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Personne ne sait combien de personnes meurent chaque année en Inde

Temps de lecture : 2 min

Le pays peine à établir son compteur de décès.

Le cimetière des Maharajas, dans la ville d'Udaipur (Inde). | Honza Soukup via Flickr
Le cimetière des Maharajas, dans la ville d'Udaipur (Inde). | Honza Soukup via Flickr

D'après les chiffres officiels du gouvernement indien, environ 9,7 millions de personnes meurent chaque année dans le pays. Il s'agit d'une estimation plutôt que d'un chiffre précis, le pays aux 1.366 million d'habitants peinant à établir un compte précis du nombre annuel de décès.

Il faut dire qu'il y a en Inde près de 600.000 localités, pour vingt-trois langues officielles, et que le système de santé du pays manque sérieusement d'organisation et de structure, expose The Atlantic. Dans de nombreux villages, il est fréquent que les décès aient lieu à domicile et que les proches organisent eux-mêmes une cérémonie d'enterrement ou de crémation dans les champs voisins. Tout cela sans jamais prévenir les autorités.

En ces temps de Covid-19, il est particulièrement difficile de savoir combien d'Indiens ont succombé au virus, expliquent les spécialistes. Le chiffre officiel (trois à quatre milliers de morts par jour) est sans doute bien en deçà de la réalité. La pandémie a remis le problème en lumière: le pays n'est actuellement pas en capacité de quantifier l'évolution de l'épidémie sur son territoire, ce qui complique grandement les choses en matière de protocole sanitaire à mettre en place.

«Compter les morts aide les vivants», résume Prabhat Jha, épidémiologiste à l'Université de Toronto et directeur du Centre for Global Health Research, le CGHR. «Disposer de données suffisantes pour savoir qui meurt et quand, c'est pouvoir comprendre ce qui peut être fait en réaction.»

L'Inde est loin d'être le seul pays à ne pas disposer d'un service d'état civil: d'après un organisme américain de santé publique, Vital Strategies, ce serait le cas d'une centaine de pays dans le monde. D'après l'Organisation mondiale de la santé, près de deux tiers des décès survenant dans le monde ne sont jamais déclarés.

Chiffres et certificats peu fiables

Les causes des décès font office de «baromètre des systèmes de santé», confirme Yogesh Kalkonde, docteur en santé publique basé en Inde. Les spécialistes s'accordent à dire qu'il est très difficile de collecter les données liées aux morts dans la population indienne, les chiffres existants n'étant pas toujours fiables... ni même accessibles. C'est un certain fatalisme qui prime: au vu de la taille de la population et de l'absence d'information qui remonte depuis les très nombreux villages qui constituent l'Inde, personne ne voit comment endiguer le problème.

Accusé de vouloir faire bonne figure et d'être assez content que les chiffres officiels du Covid-19 soient impossibles à collecter, le gouvernement indien ne semble pas disposé à prendre des mesures permettant d'obtenir des statistiques plus fiables –et encore moins à les communiquer de façon transparente.

Yogesh Kalkonde soulève une autre aberration: d'après lui, tous les médecins indiens ne sont pas formés à prononcer correctement la mort d'une personne ou à en déceler efficacement la cause. «Parmi les certificats de décès disponibles, on lit souvent la cause suivante: “arrêt cardiorespiratoire”, ce qui veut juste dire que la personne a cessé de respirer et que son cœur ne bat plus.» Ce qui ne constitue en rien un diagnostic précis...

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