Politique

Primaire écologiste: et à la fin, ils parlèrent quand même d'immigration

Temps de lecture : 4 min

Contrairement au premier débat, ce deuxième rendez-vous a fait naître une confrontation idéologique plutôt riche, mais qui a (trop) vite balayé d'un revers de main l'idée de décroissance.

Les candidats à la primaire écologiste, Yannick Jadot, Delphine Batho, Jean-Marc Governatori, Éric Piolle et Sandrine Rousseau, sur le plateau de LCI, le 8 septembre. | Capture d'écran via LCI
Les candidats à la primaire écologiste, Yannick Jadot, Delphine Batho, Jean-Marc Governatori, Éric Piolle et Sandrine Rousseau, sur le plateau de LCI, le 8 septembre. | Capture d'écran via LCI

Encourager l'usage des voitures électriques? Jean-Marc Governatori n'est pas pour, tandis que Yannick Jadot l'est, si leur production est le fait d'entreprises françaises. La légalisation du cannabis? Cette fois encore, Jean-Marc Governatori n'est pas pour, alors que Sandrine Rousseau estime que ça permettrait d'accompagner les consommateurs et de faire de la prévention. Le nucléaire? Yannick Jadot souhaite en sortir d'ici dix à vingt ans quand Éric Piolle espère une sortie en 2045.

Après un premier rendez-vous dimanche 5 septembre sur France Inter en demi-teinte, les candidats à la primaire écologiste, réunis par LCI, étaient invités à débattre une nouvelle fois… pour de bon. Un exercice plutôt réussi, alors que la frustration était grande après le premier face-à-face médiatique, où il n'avait finalement que peu été question de confronter les différentes visions de l'écologie. Cette fois, les cinq protagonistes ont pu publiciser davantage leur idéologie et convictions respectives, rappelant que l'essence de la politique ne se résume pas à des aboiements inaudibles faisant primer la forme sur le fond. L'exercice a été salué sur les réseaux sociaux, même s'il a trouvé une limite: la décroissance, une idée qui divise plus encore que toute autre le camp écologiste.

Une idée impossible à développer en 280 signes?

«Avez-vous déjà creusé un trou avec une pelle pour planter un arbre?» Après une séquence qui aurait pu faire naître des réflexions intéressantes sur un sujet peu représenté politiquement, la journaliste de Loopsider Nesrine Slaoui rapporte les questions posées par la communauté de son média, et vient entériner les discussions sur la décroissance qui étaient engagées. Ce concept politique datant des années 1970 n'est, certes, pas nouveau. Ce qui l'est, c'est le fait qu'il soit porté par une personnalité politique de premier plan, une ancienne ministre de l'Écologie, Delphine Batho.

La candidate à la primaire a essayé de placer ce mot à de multiples reprises. Elle le définit comme le «fait de ne plus baser les décisions sur l'obsession d'augmenter le PIB» et donc de «remplacer comme boussole le PIB, par un indice de santé sociale, par le niveau d'éducation». Après avoir été interrompue deux fois par Ruth Elkrief, elle reprend: «Cette idée-là, excusez-moi, mais je ne peux pas la développer en 280 signes comme sur Twitter. Si vous voulez que je puisse bien répondre à votre question, il faut que je puisse expliquer quel est le problème.»

«La décroissance, ce n'est pas le sujet.»
Sandrine Rousseau, candidate à la primaire écologiste

Ce n'est pas une surprise si Delphine Batho, qui en fait l'élément central de sa candidature, martèle ce mot au risque d'être caricaturale et demande à Yannick Jadot des éclaircissements sur ce point. «Je sais bien que tu es très fixée là-dessus», lui répond, avec une pointe d'ironie, le vainqueur de la primaire EELV de 2016. «C'est un peu important en fait», s'indigne Delphine Batho. Tir croisé. Yannick Jadot s'élance: «Quand le terme décroissance est arrivé dans le débat public notamment avec Paul Ariès et Serge Latour.» Sandrine Rousseau le reprend illico en glissant un «Latouche», le vrai nom de l'un des précurseurs de la décroissance en France.

Jadot reprend: «Si la croissance n'a aucun sens du PIB, au sens de l'empreinte écologique ou de la justice sociale, la décroissance n'a pas beaucoup plus de sens. Moi, ce que je veux, je ne veux pas qu'on débatte, un débat théorique devant les Français où ils se perdent à chaque fois, je veux qu'ils comprennent que l'écologie va répondre à leurs problèmes du quotidien.»

Et même si elle semble mieux connaître les auteurs classiques de la décroissance que son adversaire du soir, Sandrine Rousseau éjecte le sujet tout aussi vite. «La décroissance, ce n'est pas le sujet, le sujet c'est le partage des richesses.» Circulez, il n'y a rien à voir. Le débat sur l'intérêt de la croissance comme indicateur de notre économie attendra.

Décrois… sécurité

Les curieux de politique regretteront sans doute le peu de place accordé à cette notion qui aurait pourtant toute sa place dans un débat entre écologistes. Quoi que l'on pense de sa pertinence, la notion ne mérite-t-elle pas d'être discutée plus longuement sur un plateau télévision à une heure de grande écoute? Pour beaucoup, elle est d'ailleurs probablement une découverte. Tant pis si, pour la vitalité du débat d'idées, la décroissance aurait mérité un plus grand coup de projecteur.

De toute façon, les discussions, intéressantes, autour des différentes visions du développement durable des candidats EELV finissent elles-mêmes par être évacuées. Aux problématiques 100% écologiques de la première heure, succèdent les questions sécuritaires et autour de l'accueil des Afghans, menées par un journaliste du Figaro, Guillaume Roquette. «Salah Abdeslam a commencé par répéter la profession de foi des musulmans, “il n'y a pas d'autres divinités qu'Allah et Mohammed est son messager”. Delphine Batho, est-ce qu'il faut voir dans ce type de déclaration un signe ou une preuve du lien entre l'islam et l'islamisme?»

Fin de la récréation. On ne parlera plus beaucoup d'écologie, encore moins de décroissance. Place aux deux sujets qui pourraient bien occuper une place centrale des confrontations idéologiques des mois à venir, et limiter notre capacité à interroger de nouveaux concepts: l'immigration et la sécurité.


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