France

Retraites: c'est quoi, être riche?

Gilles Bridier, mis à jour le 19.05.2010 à 12 h 32

Les hauts revenus qui bénéficient du bouclier fiscal, et les revenus du patrimoine (à commencer par l'assurance-vie) devraient contribuer au financement des retraites.

Pour contribuer au sauvetage de la retraite par répartition, les hauts revenus et les revenus de l'épargne devraient être taxés. Mais, en France, c'est quoi, un riche? Peut-être vous... sans le savoir.

La moitié des Français au-dessous de 1.510 euros par mois, autant au-dessus

Tout d'abord, le salaire médian (qui partage en deux la population) en France se situant à 1.510 euros par mois (montant  2007, établi par l'Insee) ou 18.170 euros par an, toutes les personnes qui se situent au-dessus font déjà partie de la moitié des Français les plus aisés. Pas question de parler de richesse à ce niveau-là; on déchanterait vite. Avez-vous déjà cherché à louer ne serait-ce qu'un studio à Paris avec un budget de 500 euros mensuels (ce qui correspond au plafond de 30% de part du revenu que l'on doit  consacrer au logement)? Certes, dans un foyer, il y a rarement un seul salaire et aucune allocation supplémentaire. Malgré tout, d'après l'Insee, le revenu médian d'un ménage était, voilà trois ans, de 27.150 euros par an, soit 2.260 euros par mois. Et depuis, il n'a pas tellement évolué. Budget serré garanti.

Un salaire médian à peine plus élevé que le Smic

On remarquera au passage que le Smic étant de 1.280 euros par mois en 2007 (1.343 euros en 2010), le salaire médian est à peine plus élevé, ce qui confirme qu'une grande partie de la population française doit se contenter de revenus proches du salaire minimum. On notera aussi que, pour un foyer avec deux salaires au niveau du revenu médian (soit 3.020 euros par mois), on n'est pas très loin non plus du seuil de pauvreté qui, pour une famille avec deux enfants en France, est de l'ordre de 2.200 euros par mois. L'Insee et la Caisse nationale d'allocations familiales (Cnaf), décidément, le confirment: quand on n'est pas très riche, on n'est pas loin d'être pauvre!

10% de Français à 3.000 euros et plus par mois

Si l'on pousse le curseur jusqu'à 35.000 euros par an, on fait alors partie des 10% de Français les plus riches, estime l'Insee. Environ 3.000 euros par mois pour un célibataire et 6.000 euros pour un couple, c'est déjà être plus riche que... 90% des Français. Ce qui ne veut pas dire pour autant que l'on vit dans l'opulence: à bien considérer le standing d'une location à 1.000 euros par mois dans Paris ou une grande métropole régionale, on ne peut pas vraiment parler de grand confort. Mais du même coup, si 9 Français sur 10 figurent en dessous de ce niveau, c'est que l'élasticité des salaires est faible pour 90% de la population, et que les perspectives d'évolution sont peu importantes.

4.000 euros par mois, un haut revenu de célibataire

François Hollande, à la fin 2009, avait donné sa propre estimation de la richesse: il la situait à 4.000 euros par mois pour un célibataire, 8.000 euros pour un couple et 12.000 euros pour un foyer avec un enfant. L'Insee, qui considère qu'un couple avec deux enfants gagnant 15.000 euros nets par mois fait partie des hauts revenus, est sensiblement sur la même ligne. Ipsos, institut de sondage, fait un autre calcul: avec 58.000 euros par an (4.830 euros par mois) pour un foyer (soit deux salaires), on fait partie des 8% de la population française la plus aisée. Et avec 90.000 euros annuels, on entre dans le club des 2% de Français les plus riches.

Des nouvelles fortunes fondées sur le patrimoine, pas sur le travail

En réalité, si on a pu parler de nouvelles fortunes et de l'augmentation du nombre des personnes gagnant plus de 100.000 euros par an  (+28% en quatre ans), ce n'est pas grâce à l'évolution des revenus du travail (+11% en de 2000 à 2007) mais plutôt à la progression des revenus du patrimoine (+ 46% sur la période). Et comme la majorité des foyers français vit des revenus tirés de l'activité et pas du patrimoine, cela explique «le fort accroissement des inégalités» de niveau de vie, commente Camille Landais, de l'Ecole d'économie de Paris: en sept ans, les 0,01% des foyers les plus aisés ont vu leur revenu réel croître de 42%, contre seulement 4,6% pour les 90% des foyers les moins riches. De sorte qu'en 2010, selon l'Insee, les 10% des Français les plus riches détiennent 46% de la masse totale du patrimoine.

Taxation de l'épargne

Mais il n'y a pas que les Français les plus riches qui entretiennent leur patrimoine. Avec la montée du chômage et notamment pour les jeunes que les parents soutiennent, les incertitudes sur l'avenir de la protection sociale et des retraites, les retards sur la création d'un cinquième risque pour la prise en charge des maladies liées au vieillissement... les foyers alimentent leur épargne. Certes, on pourrait leur reprocher cette attitude qui, impliquant des restrictions de consommation, retarde la sortie de crise. Mais peut-on les critiquer alors que les opérateurs sur les marchés financiers, dont le métier est d'investir, font montre eux-même d'une réelle défiance à l'égard des politiques économiques?

Le résultat de cette inquiétude est une augmentation du taux d'épargne (globalement, le rapport entre le revenu non consommé et le revenu total brut) qui, de 13% en 1990, avait été relativement constant de 2000 à 2008 entre 15 et 15,5%, avant de grimper en flèche à 17% au premier trimestre 2010. La progression des encours de l'assurance vie, à 1.283 milliards d'euros en mars en est l'illustration.

Nul doute que cette épargne de précaution va être taxée pour les retraites, comme elle l'a été (de 1,1%) pour financer le revenu de solidarité active (RSA) mis en place par Martin Hirsch. Toutefois, alors que les hauts revenus qui bénéficient du bouclier fiscal n'ont pas été mis à contribution pour le RSA (puisque celui-ci entre dans le bouclier), ceux-ci ne devraient pas échapper à la réforme du financement des retraites.

Gilles Bridier

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Photo: au Salon automobile de Genève Denis Balibouse / Reuters


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