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Jean-François Copé: Cachez cette rigueur que je ne saurais voir

Jean-François Copé, mis à jour le 18.05.2010 à 15 h 00

Les Français ne détestent rien de plus que ces euphémismes qui leur donnent l'impression de ne pas être traités comme des adultes.

Une polémique sémantique voit le jour depuis que j'ai parlé de rigueur à propos du plan de réduction des dépenses de l'Etat, annoncé le 6 mai dernier par le Premier ministre. Plutôt que d'utiliser ce mot, qui serait anxiogène pour les Français, il faudrait mieux employer un synonyme ou une périphrase comme responsabilité, gestion sérieuse, politique de redressement des finances publiques et j'en passe...

Honnêtement, ce genre de discussions sur les mots me paraît bien dérisoire et je ne me battrai pas sur ce point. En revanche, je suis attaché à ce que nous tenions un langage de vérité. Les Français ne détestent rien de plus que ces euphémismes qui leur donnent l'impression de ne pas être traités comme des adultes. On finit d'ailleurs toujours par payer dans les urnes ces formes de déni de la réalité. Les socialistes en ont fait l'amer constat le 21 avril 2002: la gauche avait fini par exaspérer les électeurs à force parler de sentiment d'insécurité plutôt que de prendre en compte l'inquiétude des Français face à une insécurité bien réelle.

Ne comptez donc pas sur moi pour me cacher derrière des mots: depuis que je ne suis plus porte-parole du gouvernement, j'ai abandonné la langue de bois. A la suite des élections municipales de 2008, j'avais ainsi reconnu une défaite quand d'autres parlaient de «non victoire». Après les régionales, j'ai aussi assumé sans hésiter, y compris dans une chronique sur Slate, la «défaite sévère» de ma famille politique.

Comme le disait si bien François Fillon lui-même, selon le titre de son excellent livre paru en 2006, «la France peut supporter la vérité». Et la vérité, aujourd'hui, c'est que le niveau d'endettement de notre pays est tel qu'il est urgent de réduire les dépenses publiques. Appelez ça comme vous voulez, moi je dis qu'il faut gérer l'argent public avec une très grande rigueur, comme chaque ménage gère ses propres deniers en période de crise. Les Français savent bien que personne -particulier, entreprise ou Etat- ne peut se permettre durablement de toucher 40 et de dépenser 55 sans risquer la faillite. C'est pourtant ce que fait la France avec un niveau de dépenses publiques qui s'élevait à 55,7% du PIB en 2009 pour un taux de prélèvements obligatoires, c'est-à-dire des recettes, fixé à 41% du PIB.

Ne dramatisons pas à l'excès l'emploi du mot rigueur. Nous sommes très loin de la situation de l'Angleterre lorsque Churchill promettait «du sang, de la sueur et des larmes». Pourquoi l'Etat se priverait-il de revendiquer cette qualité de rigueur que chacun valorise dans la vie de tous les jours? Dans mon esprit, rigueur ne rime d'ailleurs pas avec baisse du pouvoir d'achat. C'est seulement une fois que toutes les marges d'économies ont été épuisées, que l'on pourrait envisager, si nécessaire, d'augmenter les prélèvements obligatoires.

Le plan de réduction des dépenses relève donc d'une indispensable logique de gestion de bon père de famille et non pas de père fouettard anti-pouvoir d'achat comme certains socialistes ont essayé de le faire croire. Je ne comprends pas le double langage du PS qui a voté le plan d'aide à la Grèce, pourtant assorti de mesures autrement plus drastiques que celles annoncées par François Fillon, et pousse dans la même semaine des cris d'orfraies quand notre pays annonce qu'il va être plus rigoureux dans la gestion des finances publiques.

Les querelles de mots ne doivent pas nous détourner des véritables enjeux. A l'heure où notre pays est confronté à des défis vitaux comme la réforme des retraites ou le redressement des finances publiques, les Français attendent de leurs hommes politiques de la responsabilité et du courage. C'est dans cet esprit même que les députés du groupe UMP ont lancé la deuxième édition des Etats Généraux de la dépense publique. Ils vont organiser en circonscription des réunions publiques pour échanger avec les citoyens sur les enjeux financiers de notre pays et recueillir leurs propositions pour réduire la dépense publique. Un site Internet www.ladepensepublique.fr est aussi à la disposition de tous les citoyens qui souhaitent participer par leurs remarques et leurs préconisations à l'effort de rigueur qui s'impose à notre pays.

Jean-François Copé

Photo: Des autruches, en Colombie en 2006. REUTERS/Daniel Munoz

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