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Les coyotes sont entrés dans Vancouver

Temps de lecture : 4 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Depuis quelques mois, promeneurs et autres cyclistes du principal parc de la ville, le troisième d'Amérique du Nord, sont victimes du comportement de ces animaux particulièrement agressifs.

On ne compte plus les attaques de coyotes à Stanley Parc. | Ross Sokolovski via Unsplash
On ne compte plus les attaques de coyotes à Stanley Parc. | Ross Sokolovski via Unsplash

Il faut croire que ma vie n'était pas assez compliquée comme cela. Voilà que depuis quelques mois maintenant, le parc qui se trouve être à quelques encablures de chez moi abrite toute une colonie de coyotes. Jusqu'ici, rien à signaler. C'est l'un des charmes de la vie à Vancouver: il n'y est pas rare de croiser sur son chemin une bande de ratons laveurs de retour de randonnée ou d'apercevoir un furet tailler un bout de gras avec un écureuil.

De temps en temps, un ours neurasthénique et légèrement désorienté vient faire ses courses en plein centre-ville, mais ces occasions sont plutôt rares. Quant aux coyotes, une poignée s'aventure parfois jusque dans nos jardins, mais ils déguerpissent sitôt qu'on leur explique que leur présence est modérément appréciée. Ils restent donc confinés à l'intérieur de Stanley Park, le troisième parc urbain d'Amérique du Nord, un peu plus vaste que Central Park, où d'ordinaire, en parfaits gentlemen, ils se font des plus discrets.

Stanley Park est le joyau de Vancouver, la fierté de toute la cité. Situé à quelques centaines de mètres du centre-ville, bordé de toutes parts par le Pacifique, il se présente sous l'aspect d'une forêt tentaculaire hérissée de pins centenaires que borde une piste cyclable de 10 kilomètres de long doublée de voies propices à des promenades enchanteresses.

On y vient là en famille, à vélo ou à pied, et on ne compte plus les hordes de touristes qui tout au long de l'année colonisent l'endroit pour s'y photographier sous toutes les coutures. Qui plus est, l'endroit étant sauvage à souhait, celui en prise avec la civilisation peut s'enfoncer dans l'un des nombreux sentiers qui traversent l'épaisse forêt et marcher pendant des heures sans rencontrer personne. Bref, un vrai paradis terrestre.

Du moins, ça l'était avant que l'apparition du Covid ne vienne changer la donne. En effet, sans que l'on ne comprenne tout à fait le rapport de causalité, depuis quelques mois maintenant, nos amis les coyotes se sont mis à asticoter les mollets des joggeurs, quand ils ne s'attaquent pas à des enfants ou à des promeneurs du dimanche, lesquels, au lieu de respirer le bon air du Pacifique se retrouvent à humer l'atmosphère viciée des urgences hospitalières.

Ce qui à l'origine était perçu comme une simple anomalie –une bizarrerie de la nature, le fait d'un coyote irascible– est devenu au fil des mois une singulière et dérangeante habitude. C'est désormais par dizaines qu'on recense les attaques de coyotes au point où, tout récemment, il a fallu fermer le parc dès 7 heures du soir. Les conservateurs du parc, qui ne manquent pas d'humour, ont averti les visiteurs que, désormais, c'était à leurs risques et périls s'ils s'aventuraient dans le parc. Précisant que si jamais ils mettaient la main sur l'un de ces coyotes réfractaires, il leur faudrait s'assurer que celui-ci soit bel et bien le responsable d'une de ces attaques; sans quoi, on le relâcherait sur-le-champ.

On ne plaisante pas avec les droits des coyotes à Vancouver et la présomption d'innocence, comme partout ailleurs, prévaut à toute décision hâtive.

Depuis, la bataille fait rage. D'éloquents chercheurs viennent régulièrement nous expliquer que la faute à ces comportements erratiques incombe aux humains qui ont pris la mauvaise habitude de laisser traîner paquets de chips, cacahuètes salées, morceaux de pain, tranches de burger, sushis en pagaille, autant d'offrandes dont se régalent les coyotes. Il est vrai que ces mauvaises habitudes existent pour de bon, le problème étant qu'elles sont tout sauf récentes. De tout temps, les touristes comme les locaux se sont amusés à nourrir la faune, transformant peu à peu les animaux du coin en des peluches lascives, accros au pop-corn et au flash des appareils photos.

La question qui se pose demeure toujours la même. Pourquoi d'un coup d'un seul, les coyotes se sont mis en tête de s'attaquer aux humains? Nul ne le sait vraiment. Se sont-ils trop habitués à la présence des bipèdes au point de les imaginer comme compagnons de beuverie? Ont-ils soudain pris conscience que la chair humaine valait bien celle des ratons-laveurs et autres animaux des bois? Au moment du confinement, se sont-ils convaincus que le parc leur appartenait depuis la nuit des temps et que l'heure était venue de le rappeler à la population locale? Ou bien sont-ils devenus dépendants des bols de quinoa bio offerts par des promeneurs de passage au point de négliger toute autre nourriture?

Toujours est-il que Vancouver a peur. Des brutes épaisses ont demandé à ce que les coyotes soient abattus ou capturés pour être relocalisés plus loin dans la province déclenchant la réaction outrée des amis de la nature pour qui tout le problème venant de l'être humain et de ses comportements déviants, ce serait à lui de décamper. D'autres voudraient fermer le parc jusqu'à nouvel ordre et entamer des négociations serrées avec les chefs des coyotes qui pour l'instant n'ont pas répondu à ces diverses sollicitations. Certains, même, souhaiteraient requérir les forces armées qui, faute de chasser le taliban, en seraient réduites à traquer l'animal.

Depuis, on s'aventure dans le parc armé seulement de gourdins et de bombes anti-agression d'ordinaire utilisées pour effrayer les ours. Au moindre bruit suspect, on hurle au loup et quand l'un des coyotes surgit du fond de sa forêt avec ses babines pendantes, on abandonne femmes et enfants pour se réfugier dans les premières toilettes publiques rencontrées. Le problème semble insoluble, chacun campant sur ses positions. Seule une attaque entraînant le décès d'un enfant semble être de nature à précipiter la délicate expulsion des coyotes de l'espace public.

Quant à moi, je vis retranché dans mon appartement, attendant des jours meilleurs. Les rares fois où je m'aventure au-dehors, je scrute l'horizon comme un sniper averti. Au moindre mouvement un tantinet douteux, un écureuil qui grimpe à un arbre, un corbeau au croassement trop strident, un chien à l'allure intrigante, je fais machine arrière et rentre dare-dare à la maison. Et j'ai définitivement renoncé à mes joggings qui avaient fait de moi un athlète accompli.

Mon seul espoir: me voir offrir une troisième dose de vaccin qui me rendrait fort comme un Viking enragé.

Coyotes, gare à vous, me voilà!

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