Société

«Ma belle-mère et ma belle-sœur m'excluent du cercle familial»

Temps de lecture : 5 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Roxanne, qui ne se sent pas aimée par sa belle-famille, ni soutenue par son conjoint pour affronter ce rejet.

«Je suis l'élément perturbateur de cette famille, marginale et pas aimée.» | Jehyun Sung via Unsplash
«Je suis l'élément perturbateur de cette famille, marginale et pas aimée.» | Jehyun Sung via Unsplash

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par WhatsApp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

Je suis mariée depuis dix ans avec un amour de jeunesse.

Nous nous étions perdus de vue (je l'aimais éperdument mais ce n'était pas réciproque) et quelques années plus tard, j'ai renoué le contact. Une chose en entraînant d'autres, nous nous sommes mariés et sommes parents de quatre enfants.

Mon mari a une relation étroite avec sa famille, voire fusionnelle avec sa mère, bien qu'il soit très pudique et peu démonstratif. Il est très aimé. À notre mariage, sa mère me répétera sans cesse avoir volé son fils. Elle est très décisionnaire, extravagante, appréciée de tous et intrusive. Ça m'agace, je ne le cache pas mais tente de faire bonne figure. Ça l'irrite et elle décide de me faire une guerre froide, avec mon mari au milieu, sous forme de chantage affectif en y mêlant nos enfants. Je suis rabaissée, insultée par les petites piques qu'elle veille à me transmettre par mes enfants.

La femme de mon beau-frère, qui ne m'a jamais appréciée depuis mon arrivée dans cette famille, se retrouve ravie de cette situation.

Du coup, ma belle-mère et la belle-sœur de mon mari créent des situations m'excluant du cercle familial en faisant des «goûters surprise» avec mes enfants sans moi, des sorties, des secrets, se partagent des cadeaux... Le tout dès que je ne suis pas là, ou en ma présence en soulignant que moi je n'ai rien préparé ni offert.

J'en parle à mon mari qui prend automatiquement la défense de sa famille et ce, même devant eux. Je lui en ai terriblement voulu, il s'en excuse mais continue à chaque fois. Je vois bien qu'il m'en veut de ne pas être dans cette connivence avec sa mère. Je lui répète que c'est moi qui suis lésée. Il est «dégoûté» de devoir justifier le comportement de sa famille à mon égard, il me rappelle à chaque dispute que c'est un sacrifice et qu'il a fracturé sa famille pour moi.

Nous avons 30 ans, je n'ai pas de famille. Ma seule vrai famille, c'est lui. J'ai un caractère bien trempé avec une bonne répartie mais face à sa famille, je suis à la ramasse, incapable de me défendre sur l'instant.

J'aime énormément mon mari mais son manque de prise de position et le fait qu'il me rebalance ses pseudo-sacrifices (impulsés uniquement par nos disputes, au passage) m'ont rendue amère, blasée et aigrie. Je ne prends plus de plaisir avec lui, il me saoule, je reste bloquée sur nos disputes et ces situations passées qui arrivent encore. Je lui en veux, il ne comprend rien. Je suis l'élément perturbateur de cette famille, marginale et pas aimée.

Roxanne, une mère et femme ne trouvant plus sa place

Chère Roxanne,

Il y a deux conflits distincts dans votre situation: celui qui vous oppose à la famille de votre conjoint et celui qui vous oppose à votre conjoint. Il est évident que la résolution du conflit avec votre conjoint pourrait permettre de faire bloc contre sa famille et de vous rapprocher (et donc de résoudre à la fois les deux problématiques) mais ce n'est pas d'actualité. Votre conjoint a choisi sa famille et il a probablement une détestation de l'idée même de ce conflit. Ce n'est pas spécifiquement contre vous, ou bien il ne prend pas spécialement parti dans chaque problème qui vous oppose en les analysant... Il me semble qu'il est surtout attristé ou en colère que le conflit existe et par réflexe, rejette l'élément perturbateur, c'est-à-dire vous. Que vous ayez raison ou tort ne rentre malheureusement pas en ligne de compte.

Vous avez le droit de vous sentir trahie parce que vous pourriez très bien décider que la forme du couple est de prendre parti pour celui ou celle qu'on a choisi quoi qu'il arrive. Et vos disputes n'ont jamais de réelle résolution, c'est pour ça qu'elles pèsent dans votre quotidien en permanence. C'est, pour moi, le conflit le plus important et le seul que vous pourrez vraiment résoudre si vous le décidez ensemble. Avez-vous envisagé la thérapie de couple? Ce serait une bonne manière d'œuvrer ensemble pour votre bien commun et sans tierce partie toxique.

En ce qui concerne la triste relation que vous partagez avec votre belle-mère et votre belle-soeur, je vous conseille tout simplement de laisser tomber. Certaines personnes et leurs relations s'épanouissent dans l'exclusion des autres et on ne peut pas y faire grand-chose. Je vous le dis avec d'autant plus de sincérité que c'est une situation que j'ai vécue dans ma propre famille. Oui, on souffre de ne pas être intégrée dans le groupe WhatsApp familial, de ne pas être invitée aux événements et aux anniversaires, de se voir raconter comme c'était si bien ces moments «tous ensemble» quand vous n'étiez pas là. On en souffre et puis on n'y peut rien. Je ne vais pas vous citer les accords toltèques mais ils peuvent être une source d'inspiration. Dans les faits, j'ai toujours essayé de forcer les choses. De faire les plus beaux cadeaux, d'être là même quand c'était une galère totale, de ne jamais exprimer de désaccord, de me taire parce qu'on n'avait pas envie de m'entendre. Est-ce que ça change quelque chose? Absolument rien du tout. Parfois même, être plus présent et plus audible augmente leur agressivité gratuite. Il y a des gens avec qui il sera impossible de faire bien ou d'être assez. Même un silence est mal interprété. Il faut s'en détacher, pour soi et pour ses proches, ceux qui nous aiment, qui nous voient souffrir et lutter pour rien. Peut-être même que trouver cette sérénité en vous pourrait apaiser vos relations avec votre conjoint, même si vous avez besoin à raison de vous sentir aimée et soutenue par lui pour l'avenir.

Vous avez une place, Roxanne. La vôtre, celle qui correspond à votre personnalité et vos qualités, qui est ancrée dans la relation que vous avez avec votre propre famille, vos enfants et votre conjoint; et celle qu'on vous a imposée dans votre belle-famille. Refuser cette position imposée ne vous perdra pas dans les limbes où vous flotterez pour l'éternité. Vous existez et vous avez déjà une place sans ça. Vous dites que vous n'avez pas de famille. Pour moi, vous n'avez pas non plus vraiment de belle-famille puisqu'elle refuse de vous donner une place. Mais vous avez une famille en vérité: celle que vous avez créée et qui est largement suffisante.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

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