France

Mata Hari et Clotilde

Hugues Serraf, mis à jour le 19.05.2010 à 8 h 44

Clotilde Reiss n'est pas une espionne professionnelle, elle a seulement rendu des services à la France.

Troublante, cette affaire Clotilde Reiss. Enfin, pas sa libération «en échange d'éventuelles contreparties»: comme dit Cohn-Bendit, les vierges effarouchées du PS sont un peu ridicules sur ce coup. Pour ne rien dire de l'effet produit par un Benoît Hamon en vierge en chef...

Non, ce qui est troublant, c'est que l'étudiante timide finisse par ressembler fichtrement au portrait qu'en dressaient ses procureurs iraniens. Car enfin, que la fille d'un responsable du Commissariat à l'Energie Atomique se retrouve lectrice de français à l'université «technologique» d'Ispahan, après un stage à la Direction des Applications Militaires du CEA, stage au cours duquel elle a rédigé «un rapport sur le nucléaire iranien», ce n'est tout de même pas si anodin.

Surtout lorsqu'un retraité des services secrets, apparemment peu soucieux de l'intérêt supérieur de la nation maintenant qu'il a son quota d'annuités, vient affirmer qu'elle  travaillait effectivement pour le renseignement français, collectant des informations «de nature politique» et «sur la prolifération nucléaire» ou fournissant des «éléments d'ambiance»... On a tout de même piétiné la tombe d'un Charles Hernu pour le même genre de passe-temps.

On se souvient d'ailleurs assez bien de cette étudiante chinoise, elle même passée par l'université «technologique» de Compiègne, qui profitait d'un stage chez Valeo, un gros équipementier automobile français, pour remplir son Mac de données confidentielles. Ses deux mois de prison ferme pour «abus de confiance» et «accès frauduleux à un système informatique» ont peut-être été accueillis avec scepticisme du côté de Pékin. Qui sait.

Oh, je ne lui jette pas la pierre, à la Clotilde: si on ne peut plus rendre service pour la bonne cause, où va-t-on? Que celui qui n'a jamais rêvé d'être James Bond lui jette le premier stylo-mitraillette. Et la qualifier «d'espionne», au sens de Mata Hari ou de Marthe Richard, c'est sans doute très exagéré. D'autant plus que l'on dit les barbouzes français moins créatifs en termes de recrutement que leurs homologues britanniques, qui font la sortie des écoles et passent des annonces dans le Guardian quand les nôtres ne connaissent que les formations militaires.

Juste une fille sympa qui rend service à papa et à la France si l'occasion se présente et ne pense même pas à crypter les échanges de mails où il est question d'expédier son ordi en France par la valise diplomatique pour éviter les «tracasseries de la douane iranienne». Mais une espionne, une vraie, une dure, une tatouée, sans doute pas.

Sacré stage pratique, en tout cas...

Hugues Serraf

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Image de Une: Mata Hari

 

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