Parents & enfants

Propreté, doudou, séparation... réponses aux plus grandes inquiétudes de parents à la première rentrée de leur enfant

Temps de lecture : 9 min

Et cinq moyens pour les surmonter.

La séparation du matin, moment redouté qui peut très bien se passer. | Markus Spiske via Unsplash
La séparation du matin, moment redouté qui peut très bien se passer. | Markus Spiske via Unsplash

Certaines rentrées sont particulièrement plus stressantes que d'autres. Pour beaucoup d'entre nous, celle du premier enfant en maternelle figure en bonne place. Bon an mal an, votre enfant –et avec lui toute la famille– s'était adapté au rythme de la crèche, de la nounou ou du congé parental, et le voilà qui, parfois pas encore sorti des couches, va faire ses premiers pas en petite section. Un moment important et, incontestablement, d'une plongée dans l'inconnu, qu'il faut pourtant relativiser: une rentrée compliquée ne présage rien quant à la suite de l'année.

Dans l'immense majorité des cas, les petits tracas des débuts laissent place à des journées remplies de sourires et de découvertes. D'ailleurs, vous vous répétez peut-être qu'il faut se montrer confiant car le stress se transmet de parent à enfant. Vous avez raison, mais c'est plus facile à dire qu'à faire... Si vous faites partie de ces parents qui, ce jour-là, s'angoissent davantage que la veille de leur premier job, pas de panique. Panorama des inquiétudes les plus courantes et des moyens de les surmonter.

Inquiétude n°1: la propreté

Cet été, vous avez tout essayé: vous avez lu T'choupi va sur le pot, vous avez laissé votre enfant cul nu et l'avez poursuivi dans la maison une serpillière à la main, vous avez fait plus de machines qu'un grand hôtel... Mais il se trouve que les couches, c'est bien plus pratique que le pot. À ce stade, il y a fort à parier que votre niveau de stress est en train de crever le plafond et que vous vous posez mille questions: l'école peut-elle refuser mon enfant s'il n'est pas propre? Puis-je lui mettre une couche? Qui va le changer en cas de petit accident?

Officiellement, depuis l'école obligatoire à 3 ans, l'école maternelle doit faire preuve de souplesse et accueillir les enfants qui auront 3 ans au cours de l'année civile, même s'ils ne sont pas encore propres. C'est rassurant. Cependant, l'obligation scolaire n'a pas été suivie de moyens tels que des Atsem [agente territoriale spécialisée des écoles maternelles, ndlr] supplémentaires pour s'occuper des enfants pas encore propres et dans la plupart des classes, il est inenvisageable d'avoir systématiquement recours à des couches. La gestion des changes serait ingérable avec un encadrement de deux adultes pour vingt-cinq à trente enfants –dans les cas les plus favorables car dans de nombreuses classes, l'Atsem n'est pas présente toute la journée.

Alors comment faire?

Un enfant qui n'était pas encore prêt le devient en se calant sur les heures des «passages aux toilettes» où l'équipe pédagogique l'incitera à essayer.

  • Premièrement, on ouvre le dialogue avec l'équipe pédagogique et on lui dit honnêtement où on en est. Montrez-lui que vous avez conscience de la contrainte que votre enfant pourrait représenter et que vous êtes prêt à en rediscuter au bout de quelques jours si la situation est compliquée.
  • Deuxièmement, on anticipe et on coopère dans la mesure de ses moyens: dans le sac à dos de son enfant, on prépare plusieurs petits sacs plastique avec des vêtements de rechange. Les sacs serviront à ranger les affaires souillées pour vous les remettre le soir. Si on n'en a pas prévu suffisamment, l'école prêtera des affaires qu'il faudra laver et rapporter rapidement. Ça n'a l'air de rien mais la gestion de la lingerie est un vrai casse-tête pour les établissements, qui n'ont pas de budget vêtements et qui jonglent avec les dons des familles et, souvent, des profs eux-mêmes. Pensez-y d'ailleurs quand votre enfant aura grandi: l'école a toujours besoin d'affaires de seconde main à prêter en cas d'accident.
  • Troisièmement, restez optimiste. L'équipe de mon école, par exemple, a toujours accepté tous les enfants, propres ou pas, sans couche (sauf handicap ou cas très exceptionnel). Dans l'immense majorité des cas, le problème est résolu en quelques semaines. Un enfant qui n'était pas encore prêt le devient en se calant sur les heures des «passages aux toilettes» où l'équipe pédagogique l'incitera à essayer, et où il pourra suivre l'exemple des autres, et entendre les adultes féliciter chaque progrès. Les enfants qui ne voyaient pas bien l'intérêt d'aller sur les toilettes le comprennent à l'école: il est frustrant de s'arrêter de jouer avec les autres pour aller se nettoyer et changer de vêtements avec l'Atsem.

Inquiétude n°2: le doudou, la tétine

Faut-il absolument entraîner son enfant à laisser doudou et tétine à la maison? Pour beaucoup de parents, la question est cruciale. J'ai connu des écoles où les objets transitionnels n'avaient pas droit de cité. À mon avis, c'est une erreur: comment demander aux enfants de s'adapter à un nouvel environnement, de se séparer des parents et de laisser son doudou et sa tétine, le tout au même moment? Ce sont des objets de réconfort qui aident à se passer de la présence parentale. Ils ont donc une place à l'école et aident à la séparation du matin, ainsi qu'à s'endormir ou somnoler à l'heure de la sieste.

Bien sûr, pouvoir se passer de ces objets est souhaitable pour l'enfant: cela signifie qu'il a grandi et il peut en être fier, mais en avoir encore besoin ne devrait pas être un problème à l'école. Ils deviennent problématiques lorsqu'ils entravent la communication, l'apprentissage du langage ou coupent l'enfant des autres. Progressivement, on apprend à ranger doudou et tétine pour les moments de jeux, d'apprentissage et d'échange avec les autres, et à les réserver à l'heure de la sieste.

Comment agir si votre enfant y est encore accro?

Étiquetez le doudou et vérifiez qu'il est bien présent dans le sac le matin en partant et le soir dès que vous récupérez l'enfant.

  • Là encore, le dialogue avec l'enseignant est essentiel. Il faut connaître les habitudes de la classe à ce sujet pour pouvoir en discuter avec l'enfant et le préparer. Dans la grande majorité des cas, doudou et tétine seront acceptés à certains moments de la journée. Essayez de poursuivre les habitudes de l'école. Plus les adultes qui s'occupent de l'enfant sont cohérents dans leurs discours, plus il sera facile pour l'enfant de se passer de ces objets une partie de la journée. Des albums jeunesse formidables peuvent aider votre enfant: La tétine de Nina, par exemple, montre avec humour qu'on ne peut pas parler «comme un grand» avec un bout de caoutchouc dans la bouche.
  • Fournir une boîte à tétine étiquetée au nom de l'enfant et prévoir un stock de rechange car les pertes de ces petits objets sont presque inévitables.
  • Si possible, étiqueter le doudou et vérifier qu'il est bien présent dans le sac le matin en partant et le soir dès que vous récupérez l'enfant. Si l'enfant est autorisé à prendre son doudou à la sieste à l'école et à la maison, toute défection du doudou donnera lieu à un gros chagrin (très compliqué à gérer dans un dortoir bourré d'enfants ensommeillés).

Inquiétude n°3: la sieste

Vous avez peut-être un enfant qui ne veut plus entendre parler de dormir en journée, ou qui fait la fête jusque tard le soir s'il dort l'après-midi. À l'inverse, vous avez peut-être une marmotte qui se réveille grognon d'une sieste de deux heures et demie. Les enseignants demandent d'ailleurs à pouvoir personnaliser ce moment pour l'adapter aux besoins de chacun, mais là encore, ils se heurtent souvent à des problèmes de moyens en personnels (s'ils proposent des activités aux non-dormeurs, qui surveille le dortoir?) et en locaux: les dortoirs sont souvent séparés de la classe, ce qui ne permet pas à l'adulte d'avoir l'œil sur dormeurs et non-dormeurs en même temps.

Si vous constatez que votre enfant rentre très énervé de l'école parce qu'il n'a pas assez dormi, ou qu'au contraire, il ne dort plus le soir, laissez passer du temps avant d'en parler à l'équipe pédagogique. Il faut parfois plusieurs semaines à un enfant pour s'adapter à ce nouveau rythme. Si le problème persiste au-delà, faites part de vos observations à l'école tout en restant ouvert aux informations qu'on vous donnera. Peut-être allez-vous découvrir que votre enfant dort très bien mais qu'il rentre encore fatigué par toutes les sollicitations qu'il reçoit à l'école. Certains enfants deviennent de gros dormeurs lors de leur année de petite section: ils se mettent à faire de bonnes nuits et même à dormir en journée alors qu'ils ne le font plus depuis longtemps à la maison car l'école les sollicite beaucoup.

Le mimétisme joue aussi sur le sommeil. À la maison, il y a plein de choses intéressantes à faire à la place de la sieste, alors qu'à l'école, non. Quand on ne dort pas, on doit se mettre dans sa bulle de rêverie et on n'a pas le droit de déranger les autres. Cela vous paraît peut-être difficile à envisager. Pourtant, au sujet du sommeil, comme de la propreté ou du doudou, les parents sont souvent très surpris par les capacités d'adaptation de leur enfant.

Inquiétude n°4: la séparation

Vous avez entendu des histoires dignes des pires films d'horreur sur des classes de trente enfants se mettant à pleurer de conserve. On ne va pas se mentir, c'est fondé sur du vécu, encore que ce soit heureusement loin d'être le cas de la majorité des classes. Si toutefois votre enfant se laissait contaminer par le chagrin des autres, pas de panique, cela ne dure généralement pas longtemps. Il suffit que les adultes de la classe détournent son attention vers un jeu, une chanson, une histoire et il se calmera bien vite.

Le plus souvent, les pleurs durent quelques minutes, le temps du départ des parents. Un petit chagrin peut revenir pendant les moments de transition avec la cantine et le temps périscolaire. Même si cette situation perdure plusieurs semaines ou mois, cela reste normal. Il faut demeurer positif et ne pas se focaliser sur le sujet.

Comment gérer au mieux la séparation?

Choisissez un petit rituel d'au revoir (mots d'amour, bisous...), tenez-vous-y et quittez la classe pour retrouver vos propres activités le cœur léger.

  • Ne restez pas dans la classe au moment de l'arrivée à l'école car cela augmente la difficulté pour votre enfant. Vous n'avez pas envie de le laisser en larmes, c'est normal, mais rester ne le consolera pas, au contraire. S'il a l'impression qu'avec ses larmes, il peut vous faire rester, il sera d'autant plus malheureux au moment du départ. Les classes les plus calmes sont les classes... sans parents!
  • En revanche, vous pouvez préparer le début de journée avec votre enfant: quelle activité va-t-il choisir pour commencer? Il est important qu'il puisse se projeter et se concentrer sur quelque chose à son arrivée en classe. Choisissez aussi un petit rituel d'au revoir (mots d'amour, bisous...), tenez-vous à ce rituel et quittez la classe pour retrouver vos propres activités le cœur léger.
  • N'oubliez pas de lui dire où il mange, qui vient le chercher, dites-lui la vérité même s'il n'aime pas la cantine. Lui mentir ne fera qu'aggraver les choses et abîmer sa confiance dans la parole de l'adulte. Une fois le programme arrêté, respectez-le. Si vous avez réussi à vous libérer en dernière minute et que vous venez le chercher plus tôt, il se mettra à espérer que la situation se reproduira chaque jour et il sera déçu. Il est bien plus facile de s'adapter à un programme qui est régulier.

Inquiétude n°5: on ne me raconte plus rien

Si vous aviez l'habitude de confier votre enfant en journée à la crèche ou à une assistante maternelle, vous bénéficiez quotidiennement d'un compte-rendu sur la journée de votre enfant: activités, repas, sieste, selles... Or, à l'école, on peut vite avoir un sentiment d'absence de communication car l'enseignant ne peut pas raconter la journée aux parents. Les intervenants sont souvent différents selon les temps de la journée –les enseignants ne déjeunent pas avec les enfants et les responsables du temps périscolaire ne savent pas ce qui s'est passé sur le temps scolaire...

Contrairement à la crèche où des temps de transmission entre les personnels responsables des enfants sont prévus, à l'école, ils ne sont pas du tout pensés par les encadrants de l'Éducation nationale et de la mairie. Les intervenants se succèdent auprès des enfants et ne se relatent entre eux que les situations problématiques. Même si enseignants, Atsem et animateurs tentent de communiquer avec les parents, ils ne vont donc le faire qu'en cas de problème: mieux vaut s'y préparer. Si l'on ne vous dit rien, partez du principe que tout se passe bien.

Et si vous-même vous inquiétez pour une raison ou pour une autre, n'hésitez pas à demander un rendez-vous à l'enseignant. Évitez de venir leur parler lors des moments d'accueil de début de journée et de sortie de fin de journée: ils ne sont pas du tout propices à une discussion sereine et productive. Or, des échanges parent-enseignant de qualité sont essentiels pour la réussite des enfants et leur bien-être à l'école.

Dans tous les cas, respirez un grand coup, tout va bien se passer: aucun problème ne résiste longtemps à un parent qui laisse du temps à son enfant, cherche à comprendre l'école, est ouvert au dialogue et accorde sa confiance à la fois à son enfant et à l'équipe qui l'encadre. Et puis, vous avez vous-même survécu à votre première année en maternelle!

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