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Il faisait beau à New-York ce matin du 11 septembre 2001

Temps de lecture : 8 min

Il est 8h46 à New-York. Un avion percute à plus de 710 km/h une des tours jumelles, symbole de la grandeur des États-Unis. La première puissance mondiale est attaquée. Le monde, sous le choc.

Vue de Manhattan, avec les tours jumelles, en 1987. | Mario Goldman / AFP
Vue de Manhattan, avec les tours jumelles, en 1987. | Mario Goldman / AFP

Au début des années 2000, l'Amérique entre dans une ère de domination sans partage du monde. La page du Vietnam est tournée, la guerre du Golfe s'est achevée rapidement, le mur de Berlin est tombé et l'URSS a implosé. Sûre de ses forces, intouchable, elle pénètre dans le XXIe siècle avec l'espoir de prolonger le Siècle américain. Bien que la bulle internet éclate, la révolution numérique bat son plein et laisse entrevoir de formidables opportunités. Les États-Unis semblent prêts à guider le monde libre dans ce nouveau millénaire qui sera, l'espère-t-on, apaisé et prospère.

À Washington, le président démocrate Bill Clinton laisse sa place au républicain George W. Bush après huit années à la Maison-Blanche. Vainqueur face à Al Gore après une élection contestée et départagée par la Cour suprême, le fils de l'ancien président George H.W. Bush prête serment le 20 janvier 2001 sous un ciel pluvieux. L'insouciance de la dernière décennie se prolonge et rien ne semble pouvoir perturber cet état jusqu'à ce tragique matin de septembre 2001.

Un réveil ensoleillé sur la côte Est

Il fait beau à New-York ce matin du 11 septembre 2001. Le ciel est dégagé et le soleil se reflète sur les gratte-ciels. Big Apple s'anime peu à peu. Les joggeurs courent dans Central Park encore désert ou sur les bords de l'Hudson River en contemplant la skyline. Dans les walkman, le dernier single de Ja Rule et Jennifer Lopez –«I'm real»– qui domine le classement Billboard. Les premiers touristes quittent les hôtels chics de Manhattan pour profiter du calme et éviter les longues files d'attente devant les musées et monuments. Au sud de l'île, les cadres en costard cravate ou tailleurs rejoignent peu à peu leurs bureaux après avoir passé de longues minutes dans les transports en commun à lire les journaux locaux ou nationaux. Café à la main, portable à la ceinture, ils commentent l'actualité et évoquent les multiples réunions qui les attendent. À l'inverse, une partie du personnel d'entretien quitte le quartier d'affaires après avoir nettoyé de fond en comble les gratte-ciel durant la nuit.

Ce mardi matin, le maire Rudy Giuliani se trouve à deux pas des Twin Tower dans un bureau de Barclay Street et cherche à joindre le vice-président Dick Cheney. Après deux mandats, celui que l'on surnomme le «maire de l'Amérique» quittera ses fonctions dans cinq mois et aura alors tout le temps de préparer la suite de sa carrière politique. Le poste de sénateur de l'État de New-York lui fait de l'œil et pourrait être un bon tremplin vers la Maison-Blanche pour l'après-George W. Bush dans quatre ou huit ans. Ce dernier est en Floride, l'État qui lui a permis d'être couronné à quelques centaines de voix près et dont le gouverneur n'est autre que son frère, Jeb. Il s'apprête à quitter son hôtel pour se rendre à l'école élémentaire Emma E. Booker de Sarasota afin de rencontrer une classe de CE1. Les Français quant à eux sont en pleine digestion après le déjeuner et Jacques Chirac se balade dans les allées du salon international de l'élevage à Rennes.

Les ténèbres se déchaînent sur l'Amérique

Au même moment, plusieurs hommes de nationalité saoudienne, égyptienne, libanaise, yéménite et émiratie répartis en trois groupes de cinq et un groupe de quatre se présentent aux aéroports de Boston, Newark et Washington. Dans leurs poches, des billets pour Los Angeles et San Francisco. Après avoir passé avec succès les contrôles de sécurité, ils prennent place dans leurs avions respectifs dont les décollages s'étalent entre 8h et 8h42. Le premier à être détourné est le vol AA11 United Airline en provenance de Boston autour de 8h20. Le même sort s'abat dans la foulée sur les vols UA175, AA77, UA93 partis de Boston, Washington et Newark quelques minutes plus tard. Le cauchemar débute, l'Amérique est sur le point de connaître une attaque sur son sol d'une ampleur jamais vue depuis Pearl Harbor en 1941.

Il est 8h46 à New-York lorsqu'un premier avion percute à plus de 710 km/h la tour nord entre le 93e et le 99e étage. Une énorme boule de feu s'échappe du bâtiment, suivie d'un important nuage de fumée. Les passants sont sous le choc, la majorité pense qu'il s'agit d'un accident. Des alarmes retentissent et les sirènes des pompiers et de la police résonnent aux quatre coins de Manhattan. Si ces dernières font d'habitude le charme de la ville, elles apportent cette fois stress et anxiété à tous ceux qui les entendent.

Tout bascule à 9h02 quand un second avion frappe la tour sud entre le 77e et le 88e étage. Tout le monde comprend alors que l'Amérique fait face à une attaque terroriste. La panique s'empare de la ville et du pays. George W. Bush, qui discute avec les enfants de l'école qu'il visite, est informé de la teneur des événements. Son visage se raidit et son esprit quitte la salle de classe. Il comprend à cet instant que rien ne sera plus comme avant. La situation à New-York est chaotique, des milliers de personnes sont coincées dans les Twin Tower et plusieurs d'entre elles tentent d'appeler à l'aide depuis les fenêtres.

Alors que la chaleur est de plus en plus forte à l'intérieur et que l'air devient irrespirable, des dizaines de personnes désespérées sautent dans le vide. À proximité des lieux, on entend l'impact des corps sur le sol. C'est l'horreur absolue. Les services de police procèdent à l'évacuation et à la fermeture des aéroports, des tunnels et des ponts de la ville. Ambulances et camions de pompiers se massent aux pieds des tours jumelles. Les personnes présentes dans les étages inférieurs parviennent à s'échapper. Leurs visages et leurs vêtements sont enduits de poussière et de sang. À mesure que le temps passe, les messages des pompiers présents dans les étages deviennent alarmants. Il sont exténués par le poids de leurs équipements et les dizaines d'étages à gravir. Plus grave encore, il semble impossible de secourir les personnes bloquées au-dessus des points d'impact.

Un pompier pleure après l'effondrement des tours, le 11 septembre 2001, à New York. | Mario Tama / Getty Images / AFP

Il est 9h30 quand le président Bush prend la parole à Sarasota pour la première fois: «Nous avons eu une tragédie nationale, deux avions se sont écrasés dans le World Trade Center, dans ce qui semble être une attaque terroriste contre notre pays.» Huit minutes plus tard, la capitale, qui abrite toutes les instances politiques du pays, est elle aussi attaquée. Un avion percute le Pentagone à plus de 800 km/h. Immédiatement après, l'espace aérien américain est fermé. Tous les vols commerciaux sont annulés et les vols internationaux sont détournés vers le Canada. À l'ouest, le soleil se lève et les habitants découvrent avec effroi ce qu'il vient de se passer de l'autre côté du pays.

Quand la réalité dépasse la fiction

Le pays est en état d'alerte maximale. George W. Bush quitte la Floride pour une destination qui n'a pas été communiquée au public. En réalité, le Secret service est dépassé par les événements et ne sait pas où conduire le président américain, qui pourrait être une cible. Les chaînes de télévision du monde entier ont les caméras braquées sur les États-Unis. Les Français découvrent l'information en continu. Des deux côtés de l'Atlantique, les mêmes mots dans les rues et les cafés: «C'est le début de la Troisième Guerre mondiale.»

Des piétons fuient les lieux alors que l'une des tours du World Trade Center s'effondre, le 11 septembre, à New York. | Doug Kanter / AFP

Les choses s'accélèrent à nouveau à 9h58 lorsque la tour sud s'effondre. En quelques secondes, elle disparaît du paysage. Des milliers de personnes meurent sur le coup. Dans les rues du quartier d'affaires, les passants courent dans tous les sens pour échapper aux débris et à l'immense nuage de poussière. Tout paraît surréaliste. À Brooklyn et Jersey City, les habitants sont massés sur les bords de l'Hudson et contemplent la scène en pleurant. Ils n'ont même pas le temps de se recueillir puisqu'ils apprennent qu'un quatrième avion a été détourné. Ce dernier se dirigeait vers Washington et vient de s'écraser dans un champ, près de Shanksville, au sud-est de Pittsburg en Pennsylvanie. «Combien de temps ce cauchemar va-t-il durer?», se demande la foule. Personne n'a la réponse. Pour preuve, le président est toujours à bord d'Air Force One qui fait des boucles dans les airs depuis près d'une demi-heure.

Il est 10h28 à New-York lorsque la tour nord disparaît. Les tours jumelles, symbole de la puissance et de la grandeur des États-Unis, n'existent plus. Manhattan est défigurée. La première puissance mondiale est à terre, paralysée. Le monde est sous le choc.

L'Amérique assommée

À 11h, il n'y a plus d'avions dans le ciel américain hormis ceux de l'armée de l'air. George W. Bush rejoint la base aérienne de Barksdale en Louisiane où il annonce avoir lancé une chasse à grande échelle pour retrouver ceux qui ont commis ces actes. Il s'envole à nouveau juste après pour rejoindre la base aérienne d'Offutt, au Nebraska. À Washington, le maire déclare l'état d'urgence et incite les habitants à rester chez eux. En France, le Premier ministre Lionel Jospin met en place le plan Vigipirate. L'Amérique est assommée. Journalistes, politiques et citoyens n'ont pas de mots assez forts pour décrire ce qui vient de se produire. Des milliers de foyers attendent des nouvelles de proches qui s'étaient rendus au World Trade Center ou au Pentagone le matin même. Le nombre de victimes n'est pas encore connu mais devrait être très élevé. Dans l'après-midi, plusieurs officiels américains confient à la presse que l'organisation terroriste Al-Qaida dirigée par Oussama Ben Laden pourrait être derrière ces atrocités. L'espoir d'une nouvelle décennie heureuse s'envole pour bon nombre d'Américains et la colère monte dans les rues des grandes métropoles et dans les campagnes.

Quand il regagne Washington et la Maison-Blanche à 19h, George W. Bush sait qu'il est attendu par le peuple américain. Il est président depuis seulement huit mois et doit déjà prononcer le discours le plus important de son mandat. Assis derrière le fameux Resolute Desk, il s'apprête à prendre la parole devant des centaines de millions de téléspectateurs à travers le monde. À 20h30, le prompteur démarre.

«Bonsoir. Aujourd'hui, nos concitoyens, notre mode de vie, notre liberté ont été attaqués dans une série d'actes terroristes meurtriers et délibérés. Les victimes étaient dans des avions ou dans leur bureau: secrétaires, hommes et femmes d'affaires, militaires et officiers, pères et mères, amis et voisins. Des milliers de vies ont soudainement pris fin par les actes ignobles et maléfiques de la terreur. Les images des avions s'écrasant dans des bâtiments, des incendies, d'énormes structures s'effondrant nous ont remplis d'incrédulité, d'une tristesse terrible et d'une colère silencieuse mais inébranlable.

Ces massacres ont été planifiés pour précipiter notre nation dans le chaos et la retraite. Mais ils ont échoué [...] Les attaques terroristes peuvent secouer les bases de nos plus grands bâtiments mais elles ne peuvent toucher les fondements de l'Amérique. Ces actes brisent l'acier mais ils ne peuvent pas entamer celui de la détermination américaine. L'Amérique a été visée parce que nous sommes la lanterne de la liberté et des opportunités dans le monde.

Et personne n'empêchera cette lumière de briller. [...] L'Amérique a vaincu ses ennemis auparavant, et nous ferons de même cette fois encore. Aucun de nous n'oubliera jamais ce jour. [...] Bonne nuit et que Dieu bénisse l'Amérique.»

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