Culture

«Shang-Chi» de Marvel: le pari (presque réussi) d'un film de kung-fu à la sauce hollywoodienne

Temps de lecture : 3 min

Outsider complet, le premier film d'arts martiaux du studio est partiellement en mandarin. Si on ne résiste pas au casting, les scènes de combat laissent un peu à désirer.

Shaun (Simu Liu), dans la bande-annonce de Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux. | Capture d'écran Marvel FR via YouTube
Shaun (Simu Liu), dans la bande-annonce de Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux. | Capture d'écran Marvel FR via YouTube

Après la menace cosmique de Thanos, Marvel semble repartir sur des bases plus simples. Shang-Chi est un drame familial avec des arts martiaux. C'est aussi le premier film de «kung-fu magique» du studio hollywoodien, pas si éloigné de ce qu'offrent les productions chinoises du début du millénaire comme Tigre et Dragon ou Hero.

Il s'agit aussi pour Marvel de proposer son premier divertissement 100% asiatique. Ou dans sa très grande majorité, dirons-nous, puisqu'à la manière de Black Panther, un acteur blanc se retrouve au milieu du conflit, presque par gag. Mais mieux vaut ménager la surprise quant à l'identité de ce quota comique, car c'est un véritable pied-de-nez adressé à la fois à un film du MCU, aux fans rageux sur internet et à la manière dont sont attribués les rôles d'Asiatiques à des acteurs blancs. C'est une des rares prises de position de Shang-Chi, qui est éminemment moins politique que Black Panther.

Shaun (Simu Liu) vit une vie de voiturier sans histoire jusqu'au jour où il se fait attaquer dans un bus par des mystérieux guerriers qui veulent lui dérober son médaillon. Il se révèle être Shang-Chi, fils d'un immortel chef de clan mystique et maléfique. Happé par son sens du devoir, ce héros très discret décide de repartir en Chine à la recherche de sa sœur pour la mettre en garde: leur père prépare un sale coup qui va mettre en danger le monde entier.

S'il y a bien une chose sur laquelle on ne peut pas prendre en défaut un film de Marvel, c'est le casting. La rappeuse Awkwafina joue le rôle de la joviale amie de longue date de Shaun, l'accompagnant jusqu'en Chine dans sa quête. Mais c'est surtout par son méchant que ce nouveau film brille, puisque Tony Leung incarne parfaitement, avec gravité, un père maléfique mais aimant, ambigu, désabusé par l'amour mais investi dans son œuvre. C'est peut-être un des meilleurs méchants du MCU, tous films confondus, à tel point que la scène d'introduction sert à le présenter lui et non pas le protagoniste. Anecdote: c'est la première fois depuis Butterfly and Sword que Tony Leung joue aux côtés de l'autre super star, Michelle Yeoh, toujours aussi parfaite. Et pour les fans de films d'arts martiaux, ne manquez pas le petit rôle de Yuen Wah, qui a traversé les époques depuis La Fureur du Dragon en 1972.

Troisième zone

Pour Marvel, il s'agit aussi de refaire ce qu'on appelle une «Guardians of the Galaxy», c'est-à-dire piocher dans son fond de caisse à jouets pour en tirer l'outsider parfait, le héros le moins attendu. Shang-Chi était jusqu'alors un personnage de troisième zone qui a eu, ces dernières années, un regain d'intérêt de la part des auteurs et autrices de comics. Son aura culte mais underground le classait encore moins haut qu'Iron Fist, l'autre héros kung-fu de l'éditeur, méchamment maltraité par une catastrophique série de Netflix. C'est un pari sans aucun risque pour Marvel, déjà empêtré dans un procès avec Scarlett Johansson: si le film floppe, il n'y aura pas de suite et Shang-Chi sera avalé dans l'écurie des super-héros du studio. Si ça fonctionne, l'opération séduction du public asiatique continuera. Shang-Chi déjouera-t-il la censure chinoise qui voit d'un très mauvais œil le fait qu'un Chinois joue le méchant?

Ce qui fait défaut à «Shang-Chi», c'est une vraie ambition de réalisation.

Les origines de Shang-Chi, associées au personnage assez raciste et caricatural de Fu Manchu ont été préalablement réécrites de manière moderne. Shang-Chi est un film qui pose la question de la langue comme facteur d'appartenance. Au moins un bon tiers du long-métrage est en mandarin et le basculement vers l'anglais est assez habilement mené. Derrière le blockbuster se cache subtilement une réflexion sur l'identité, la culture et l'héritage à travers sa langue maternelle.

Évidemment, ce qui fait défaut à Shang-Chi, c'est une vraie ambition de réalisation. Les combats sont souvent platement filmés, là où un Tsui Hark (Détective Dee, Il était une fois en Chine) ou même un Wilson Yip (Ip Man) aurait dynamité l'écran. C'est un peu rageant pour ce qui est sans doute le film de kung-fu mystique le plus cher de l'histoire. Le film de wuxia est une vraie culture que les artisans des équipes d'effets spéciaux de Marvel peuvent imiter, mais qui finit par tout niveler artistiquement. On reste dans la formule d'un film d'aventures un peu fantastique avec des vannes occasionnelles, où le style de combat est boosté pour se conformer visuellement à ce qu'on pourrait voir dans un Avengers. On le sait, c'est inévitable, les dernières minutes sont toujours là pour recoller les wagons du MCU et des films à venir, pour cocher toutes les cases. Si l'objectif était de faire un honnête divertissement, le pari est réussi.

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