Santé

Que se passe-t-il dans la tête d'un pyromane?

Temps de lecture : 4 min

Cet été, des incendies ont dévasté le Var comme de nombreuses zones à travers le monde. S'ils ont été favorisés par le climat sec, ils ont pu l'être aussi par des départs de feu volontaires.

Un homme regarde les fumées d'un incendie s'échappant d'une forêt près de Gonfaron (Var), le 17 août 2021. | Nicolas Tucat / AFP
Un homme regarde les fumées d'un incendie s'échappant d'une forêt près de Gonfaron (Var), le 17 août 2021. | Nicolas Tucat / AFP

Deux morts, des milliers de personnes évacuées et plus de 7.000 hectares de végétation partis en fumée, c'est le lourd bilan du violent incendie qui a ravagé le Var pendant le mois d'août. Comme d'autres pays du bassin méditerranéen, de la Grèce à l'Algérie, la France a payé un lourd tribut au feu cet été. S'ils ont été favorisés par le climat sec, les incendies ont pu l'être aussi par des départs de feu volontaires.

Ainsi, dans la zone proche du feu, un homme de 56 ans a été interpellé alors qu'il avait volontairement incendié une parcelle de forêt. Mis en examen, il encourt une peine de quinze ans de réclusion.

Une impulsion irrépressible

«La caractéristique essentielle de la pyromanie est le fait de mettre plusieurs fois le feu de manière délibérée et réfléchie», peut-on lire dans le DSM-5le DSM-5, la classification des maladies mentales. «Ces personnes éprouvent une tension ou une excitation émotionnelle avant l'acte» puis «un plaisir, une gratification ou un soulagement en allumant des incendies, en les contemplant ou en participant aux événements qui en résultent.»

La pyromanie est classée parmi les troubles du contrôle des impulsions, au même titre que la kleptomanie, l'envie irrépressible de voler. Ces troubles ont en commun une impossibilité de résister à la tentation de commettre un acte dommageable pour l'individu lui-même ou pour autrui. «Il y a une fascination, un intérêt, une curiosité ou une attirance pour le feu et pour tout ce qui s'y rapporte», continue le DSM-5.

Incendiaires et pyromanes

Il faut néanmoins distinguer le pyromane de l'incendiaire. Colère, vengeance, bénéfice commercial ou encore acte politique, ces derniers ont toujours une raison d'allumer la mèche. Alors que le pyromane agit sans motif autre que la satisfaction de son impulsion.

De même, le feu n'est pas mis «en réponse à des idées délirantes, à des hallucinations ou à un trouble du jugement» selon le DSM-5. Ainsi, on différencie aussi les personnes psychotiques qui subiraient des injonctions dans le cadre d'hallucinations ou d'un délire. Le pyromane est lucide, sait très bien ce qu'il fait, même s'il néglige les conséquences –parfois mortelles– de son acte.

Portrait du pyromane

Qui sont-ils exactement? «Socialement bien intégré, et souvent marié, âgé de 18 à 35 ans, le pyromane est principalement autochtone et régional des faits.» Voici le portrait-robot du pyromane tel que le dresse La Revue médicale suisse. Ses actes sont très souvent prémédités et contrairement à la conviction populaire, seuls 57% d'entre eux restent sur les lieux pour en apprécier les conséquences.

Dans la population générale, on considère qu'il y aurait environ 1% de personnes qui mettront le feu une fois dans leur vie, en grande majorité des hommes. Souvent, cela s'intègre dans d'autres troubles: dans les études, on retrouve fréquemment chez ces personnes une personnalité antisociale, un trouble dépressif ou bipolaire, une addiction à une substance, au jeu ou un autre trouble du contrôle de l'impulsion. Les traits du pyromane sont les mêmes que ceux de la population criminelle générale.

Mais les cas de pyromanie primaire –c'est-à-dire sans autre trouble associé– sont beaucoup plus rares. On considère que seulement 3,3% des prisonniers incarcérés pour actes répétés d'allumage d'incendie répondaient à tous les critères de pyromanie.

Explications psychologiques

Quelles sont les explications psychologiques de la pyromanie? L'une des pistes est «l'excitation en lien avec le côté dangereux du feu, associée à un renforcement positif, dans l'expérimentation du contrôle et la manipulation du feu durant l'enfance ou l'adolescence», rapporte La Revue médicale suisse.

Chez le pyromane, on retrouve souvent une expérience positive du feu vécue dans l'enfance. Or, de nombreux enfants et adolescents allument des incendies. Ainsi, selon le DSM-5, plus de 40% des personnes arrêtées aux États-Unis pour avoir mis le feu sont des mineurs. Mais chez l'enfant, la pyromanie au sens strict est rare. L'allumage d'incendies par des mineurs est généralement en rapport avec un trouble des conduites, un déficit de l'attention/hyperactivité ou encore un trouble de l'adaptation. Et il n'existe pas de données sur le lien éventuel entre l'allumage d'incendies pendant l'enfance et la pyromanie de l'adulte.

Stress et ennui sont généralement les facteurs déclenchants évoqués, et tous les pyromanes parlent de soulagement juste après le passage à l'acte, suivi d'une importante détresse vécue après coup.

Autre piste, «la puissance du feu est utilisée pour les actes favorisant la reconnaissance sociale, être admiré, craint ou aidé», toujours selon La Revue médicale suisse. Ainsi, le pyromane compenserait, «en mettant le feu, un sentiment d'infériorité. C'est un besoin de se mettre en valeur de cette sorte, si bien d'ailleurs en mettant l'incendie qu'en l'éteignant», analysait le psychiatre Dr Ben Soussan en 1970. Une référence au fait que certains pompiers pyromanes, le plus souvent des auxiliaires, mettent le feu pour pouvoir ensuite se faire bien voir de leur communauté en participant à la lutte pour éteindre le sinistre.

Conséquences et contagion médiatique

Les conséquences sont parfois extrêmement lourdes. Ainsi, aux États-Unis, on dénombre chaque année entre 250.000 et 500.000 départs de feu volontaires, avec pour conséquences humaines près de 500 morts et 1.500 blessés.

Mais contrairement au psychotique délirant, chez qui l'abolition du jugement peut être évoquée, le pyromane est responsable devant la loi. En cas de mort, il encourt jusqu'à la perpétuité et une amende de 150.000 euros. La prise en charge psychiatrique des pyromanes est extrêmement compliquée et passe notamment par une prise de conscience des conséquences de leurs actes.

Plus inquiétant encore, ce trouble du comportement peut même s'avérer contagieux: les spécialistes s'accordent à dire que les images d'incendies peuvent exercer chez certains profils une sorte de fascination, au point de déclencher chez eux ces pulsions de pyromanie. Psychiatre et expert en criminologie, le Dr Roland Coutanceau expliquait en 2006 que certains pyromanes, à travers le feu, «puisent là leur besoin de reconnaissance, notamment des médias».

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