Burqa: le droit de se regarder
En tentant de mettre la burqa hors la loi, la France se bat pour les droits des femmes, estime Christopher Hitchens, de Slate.com
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On dit souvent que les élus français qui cherchent à légiférer contre le port du voile (qui ne couvre «que» le visage) ou de la burqa (qui couvre le corps entier) veulent imposer une «interdiction» et restreindre les droits des femmes. Mais ils cherchent au contraire à lever certaines entraves aux libertés: interdiction pour ces femmes de choisir leurs propres vêtements et de désobéir à l'autorité masculine et cléricale, interdiction pour tous les citoyens de se regarder l'un l'autre. La loi proposée est dans la pure tradition de la république française, qui veut que tous les citoyens soient égaux devant la loi et -tout aussi important- égaux les uns par rapport aux autres.
Qu'as-tu à cacher?
Sur la porte de ma banque à Washington, une pancarte me prie poliment, mais sans explications, d'ôter tout ce qui me cache le visage avant d'entrer dans les lieux. Une personne qui ferait irruption dans la banque avec un masque quelconque serait, à juste titre, suspecte. Cette présomption de culpabilité devrait valoir aussi hors des murs de la banque. Je serais indigné et je refuserais de traiter avec une infirmière, un docteur ou un enseignant qui cacherait son visage, ou pire, avec un inspecteur des impôts ou un douanier voilé. Ne dit-on pas toujours, dans les expressions de la vie courante, «Qu'est-ce que tu as à cacher?» et «Tu n'oses pas montrer le bout de ton nez»?
Faire une exception pour le voile et la burqa? Notez que cette demande ne concerne que les femmes, et qu'elle relève de la sphère religieuse. (Précisément d'une seule religion, il serait idiot de prétendre le contraire.) Tout est dit! On demande à la société de renoncer à une longue tradition d'égalité et d'ouverture pour faire plaisir à une religion qui a une réputation discutable pour ce qui est des femmes.
Je voudrais poser une question toute simple à ces pseudo-libéraux qui prônent la tolérance sur la question du voile et de la burqa: que dire alors du Ku Klux Klan? Célèbre pour ses cagoules et sa pensée réactionnaire, le gang a toujours eu pour objectif le maintien d'une pureté protestante et anglo-saxonne. Le KKK a certes le droit de défendre ses positions fondées sur la religion, c'est écrit dans le Premier amendement de la Constitution américaine. J'irais même jusqu'à dire que, lors de défilés protégés par la police, ils peuvent en toute légalité cacher leur vilain visage. Mais je ne laisserais pas un homme ou une femme encagoulés enseigner à mes enfants, entrer avec moi à la banque, ou conduire mon taxi ou mon bus -aucune loi ne m'obligera jamais à le faire.
Je vois d'autres objections aux visages voilés et aux vêtements qui dissimulent tout le corps. Ces derniers ont souvent été utilisés par des criminels, des hommes -pas seulement des terroristes religieux mais aussi de simples voyous- pour se cacher et pouvoir s'échapper. La burqa sert aussi parfois à couvrir d'horribles blessures infligées à des femmes battues. Parce qu'elle gêne la vision périphérique, elle est incompatible avec des activités comme la conduite. Il ne s'agit là plus seulement d'un choix relevant de la sphère privée, mais d'un danger pour les autres, autant que d'une injure à la politesse ordinaire et à ses tournures du style «Enchanté de vous voir».
Le «plein gré» est contestable
Les femmes n'ont de toute façon pas le droit de conduire dans certaines sociétés musulmanes, me direz-vous. Mais ça ne fait que conforter mon second point. Les critiques contre l'interdiction de la burqa seraient pertinentes si les musulmanes étaient aussi enthousiastes à la porter que les membres du KKK sont enthousiastes à porter ces linceuls blancs à bout pointu. Mais nous ne pouvons être sûrs que ces femmes mettent la burqa ou le voile de leur plein gré. Tout porte à penser le contraire. Des mères, des femmes et des filles risquent de recevoir de l'acide sur le visage, d'être tuées pour l'honneur ou d'être violemment battues si elles n'adoptent pas la tenue vestimentaire humiliante exigée par les hommes de leur entourage pour sortir de chez elles. C'est pour cela que dans beaucoup de pays musulmans, comme la Tunisie et la Turquie, le look «enveloppé» est illégal dans les bâtiments gouvernementaux, les écoles et les universités.
Pourquoi les Européens et les Américains devraient-ils, pour chercher à satisfaire les immigrés, accepter la tradition des pays musulmans les plus arriérés et les plus primitifs? Nul doute, la burqa et le voile sont les marques les plus agressives du refus de s'intégrer et de s'adapter. Même en Iran, les femmes sont simplement obligées de se couvrir les cheveux, et je défie quiconque de trouver une ligne du Coran qui force les femmes à dissimuler leur visage.
Ce qui ne veut pas dire que si c'était écrit dans le Coran, ça changerait quelque chose. La religion est la pire excuse pour ne pas respecter le droit commun. Les Mormons ne peuvent pas être polygames. L'excision est un crime fédéral dans aux Etats-Unis. Et dans certains Etats, les scientistes chrétiens risquent des poursuites s'ils mettent en danger leurs enfants en leur refusant des soins médicaux. Sommes-nous vraiment bien placés pour faire la leçon aux Français qui se contentent de déclarer que tous les citoyens et résidents, quelles que soient leurs croyances, doivent être capables de se reconnaître l'un l'autre, au sens le plus basique du terme?
C'est donc simple. J'ai le droit de voir votre visage et vous avez le droit de voir le mien. Ensuite, mais c'est tout aussi important, vient le droit des femmes de montrer leur visage, qui bien sûr va à l'encontre du droit des hommes de leur entourage ou des imams d'en décider autrement. La loi doit être résolument du côté de la transparence. Les Français se battent pour la liberté, l'égalité, la fraternité... et la sororité.
Christopher Hitchens
Traduit par Aurélie Blondel
À LIRE ÉGALEMENT SUR LA BURQA: L'interdiction totale de la burqa, un casse-tête juridique
Photo: «Disparition», de l'artiste Jean-Pierre Giovanelli, composition avec des burqas d'Afghanistan, dans une galerie d'art à Nice, le 25 janvier 2010. REUTERS/Eric Gaillard
Mis à jour le 19/05/2010 à 13h51














































Le texte de M. Hitchens est très aimable pour nous Français, mais puis-je dire que j'en ai un peu ras la burqa de cette histoire qui, rappelons-le, ne concerne que quelques centaines de femmes. Intéressons-nous plutôt aux milliers de sans-abris, enfermés dans une autre prison, celle de la pauvreté, aux cohortes de chômeurs qui végètent en banlieue dans des immeubles insalubres. Mais évidemment, c'est moins sexy, pour les journalistes que cette pantalonnade qui ne sert qu'au parti de M. Le Pen. En parlant de la burqa, on évite de parler d'autre chose. C'est tellement plus pratique...
mais ces slogans anti-burqa sont vus et revus. Et ils ne répondent pas aux arguments de certaines femmes résolument pour et qui militent dans ce sens. Quant à pénétrer dans une banque à visage découvert, ou chercher son enfant dévoilé, c'est communément accepté, même de leur coté.
Bref le "débat" reste à son stade foetal, à savoir que nul n'ose avancer les vraies raisons qui poussent à interdire le voile : car c'est une insulte publique discriminatoire, et que ça nous fait chier.
"Quant à pénétrer dans une banque à visage découvert, ou chercher son enfant dévoilé, c'est communément accepté, même de leur coté." C'est malheureusement faux et c'est bien une partie du problème: beaucoup de ces femmes ne peuvent aller à la banque ou au bureau de vote!
Aller à la banque n'est pas obligatoire. Aller voter ne l'est pas d'avantage. Dans le premier cas, c'est un handicap qui relève de la sphère privée. Dans le second cas, c'est un désintérêt de la vie citoyenne regrettable mais non répréhensible.
Il y aurait problème si pénétrer dans une banque en étant masqué devenait un droit. Idem pour ce qui est du vote. Si certaines illuminées ne manqueront pas de militer dans ce sens, la plupart ont au moins le bon sens de s'en abstenir.
Le problème vient donc du "vivre ensemble", de l'idée que la burqua et ses dérivés sont un message qui dit : "tu es impur, je t'interdis de poser ton regard sur moi, et je te le fais bien savoir".
Pourquoi alors ne pas tolérer de voir des g ens se balader, en t-shirt avec marqué dessus "Les femmes voilées sont des grosses connes" ? Parce que c'est une insulte publique, parce que c'est discriminatoire.
Cordialement
Cet article est assez sympathique et montre qu'on a vraiment des problèmes avec la religion en France, et que c'est surtout les politiques qui ont un problème avec la religion. C'est si dur que sa de remettre en avant la laïcité et d'interdire pour des questions de société et non de religion un voile tout en ne passant pas par un débat stérile sur la liberté religieuse. On a interdit plein de choses aux chrétiens (vu qu'on est un pays quand même d'origine chrétienne, je trouvais l'exemple assez bon), pourquoi pas aux musulmans? Ou c'est en rapport avec le retour du religieux dans notre bon pays?
Mais non, on est à l'air de la consomnation, de la liberté sans fin pour un rien, et avec les nouveaux moyens de communication sa en devient tout un problème. C'est pas un peu gros de penser qu'à travers le rejet de la burqua, on rejette les musulmans. Je différencie l'un et l'autre sans problème, mais je veux juste que dans un monde ou la confiance est déjà quelque chose de difficile à construire, on ne me rajoute pas une muraille d'incompréhension. Simple?
Mauvais argument: "On a interdit plein de choses aux chrétiens (vu qu'on est un pays quand même d'origine chrétienne, je trouvais l'exemple assez bon), pourquoi pas aux musulmans? " Ce n'est pas parce qu'on est christianophobe qu'on doit être islamophobe!. On m'a toujours dit que, à défaut de le pratiquer probablement, la laïcité se voulait non pas un moyen de lutte contre les religions mais une façon de faire vivre ensemble des gens de convictions différentes sans qu'une partie de cette population soit favorisée du fait de ses croyances religieuses, philosophiques, utopiques ou autres.
Malgré ce reproche fondamental, je partage avec vous l'idée que le débat sur la burqa n'est pas un rejet religieux mais un problème de bon sens et que manifestement on crée un problème religieux là où on a affaire à un problème essentiellement pratique du "vivre-ensemble" comme le montre C. Hitchens.
Je pense être pour vous dans cette catégorie de personne et j'aimerais gentiment répondre à la question posée.
Je n'approuve pas de législation sur la burqa précisément pour son côté liberticide (à mon sens) car j'estime que chacun doit être libre de porter ce qu'il veux dans la rue (sans mettre en danger qui que ce soit évidemment). Bien évidemment, sur je suis entièrement d'accord que c'est incompatible avec beaucoup d'activités (conduire, aller à la banque...), personne ne le remet en question. Reste un argument de sécurité par rapport à un criminel qui échapperait à la justice avec la burqa...honnetement je pense que c'est pousser très très loin le côté sécuritaire et je n'y crois pas vraiment.
Pour le "plein gré contestable", j'ai le sentiment que votre vision reste très extérieur, avez-vous au moins essayer de discuter avec certaines d'entre elles? Je pense que vous serez vraiment surpris (moi je l'ai été).
Et pour le kkk, je ne vois pas comment je pourrais pour l'autorisation de la burqa et pour l'interdiction de telles cagoules, c'est aussi ça la liberté.
Et je persiste à penser que si la burqa appartenait à la religion bouddhiste l'idée ne serait venu à personne de légiférer.
GJ
La France pudique n'évoque pas dans ce débat ses propres femmes masquées à savoir les religieuses. Pourquoi une musulmane n'aurait-elle pas le droit de se masquer en public alors que les femmes rentrant dans les ordres chrétiens auraient ce droit ? Vous me direz qu'elles ne sont pas masquées, à voir. Selon les congrégations les règles peuvent être très strictes et certaines sont cloitrées à vie. Quant aux raisons invoquées de part et d'autre ("je veux vivre comme la femme du prophète" et "je veux me donner à Dieu") elles sont ma foi fort proches. On évoque la pression de leur entourage pour les musulmanes, qu'en est-il de nos bonnes sœurs ? Et les mœurs imposés aux bonnes sœurs ou qu'elles s'imposent elles-mêmes, ne dégradent-ils pas les droits de la femme ? A moins que d'expliquer que les bonnes sœurs ont fait un choix. Mais pourquoi alors les musulmanes ne pourraient-elles faire ce choix personnel ? Et que dirait le président de la république demain, lui qui met le curé au dessus de l'instituteur, si sa loi imposait à une bonne sœur de se découvrir ? C'est le sectarisme qui est à la base de ces pratiques, chez les catholiques comme chez les musulmans.
Quel embrouillamini dans votre réponse:
- les bonnes sœurs comme les musulmanes ne sot pas "masquées", elles portent une sorte d'uniforme,
- le problème de la burqa n'est lié qu'à son usage en milieu public, les soeurs cloitrées comme les musulmanes en burqa dans un milieu privé ne font evidemment pas partie du problème posé
- une bonne soeur n'aurait pas à se découvrir en public du fait que son visage est déjà découvert
- les bonnes soeurs passent de nombreuses années avant de prononcer leurs voeux perpétuels et on s'assure à chaque étapes qu'elles le font de leur plein gré, ce n'est pas le cas de toutes celles portant la burqa
- enfin, il n'est pas de notre ressort de juger de la qualité des mœurs que s'imposent ces femmes, musulmanes ou chrétiennes, mais ce dont la société doit s'assurer, c'est que ce qu'elles accomplissent, elles le font de leur plein gré et qu'elles peuvent à tout moment faire machine arrière
Il me semble qu'à vouloir trop rapprocher des situations dissemblables, vous arrivez à certaines exagérations et vous tombez à côté du problème qu'essaie de résoudre le projet de loi.
Des pays musulmans contraignent les femmes au voile. Des pays occidentaux voudraient l'interdire chez eux. Au final, l'expression d'une même intolérance mais en sens inverse.
Et, n'en déplaise à certains, une discrimination reste une discrimination, quelle que soit l'emballage idéologique dans laquelle on l'habille et la réthorique déployée pour la légitimer auprès de l'opinion publique...
L'attitude la plus humaine est aussi la plus tolérante : laisser à chacun le choix du vêtement qu'il ou elle désire porter, sans jugement de valeur aucun. Et garantir les citoyens contre les pressions extérieures, d'où qu'elles viennent.
Mais à l'heure où l'État lui-même - toujours pour de bonnes raisons et de grands principes exaltants qui n'ont que peu de rapport avec ce que vivent réellement les gens au quotidien - se mue en organe de pression, on se demande où sont passées les principes qui sont censées fonder la civilisation occidentale : on croirait les voir partir en fumée les uns après les autres ces derniers temps...
Mais bon, le repli sur soi et ses traditions bien nationales (oserait-je dire nationaliste ?) reste visiblement encore très tendance cette année...
Je ne t'aime pas, tu es une menace à mes yeux donc je veux que tu disparaisses de ma vue ou que tu te convertisses à mes coutumes. Une fois de plus, l'éternel loi du plus fort...
L'Occident chercherait-il ainsi à égaler les régimes les plus liberticides de la planète tout en prétendant continuer à leur faire hyprocritement la leçon des libertés et des Droits de l'Homme ?
Ce pourrait être comique tant c'est absurde mais en fin de compte, c'est plutôt pathétique et ridicule et surtout déshonorant pour l'Occident qui perd ainsi un peu plus le peu de crédit qui lui reste encore auprès du reste du Monde tout en se gargarisant nombrilistement de liberté sic.
La guerre, c'est la paix et la paix, c'est la guerre ? La liberté, c'est la servitude et la servitude la liberté ? En serait-on descendu à ce niveau ?
En tous cas, on est en droit de se poser la question par les temps qui courent, à voir les projets de loi les plus farfelus et oppressifs se succéder dans nos parlements...