel reste difficile à mesurer, car chaque acteur financier définit son propre cadre et chaque entreprise livre son suivi des critères ESG. «À l’arrivée, on a une espèce de big data dont, pour le moment, on n’a pas la possibilité de sortir un indicateur précis», regrette Anne-Catherine Husson-Traoré.

Pour sa part, BNP Paribas communique un rapport d’impact à ses clients sur ses fonds ISR et solidaires qui leur apporte un maximum de transparence sur leurs investissements.

Un écolabel européen est en cours d’élaboration qui sera apposé aux produits financiers «verts», un peu à l’instar d’un écolabel dans un supermarché. «Mais il se heurte à de nombreuses difficultés en termes de lobbying et de complexité technique pour présenter un message clair, opposable et partageable dans toute l’Europe», reprend Anne-Catherine Husson-Traoré.

La législation et les institutions peuvent aussi contribuer en encourageant les entreprises à devenir responsables. Ainsi la Banque centrale européenne a annoncé qu’elle ne garantirait plus en 2023 les obligations d’entreprises qui n’ont pas d’objectifs climatiques. «Leur dette ne vaudra plus rien. C’est un effet formidable», s’enthousiasme la directrice de Novethic.

Retrouver le sens de l’épargne collective

L’épargnant doit pouvoir trouver un équilibre entre le rendement de son épargne, le risque qu’il est prêt à encourir et les thématiques qu’il souhaite soutenir (climat, agriculture, emploi, éducation, …).

Les conseillers bancaires sont la première porte d’entrée pour répondre à ses questions. «Nous communiquons beaucoup autour de l’épargne solidaire, mais nous devons amplifier ce travail d’explication et d’échange avec les clients afin de comprendre le sens qu’ils souhaitent donner à leur épargne», reprend Laurent Monet.

Pour l’investisseur, anticiper ces évolutions en les accompagnant est aussi un geste vers l’avenir. «Quand on épargne, on le fait pour sa famille, ses proches, son avenir, mais on épargne aussi et surtout dans l’économie actuelle pour l’économie de demain qui bénéficiera aux générations futures. Il faut retrouver ce sens de l’épargne collective qui sert au bout du compte à transformer le monde de demain», conclut Laurent Monet.

Cet article vous est proposé par Slate.fr et BNP Paribas dans le cadre de l'opération Investir Demain.

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Crédit photo: unsplash

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