Culture

L'histoire du mondain et du soixante-huitard qui ont ressuscité le jardin de Claude Monet

Temps de lecture : 3 min

Dans le podcast «Le sens de la visite», le jardinier qui a restauré ce lieu mythique à l'aube des années 1980 raconte sa renaissance.

Le jardin de Claude Monet, à Giverny, en Normandie. | Veronica Reverse via Unsplash
Le jardin de Claude Monet, à Giverny, en Normandie. | Veronica Reverse via Unsplash

Visiter son jardin, c'est un peu entrer dans ses toiles. À Giverny, dans le Vexin normand, le jardin du peintre Claude Monet attire près de 700.000 visiteurs par an, pour la plupart venus de très loin pour découvrir cette œuvre d'art vivante. Pourtant, le lieu a bien failli tomber dans l'oubli après la mort de l'artiste en 1926. Il aura fallu la détermination d'un conservateur de musée et d'un jardinier passionné pour faire éclore à nouveau tout le potentiel du désormais mythique jardin.

Ce jardinier passionné s'appelle Gilbert Vahé. Au micro de Jérémie Thomas, il raconte la façon dont il s'est occupé de ce luxuriant jardin pendant près de quarante ans dans un épisode passionnant du Sens de la visite, podcast récompensé du prix «Conversation» au dernier Paris podcast festival.

Une rencontre

La renaissance du jardin de Claude Monet débute au milieu des années 1970. L'Académie des Beaux-Arts acquiert la maison du peintre et demande à l'ancien conservateur du château de Versailles, Gérald Van der Kemp, de mener une restauration complète. Par chance, cet amoureux des arts au carnet d'adresses bien rempli connaît personnellement des gens qui ont côtoyé Monet à la fin de sa vie, après la guerre de 1914. Il ne lui manque qu'un jardinier pour travailler la terre.

Il se tourne vers le directeur de l'école d'horticulture de Versailles. Ce dernier lui conseille de contacter Gilbert Vahé, un jeune jardinier qu'il connaît bien. Mais entre le riche mondain et le soixante-huitard anti-bourgeois, le mariage promet des étincelles. Van der Kemp convoque Vahé. «J'y allais avec un a priori, raconte Gilbert Vahé dans le Sens de la visite. Quand il m'a reçu dans ses appartements, il m'a reçu en robe de chambre. Ça m'a décontenancé, jamais je n'aurais pensé le voir en robe de chambre. Et on a discuté trois, quatre heures, de jardin, de tout. Et là, j'ai revu mon jugement sur lui et je me suis rendu compte que c'était un homme exceptionnel, un super caméléon. Quand il était avec des ouvriers, il était comme eux, et quand il était dans un monde hyper bourgeois, il était comme eux.»

Le jeune homme prend le temps de la réflexion puis finit par accepter l'offre du conservateur. «J'ai accepté pour apprendre. Je me suis dit: Gérard Van der Kamp a le même profil que Monet, il est peintre et il aime les fleurs. Donc, avec lui, je vais apprendre beaucoup de choses dans un secteur que j'ignore complètement et moi, je lui apporterai un complément dans ce qu'il ignore. Ça va être un bon échange.» Un couple improbable est né, avec un objectif: rendre au jardin de Claude Monet la splendeur qu'il a connu au temps du peintre.

Une renaissance

La tâche s'annonce ardue: le lieu est en friche, comme oublié, tant et si bien qu'une route a été construite au milieu du terrain et que la plupart des habitants du coin ignorent jusqu'à son existence. Le jardinier lui-même est un peu perdu. «Je confondais Monet et Manet à l'époque.» Pas simple d'imaginer le jardin dans ces conditions.

Heureusement, Gilbert Vahé bénéficie du large réseau de Gérard Van der Kamp et mène de longs entretiens avec d'anciens invités du domaine. Un vieil homme, jardinier après la Première Guerre mondiale, lui fournit des indications précieuses sur les types d'arbres et de fleurs qui se trouvaient à chaque coin de la propriété.

Petit à petit, Vahé redonne vie au jardin de Monet en portant une attention particulière aux couleurs, à la manière d'un artiste. «À l'ouest, vous avez les couleurs chaudes –jaune, orange– mais ce n'est pas encore en fleurs, explique-t-il à Jérémie Thomas pendant la visite. Dans le fond, vous avez le premier massif bleu et ça doit être pour ça qu'il y avait le Paulownia, parce qu'il fleurit bleu. Et derrière nous pareil, jaune, orange, couleurs chaudes. Donc on a un carré de plusieurs couleurs, ça permet au peintre de calculer son sujet selon ce qu'il veut faire.»
Plus qu'une simple visite guidée du jardin de Claude Monet, c'est un véritable bout de l'histoire de l'art français que raconte Gilbert Vahé dans ce podcast sous forme de déambulation sonore. Description des plantes et de leurs couleurs, vision de la peinture et de la nature, rapport avec l'œuvre de Monet… Vahé passionne par sa simplicité et sa délicatesse. Une vraie bouffée d'air frais qui donne envie de se replonger dans la peinture impressionniste.

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