Politique / Société

Avec Zemmour et compagnie, on va encore bouffer du déclin français jusqu'à la nausée

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Depuis le temps qu'on nous parle de grand remplacement, on devrait tous parler arabe depuis des décennies.

La même soupe identitaire qu'on nous ressert depuis des années et des années. | Jeanne Menjoulet via Flickr
La même soupe identitaire qu'on nous ressert depuis des années et des années. | Jeanne Menjoulet via Flickr

Depuis que j'ai l'âge de voter –un bail, un sacré bail– j'entends parler d'immigration. De problèmes migratoires. De flux d'immigration incontrôlée. D'immigration clandestine qui mine la société française de l'intérieur. De vagues d'immigration successives si nombreuses qu'elles risquent à terme, si on n'y prend garde, de changer la France en un pays du Maghreb. De grand remplacement, d'une disparition de l'identité française au profit d'une venue des confins de l'Afrique. Et d'un déclin supposé qui n'en finit pas d'arriver.

À chaque élection présidentielle, on nous ressert la même chanson. La France est en danger. La France recule. La France capitule. Les barbares sont à nos portes quand ils ne sont pas déjà à l'œuvre dans nos villes et nos campagnes. «On est chez nous, on est chez nous», scandent depuis des décennies et des décennies les mêmes troupeaux d'ahuris aux rassemblements du Front/Rassemblement national. Où l'on entend les mêmes rengaines xénophobes. Les mêmes diatribes identitaires, les mêmes inquiétudes sournoises, les mêmes crispations, les mêmes cris d'angoisse répétés à l'infini: la France se meurt, la France agonise, la France se suicide.

Nos frontières sont poreuses. Les clandestins se comptent par millions qui nous coûtent des milliards. Le sentiment d'insécurité n'a jamais été aussi élevé. Les Français ont peur quand ils rentrent chez eux à la nuit tombée. Chaque jour, la République recule sous le coup de boutoir de populations étrangères qui veulent nous imposer leur mode de vie. Même la langue française est en péril. Le métro est devenu une tour de Babel où l'on s'apostrophe dans toutes les langues de la terre sauf celle de Victor Hugo. Et l'identité française dont nous avons hérité de nos glorieux ancêtres –notre bien le plus précieux– se dilue comme un cachet effervescent perdu dans un litre de kéfir.

Depuis le temps que ces marchands de peur nous annoncent des lendemains apocalyptiques, la France aurait dû depuis belle lurette être une république islamique. Si on avait cumulé l'essentiel des prédictions catastrophistes édictées par ces Cassandre en l'espace de quarante ans, la France d'aujourd'hui devrait être composée de 50 millions d'Arabes parmi lesquels subsisteraient à grand-peine douze tribus de Français de souche réduits à vivre en esclavage, à la lisière des villes dominées par des minarets grands comme la tour Eiffel.

D'ailleurs, même cette chronique, si l'on suit leurs raisonnements oiseux, aurait dû être rédigée en arabe, en perse ou en tamoul. Moi-même, afin de faire plaisir au nouveau rédacteur en chef du journal –un barbu afghan aux relations douteuses, une sorte de métèque à la peau plus que foncée, une petite frappe arabisante– je n'aurais eu d'autre choix que de me choisir un patronyme qui évoque plus les dunes du Sahel que les plaines de Sibérie –Moumoud El Chagaloufi aurait été mon nom de plume.

Il n'y a rien de plus lâche et de plus méprisable que de faire porter le poids de ses infortunes sur des populations qui n'ont jamais rien demandé à personne. Les furies nationalistes sont avant tout une paresse de l'esprit, un raisonnement simpliste pour essayer de donner du sens à un monde qui la plupart du temps n'en a pas. On fantasme sur l'étranger envahisseur afin de circonscrire cette peur qui vous saisit tout entier et vous empêche de dormir, ce fameux sentiment d'insécurité qui la plupart du temps s'avère être la trouille de ne point se retrouver dans le monde de demain quand d'autres plus courageux, plus travailleurs, plus malins viendront prendre votre place, place que vous pensiez pourtant acquise à jamais.

Car oui, le monde change et c'est tant mieux. Quoi de pire que l'immobilisme –certains appellent cela la tradition ou l'ordre– qui fige un pays dans une sorte de formol, un éther bien ordonné où quoi qu'on puisse entreprendre, on retombe toujours sur ses pattes? Une nation est un organisme vivant qui bout de mille contradictions et non point une entité rassise dont le but serait de reproduire à l'infini un modèle inopérant, dédié à la seule reproduction de la race.

Avec Marine Le Pen, Dupont-Aignan, Zemmour, on va bouffer du déclin français jusqu'à la nausée. Chacun va glapir au sursaut de l'identité française sans quoi demain, nos enfants mangeront tous du couscous au petit déjeuner. Chacun ira de sa petite musique, ce refrain d'une France perdue à elle-même, gangrenée par une immigration de masse qui sape les fondements même de la nation. Ce seront des lamentations à n'en plus finir que viendront éclairer des appels à fermer les frontières pour ne point salir le sang bleu de la patrie en danger.

Cela fait quarante ans que l'on nous ressert cette soupe rance et nauséabonde, ces élucubrations de perroquet gâteux et haineux.

Et qu'il nous faudra encore et encore recracher aux visages de ceux qui agitent des peurs bien commodes pour asseoir des idées d'avant-hier.

Salam aleykoum!

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