Santé

Bénin ou sévère, le Covid chez la femme enceinte n'est jamais anodin

Temps de lecture : 5 min

Avec la circulation du virus, de nombreuses femmes vivent leur grossesse dans un climat anxiogène. Il est vrai que contracter la maladie quand on attend un enfant peut être lourd de conséquences, mais il existe une parade: la vaccination.

Le Covid a tendance à augmenter le risque de complications inhérentes à la grossesse. | Filip Bunkens via Unsplash
Le Covid a tendance à augmenter le risque de complications inhérentes à la grossesse. | Filip Bunkens via Unsplash

«Tout le temps que j'ai été enceinte, j'ai été très anxieuse d'attraper le Covid tant on m'avait dit que cela pouvait être dangereux pour le fœtus. J'ai fait très attention mais j'ai fini par être contaminée en janvier, soit à mon huitième mois de grossesse, raconte Juliette, déjà maman de deux enfants. J'ai ressenti énormément de fatigue et ai perdu le goût et l'odorat. Rien de très grave mais ça m'a mise K.-O. Ce que je retiens surtout, c'est qu'alors que tout le monde m'avait stressée, lorsque je me suis retrouvée malade, je me suis sentie totalement délaissée, comme pestiférée. Dans un climat doublement anxiogène, entre le fait d'être malade d'un virus dont on sait qu'il peut causer de gros dégâts et la toute fin de la grossesse, je n'avais plus aucun suivi puisque j'avais évidemment interdiction de consulter. Heureusement que ce n'était pas mon premier enfant, je ne sais pas trop comment j'aurais géré l'angoisse...»

Tout s'est heureusement bien terminé pour Juliette, qui a certes accouché un peu plus fatiguée que prévu, mais rapidement et sans encombre. Toutefois, elle déplore les informations contradictoires sur les risques du Covid pour les femmes enceintes auxquelles elle a été confrontée et regrette ce qu'elle a vécu comme un abandon du corps médical. «On nous dit de ne pas venir à la clinique quand on est malade mais une fois qu'on l'est, on est mise au ban...»

Bien sûr, le cas de Juliette n'est pas grave à proprement parler, mais il permet de mesurer l'impact du Covid en matière de stress chez une femme enceinte. On peut aussi redouter un éventuel retard de soin en cas de problème lors de la grossesse du fait du report de rendez-vous à la clinique. De plus, le risque, imprévisible, de développer un Covid long handicapant n'est jamais absent –comme dans le reste de la population.

Pour d'autres futures mamans, l'infection au Covid –et d'autant plus avec le variant Delta, plus virulent– peut avoir des conséquences dramatiques.

Systèmes immunitaire et cardiovasculaire moins résistants

Le professeur Cyril Huissoud, gynécologue obstétricien au service de gynécologie obstétrique de la Croix-Rousse à Lyon, explique: «On ne peut pas dire qu'il y a davantage de risques d'attraper le Covid quand on est enceinte. En revanche, la grossesse constitue à elle seule un facteur de risque de développer une forme sévère. On voit des femmes jeunes, sans aucune comorbidité, qui se retrouvent hospitalisées.»

Plusieurs facteurs sont en cause. D'abord, l'immunité tend à diminuer pendant la grossesse, ce qui naturellement rend la femme enceinte plus sujette aux infections. Ensuite, c'est une période où le système cardiovasculaire est énormément sollicité et donc moins résistant aux agressions virales. En outre, le Covid a tendance à augmenter le risque de complications inhérentes à la grossesse.

«Le cerveau du fœtus est extrêmement fragile: si la mère a un taux d'oxygène bas, il peut y avoir des conséquences sur le tissu cérébral.»
Dr Stéphane Gaudry, professeur de médecine intensive réanimation

Le Pr Cyril Huissoud détaille: «Du côté de la mère, les risques de troubles de la coagulation sont majorés avec davantage de thromboses. Du côté de l'enfant, parce que le virus est capable de s'attaquer au placenta, il y a un sur-risque évident de pré-éclampsie [une maladie de la grossesse qui associe une hypertension artérielle et la présence de protéines dans les urines et résulte d'un dysfonctionnement du placenta, ndlr]. Les retards de croissance et les morts fœtales in utero sont également plus fréquentes.»

Le Dr Stéphane Gaudry, professeur de médecine intensive réanimation à l'hôpital Avicenne de Bobigny, ajoute: «Le cerveau du fœtus est extrêmement fragile: si la mère a un taux d'oxygène bas, comme c'est le cas lors des Covid sévères, il peut y avoir des conséquences sur le tissu cérébral. Cela peut provoquer par exemple une paralysie cérébrale infantile pouvant être responsable de handicaps moteurs et cognitifs.»

Séquelles physiques et psychologiques de la réanimation

Le réanimateur a pris en charge un certain nombre de femmes enceintes souffrant d'un Covid sévère dans son service. Toutes n'ont malheureusement pas survécu. «Nous en avons reçu une aujourd'hui, et le pronostic s'annonce bien sombre», souffle-t-il. Il expose les modalités de leurs soins: «Déjà entubées et sédatées, certaines ont été placées sous ECMO [oxygénation par membrane extracorporelle]. Pour dire les choses simplement, il s'agit de mettre en place un poumon artificiel extra-corporel pour pallier les déficits du poumon liés à la maladie. Cela permet de donner suffisamment d'oxygène au sang.» Cette technique de dernier recours est lourde et expose à des complications majeures, notamment infectieuses et hémorragiques.

En outre, puisque ces femmes doivent être intubées et placées sur le ventre, leur grossesse empêche la procédure en créant une contrainte sur le diaphragme. Le Pr Stéphane Gaudry signale: «Le protocole est de tout faire pour sauver la mère. Si elle est en début de grossesse, il peut arriver que nous procédions à une interruption médicale de grossesse. Si la grossesse est plus avancée et que l'enfant est viable, quoique parfois grand prématuré, nous effectuons souvent une césarienne.»

«Les vaccins à ARNm n'augmentent ni le risque de malformation, ni le risque de fausse couche.»
Pr Cyril Huissoud, gynécologue obstétricien

Le Pr Cyril Huissoud précise qu'en raison des contraintes sanitaires liées au fait que la mère soit positive au Covid, les conditions de réalisation des césariennes sont parfois précaires, de manière à garantir la sécurité des autres patientes: «Il arrive que nous ne puissions pas utiliser le bloc opératoire comme pour une césarienne réalisée dans des conditions “normales”», déplore-t-il.

Lorsque les patientes –et c'est heureusement majoritaire– parviennent à se rétablir, les conséquences du passage en réanimation sont lourdes tout autant sur le plan psychologique, d'autant qu'elles n'étaient pas conscientes lorsque leur bébé est né, que sur le plan physique. En effet, la réanimation laisse des séquelles importantes et nécessite une rééducation qui peut parfois être longue et fastidieuse.

Qu'il soit bénin ou sévère, le Covid chez la femme enceinte n'est jamais anodin. La parade? La vaccination, capable de prévenir les formes graves, en complément des gestes barrières quotidiens. «Les vaccins à ARNm sont particulièrement bien tolérés, assure le Pr Cyril Huissoud. Ils n'augmentent ni le risque de malformation, ni le risque de fausse couche. La vaccination est possible –et même vivement recommandée– tout au long de la grossesse, même au premier trimestre.»

Et d'ajouter: «Lorsqu'elle se fait vacciner, la femme enceinte produit des anticorps qui, contrairement à ceux produits lors de l'infection au Covid, passent dans le sang. Cela permet vraisemblablement de protéger le nourrisson durant les premiers mois de sa vie.»

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