Retraites: c'est quoi, être riche?
Les hauts revenus qui bénéficient du bouclier fiscal, et les revenus du patrimoine (à commencer par l'assurance-vie) devraient contribuer au financement des retraites.
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Pour contribuer au sauvetage de la retraite par répartition, les hauts revenus et les revenus de l'épargne devraient être taxés. Mais, en France, c'est quoi, un riche? Peut-être vous... sans le savoir.
La moitié des Français au-dessous de 1.510 euros par mois, autant au-dessus
Tout d'abord, le salaire médian (qui partage en deux la population) en France se situant à 1.510 euros par mois (montant 2007, établi par l'Insee) ou 18.170 euros par an, toutes les personnes qui se situent au-dessus font déjà partie de la moitié des Français les plus aisés. Pas question de parler de richesse à ce niveau-là; on déchanterait vite. Avez-vous déjà cherché à louer ne serait-ce qu'un studio à Paris avec un budget de 500 euros mensuels (ce qui correspond au plafond de 30% de part du revenu que l'on doit consacrer au logement)? Certes, dans un foyer, il y a rarement un seul salaire et aucune allocation supplémentaire. Malgré tout, d'après l'Insee, le revenu médian d'un ménage était, voilà trois ans, de 27.150 euros par an, soit 2.260 euros par mois. Et depuis, il n'a pas tellement évolué. Budget serré garanti.
Un salaire médian à peine plus élevé que le Smic
On remarquera au passage que le Smic étant de 1.280 euros par mois en 2007 (1.343 euros en 2010), le salaire médian est à peine plus élevé, ce qui confirme qu'une grande partie de la population française doit se contenter de revenus proches du salaire minimum. On notera aussi que, pour un foyer avec deux salaires au niveau du revenu médian (soit 3.020 euros par mois), on n'est pas très loin non plus du seuil de pauvreté qui, pour une famille avec deux enfants en France, est de l'ordre de 2.200 euros par mois. L'Insee et la Caisse nationale d'allocations familiales (Cnaf), décidément, le confirment: quand on n'est pas très riche, on n'est pas loin d'être pauvre!
10% de Français à 3.000 euros et plus par mois
Si l'on pousse le curseur jusqu'à 35.000 euros par an, on fait alors partie des 10% de Français les plus riches, estime l'Insee. Environ 3.000 euros par mois pour un célibataire et 6.000 euros pour un couple, c'est déjà être plus riche que... 90% des Français. Ce qui ne veut pas dire pour autant que l'on vit dans l'opulence: à bien considérer le standing d'une location à 1.000 euros par mois dans Paris ou une grande métropole régionale, on ne peut pas vraiment parler de grand confort. Mais du même coup, si 9 Français sur 10 figurent en dessous de ce niveau, c'est que l'élasticité des salaires est faible pour 90% de la population, et que les perspectives d'évolution sont peu importantes.
4.000 euros par mois, un haut revenu de célibataire
François Hollande, à la fin 2009, avait donné sa propre estimation de la richesse: il la situait à 4.000 euros par mois pour un célibataire, 8.000 euros pour un couple et 12.000 euros pour un foyer avec un enfant. L'Insee, qui considère qu'un couple avec deux enfants gagnant 15.000 euros nets par mois fait partie des hauts revenus, est sensiblement sur la même ligne. Ipsos, institut de sondage, fait un autre calcul: avec 58.000 euros par an (4.830 euros par mois) pour un foyer (soit deux salaires), on fait partie des 8% de la population française la plus aisée. Et avec 90.000 euros annuels, on entre dans le club des 2% de Français les plus riches.
Des nouvelles fortunes fondées sur le patrimoine, pas sur le travail
En réalité, si on a pu parler de nouvelles fortunes et de l'augmentation du nombre des personnes gagnant plus de 100.000 euros par an (+28% en quatre ans), ce n'est pas grâce à l'évolution des revenus du travail (+11% en de 2000 à 2007) mais plutôt à la progression des revenus du patrimoine (+ 46% sur la période). Et comme la majorité des foyers français vit des revenus tirés de l'activité et pas du patrimoine, cela explique «le fort accroissement des inégalités» de niveau de vie, commente Camille Landais, de l'Ecole d'économie de Paris: en sept ans, les 0,01% des foyers les plus aisés ont vu leur revenu réel croître de 42%, contre seulement 4,6% pour les 90% des foyers les moins riches. De sorte qu'en 2010, selon l'Insee, les 10% des Français les plus riches détiennent 46% de la masse totale du patrimoine.
Taxation de l'épargne
Mais il n'y a pas que les Français les plus riches qui entretiennent leur patrimoine. Avec la montée du chômage et notamment pour les jeunes que les parents soutiennent, les incertitudes sur l'avenir de la protection sociale et des retraites, les retards sur la création d'un cinquième risque pour la prise en charge des maladies liées au vieillissement... les foyers alimentent leur épargne. Certes, on pourrait leur reprocher cette attitude qui, impliquant des restrictions de consommation, retarde la sortie de crise. Mais peut-on les critiquer alors que les opérateurs sur les marchés financiers, dont le métier est d'investir, font montre eux-même d'une réelle défiance à l'égard des politiques économiques?
Le résultat de cette inquiétude est une augmentation du taux d'épargne (globalement, le rapport entre le revenu non consommé et le revenu total brut) qui, de 13% en 1990, avait été relativement constant de 2000 à 2008 entre 15 et 15,5%, avant de grimper en flèche à 17% au premier trimestre 2010. La progression des encours de l'assurance vie, à 1.283 milliards d'euros en mars en est l'illustration.
Nul doute que cette épargne de précaution va être taxée pour les retraites, comme elle l'a été (de 1,1%) pour financer le revenu de solidarité active (RSA) mis en place par Martin Hirsch. Toutefois, alors que les hauts revenus qui bénéficient du bouclier fiscal n'ont pas été mis à contribution pour le RSA (puisque celui-ci entre dans le bouclier), ceux-ci ne devraient pas échapper à la réforme du financement des retraites.
Gilles Bridier
À LIRE ÉGALEMENT SUR LA RÉFORME DES RETRAITES: Arrêtons de parler des retraites, il faudrait les baisser, Retraites: les parents contre les enfants et Retraites: la gauche osera-t-elle dire «Chiche»?
Photo: au Salon automobile de Genève Denis Balibouse / Reuters
Mis à jour le 19/05/2010 à 12h32













































Il faudrait aussi tenir compte dans votre analyse de la démographie. Dans un pays où depuis assez longtemps les femmes font 2 enfants en moyenne, chaque enfant va hériter de la moitié du patrimoine de ses parents. Il y a en France plus de 50% des français qui sont propriétaires de leur logement. Un français sur 2 va donc hériter d'un demi-logement. Si ce français est marié, le couple va hériter de l'équivalent d'un logement. Sans compter que si ses parents possédaient leur logement, ils avaient probablement aussi des biens financiers. C'est loin d'être anecdotique. Gagner 3000 € par mois et devoir se loger, c'est pas comme gagner autant et devoir se loger. On peut considérer qu'il y a là une vraie inégalité car quand on hérite, on y est pour rien soi-même. Et Sarkozy a fait en sorte d'augmenter cette inégalité.
Alors, ca sert à quoi de travailler selon toi ? Juste vivre, ou permettre à ses enfants de mieux vivre que soi-même.
Il est clair que c'est différent de gagner 3000€ et de payer son logement que d'en avoir 1. (J'imagine que c'est ce que tu voulais dire)
Quand tu as un loyer de 1000 ou 1500€, c'est de suite une énorme différence de pouvoir d'achat. Mais doit-on blamer les parents de ses personnes qui ont investis pour l'avenir de leurs enfants en se serrant la ceinture sur leur propre pouvoir d'achat par rapport à ceux qui n'ont pas voulu/pu faire cette effort.
Moi, ca me parait clair que je voudrais que mes enfants aient une maison et ne galère pas en s'endettant toute leur vie. Ca me parait logique, plutôt que de penser egoïstement à mon petit plaisir personnel.
Mais bon, je sais m'adapter, et si la France decide que sa société se doit d'être égoïste, j'agirai en tant que tel.
Gardez à l'esprit que quand vos enfants hériteront, ils seront retraités (ou pas loin), et donc, leur vie professionnelle, celle durant laquelle on s'endette, sera révolue.
La loi permet de faire des dotations limitées avant la mort... Et je suis conscients que c'est pas à 60 ans qu'ils auront besoin d'argent, mais en entrant dans la vie active, ou lorsqu'ils fonderont une famille.
Enfin... j'évite d'être égoïste et de perser qu'à mon petit confort.
Et, précisément, avoir des droits de succession très élevés permet une plus grande rotation du capital, donc une plus grande redistribution vers les jeunes.
En cela, la suppression de la plus grande partie des droits de succession a été un énorme cadeau fait au retraités... qui ont déjà un niveau de vie plus élevés que les travailleurs (j'ai lu 40 % de plus récemment dans Le Monde).
Comme d'habitude, en France, dès que l'on parle d'argent, la confusion s'installe. Revenu médian, revenu net disponible, foyer fiscal... j'en passe.
Prenons mon cas. Couple avec 2 enfants, dans les Monts du Lyonnais. Un seul salaire de sage femme, aucun revenu pour l'homme. En 2009: salaire + prime (€30000), allocs et primes rentrée scolaire (€2300), cadeaux divers de la famille (€2000), revenu de l'épargne (€800). On a donc un revenu de €35100 en 2009 sur lequel il faut déduire €400 de taxe d'habitation. Soit €34700 de revenu net disponible. Je me permettrai d'y ajouter €1000 qui correspondent aux avantages tirés du comité d'entreprise. Loyer de €480 mensuel. C'est donc loin de l'opulence mais on boucle le budget. Pas de télé, pas de portable, une voiture, produits locaux, petites vacances (parfois à l'étranger), sans doute ne sommes-nous pas trés gourmands! €500 de plus par mois et on va au restaurant, à l'opéra et on achète des vins de rêve. Bref, avec €42000 annuel, on plane. Ce qui, je crois, correspond pile poil au revenu net disponible médian 2009 d'une famille 2+2.
Tout ceci pour dire que l'on est souvent beaucoup plus riche que l'on ne le pense et qu'il y a encore une sacrée marge en matière de taxation.
Où va-t-on placer le curseur de la richesse et à partir de là, combien de "cotisants riches" devront-ils permettre d'équilibrer le régime d'assurances vieillesse.
Une petite simulation vous permettra vite de voir que nous avons là encore affaire à un beau discours démagogique mais que si l'on ne veut pas trop mécontenter les électeurs aisés il faudra faire grimper le curseur vers les sommets et de ce fait n'avoir que très peu de "cotisants riches" qui devront payer des sommes considérables et qui, de ce fait, prendront de nouveau le chemin de la Suisse ou de la Belgique six mois et un jour par an...
J'ai l'impression que le revenu médian est donné net de charges, tandis que le SMIC est le SMIC brut.
En lisant cet article on apprend que le seuil de pauvreté en France est de 2200 € par mois pour une famille avec 2 enfants.
Si ce chiffre est vrai, et bien qu'on puisse comprendre qu'il soit difficile de vivre avec 2200 € par mois à 4, 2200 € restent tout de même un revenu loin de négligeable. Avec 2200 € par mois on peut acheter 12 menus par jour dans un fastfood, et une voiture low cost en 4 mois.
Un proposition qui aurait l'avantage de punir les riches et de renforcer la réusssite au mérite: Taxer à 100% l'héritage dès le premier Euro, que ce soit 1000 € ou 1 Milliard. Voilà une vrai mesure qui serait conforme aux idéologies socialistes et libérales.
N'oublions pas que l'héritage est pour les plus modestes la seul possibilité qu'ils auront jamais d'accéder à la propriété d'un logement entre autres, par ailleurs je ne vois pas ce qu'il y' aurait d'équitable à taxer tous les héritages de la même façon ??? Pour la majorité des gens l'héritage c'est le fruit du revenu du travail de leurs parents, si vous le taxez n'importe comment c'est un impôt sur le revenu différé donc potentiellement une diminution de la valeur du travail, et donc l'inverse de la récompense du mérite ...
L'héritage est le moyen qu'ont trouvés les riches pour rester riches de père en fils. Ils peuvent ainsi ralentir l'ascenseur social dans les 2 sens.
Pour clarifier le débat, nous sommes tous à la fois le riche de quelqu’un et le pauvre de quelqu’un d’autre.
Lorsqu’on prend la position du pauvre, l’héritage est vu comme le moyen de transmettre une petite aide au départ à ses enfants. De les laisser moins dépourvus par rapport à ceux qui ont plus. Le pauvre ne comprend pas qu’on puisse le spolier de ce petit pécule et ne veut pas qu’on revienne sur l’acquis de l’héritage.
Lorsqu’on prend la place du riche, l’héritage est le moyen de donner un avantage décisif à sa progéniture dans sa vie professionnelle et personnelle.
L’héritage empêche le renouvellement des entreprises et la création de nouveaux business partis de rien.
L’héritage maintient artificiellement les prix de l’immobilier. Si ceux qui bénéficient d’un apport de 10 000 ou 100 000 € pour acheter un bien immobilier se considèrent chanceux, ils ne réalisent pas que si personne ne bénéficiait d’apport familial, alors le prix de ce bien serait inférieur. Si 2 personnes ont le même parcours professionnel, comment justifier que l’une d’entre elles ait les moyens d’acheter un bien que l’autre ne puisse pas uniquement parce qu’il a la chance d’avoir des parents plus riches ?
Le plus fascinant dans ce débat est que celui qui est heureux de transmettre 100 000 € de capital à ses enfants ne se rend pas compte qu’il renforce l’inégalité de ses enfants avec ceux qui reçoivent 1M€ ou 10M€ de leurs parents.
Enfin l’interdiction de transmission de capital entre générations est le meilleur moyen de revaloriser la valeur travail.
Si on prend le cas de l'Espagne, 80%¨de sgens sont propriétaires, les frais de succession sont plus élevées qu'en France, et malgré celà les prix de l'immobilier flambent.
Pour TOUS les Français, les riches sont ceux qui gagnent plus que eux-même.
...donc qui ont le sentiment qu'ils vivent mieux qu'eux; inacceptable dans le pays de l'égalité mal comprise (volontairement?)!
Retraite ou pas, ce sont les revenus du capital hors inflation qu'il faut taxer très fortement carrément jusqu'à 70/80% car aucun, absolument aucun effort n'est fourni par le "spéculateur-déposant"
*dans les conditions actuelles des lois, y compris impôt sur la fortune.
Vous semblez vivre sur une autre planète!
Faire ce que vous dites revient à dire aux investisseurs français : ne placez pas vos capitaux dans les entreprises, vous aurez tous les risques et pratiquement aucune compensation si vos placements s'avèrent judicieux, c'est en fait remettre dans les mains de l'État la totalité de la politique industrielle et financière de la France et on sait malheureusement où mène ce genre décision.
Votre réaction me semble épidermique et reste utopique, c'est bon de se défouler, le papier (ou plutôt l'ordinateur) accepte tout, mais il en va différemment dans la vie réelle!
Tout à fait d'accord, l'héritage est vraiment un "piége à pauvre" , la véritable inégalité est là, mais dans un pays où le népotisme est considéré comme normal (cf. les situations des fils et filles de ), celà demeure un sujet tabou.
Quand je compare ma situation de salarié à 3000 € sans patrimoine avec celle de mes cousins qui sont cadres sup à 5000 € et qui ont en plus hérité d'un gros patrimoine, c'est le jour et la nuit : je vis comme un prolo, eux comme des nantis, et pourtant on a été élevé ensemble et on a fait des études comparables (enfin eux ont bénéficié en plus de piston professionnel car leur père avait une trés grosse situation).A tel point que nous ne nous fréquentons plus car le fossé social est trop énorme. C'est une injustice sidérante, surtout pour un pays qui a pour devise "Liberté-Egalité-Fraternité"!
L'herbe est toujours plus verte dans le pré d'à-côté!
Comparez votre situation à la moitié des français qui ne gagnent que la moitié de votre revenu et vous vous sentirez tout de suite beaucoup mieux. Je suis prêt à parier que vos cousins envient des gens qui gagnent 7000€ par mois et qui ont un patrimoine et une vie bien supérieurs aux leurs (du moins le pensent-ils peut-être).
Un dernier conseil : n'essayez pas de comparer!
Je doute que taxer d'avantage l'héritage produise de l'égalité. Les biens seront juste enregistrés dans des paradis fiscaux, hors d'atteinte.
Bon naturellement, mettre ainsi ses biens à l'abri aura un coût logistique, que le riche payera la larme au coeur. Le pauvre quant à lui n'aura pas à se soucier de tout ça, tout incapable qu'il sera de placer son argent dans une banque pour nantis. Il pourra donc se faire taxer "plein tarif".
L'enfer et pavé de bonnes intentions... ;)
Je pense qu'il faut arrêter de s'en prendre aux revenus. Ceux qui gagnent bien leur vie l'ont souvent mérité. Sauf justement si c'est grâce à un héritage.
La voie d'avenir pour rembourser les dettes, payer les retraites et la dépendance se trouve la.
Et ce n'est pas parce qu'il y a des paradis fiscaux ou de l'évasion fiscale qu'il ne faut rien faire. Bien au contraire. Les solutions existent.