Politique

Extrême gauche à la présidentielle: combien de divisions?

Temps de lecture : 4 min

Un, deux, trois... Le nombre et la diversité des groupes se réclamant du trotskisme reflètent l'histoire d'un courant politique fractionné.

Homme politique et révolutionnaire russe, Léon Trotski s'oppose à la vision stalinienne du communisme. | Collection de George Grantham Bain, bibliothèque du Congrès via Wikimedia Commons
Homme politique et révolutionnaire russe, Léon Trotski s'oppose à la vision stalinienne du communisme. | Collection de George Grantham Bain, bibliothèque du Congrès via Wikimedia Commons

Traditionnellement, depuis les années 1970, l'extrême gauche présente un front désuni de candidature à l'élection présidentielle. À savoir: deux en 1969, trois en 1974, deux en 1981, trois en 1988, une en 1995 –mais sans unité des formations–, trois en 2002, quatre en 2007, trois en 2012 et deux en 2017.

La prochaine élection présidentielle ne semble ne pas déroger à la règle. Le nombre de candidatures supposées est pour le moment de trois voire de quatre: Philippe Poutou pour le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), Nathalie Arthaud pour Lutte ouvrière, Anasse Kazib pour La nouvelle formation trotskiste –issue du NPA– et peut être un candidat pour l'autre formation trotskiste, le Parti ouvrier indépendant ou sa scission le Parti ouvrier indépendant et démocratique.

Depuis les débuts de leur participation, ces listes ont recueilli en général entre 0% et 2% des voix à l'exception des élections de 1995 et de 2002 où Arlette Laguillier réalise 5,3% et 5,72% des suffrages exprimés et d'Olivier Besancenot en 2002 et en 2007 qui obtient 4,25% et 4,08%. Cet éparpillement des candidatures trotskistes n'est en soi pas surprenant: il vient traduire la diversité et l'histoire du courant trotskiste en France comme dans le monde.

Bandes à part

Les différentes formations trotskistes, même si elles participent au système électoral, sont en désaccord frontal avec la démocratie représentative, lui préférant soit un système de démocratie directe soit une représentation par des instances à créer en fonction du modèle dont elles se réclament; c'est-à-dire le marxisme léniniste et la dictature du prolétariat ou à minima d'un socialisme dont les contours refusent les modes de représentations actuels.

Au début des années 1930, un premier groupe se réclamant de la pensée de Trotski se constitue: la Ligue communiste, fondée à partir de militants de l'opposition de gauche. Ces derniers entrent sous la forme d'une tendance appelée bolchevik-léniniste dans le Parti socialiste –Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO). Mais ils en sont exclus. Trois groupes principaux se reconstituent alors et forment les origines du trotskisme actuel.

«Les différentes formations trotskistes, même si elles participent au système électoral, sont en désaccord frontal avec la démocratie représentative.»

Le premier, fondé à la demande de Trotski, est lui-même issu de différents noyaux; il s'agit du Parti ouvrier internationaliste qui représente en France la Quatrième internationale. Toujours à la demande de Trotski, ces activistes pratiquent l'entrisme dans les autres formations de gauche. En dépit du désaccord de leur chef, une deuxième division se constitue en clan à part. Enfin, un troisième groupe, lui aussi en désaccord avec Trotski, s'établit en noyau minoritaire et pratique directement l'entrisme dans les autres organisations.

Les principaux courants nés des liens directs avec Trotski se sont constitués. La mort du Vieux, assassiné par un agent de Staline en 1940 à Mexico, ne fait que renforcer les divisions et les conflits, même si à la fin de la Deuxième Guerre mondiale ils se rassemblent dans un Parti communiste internationaliste –dans lequel les scissions sont également nombreuses.

Lutte rebelle

La règle possède cependant une exception: l'Union communiste internationaliste qui ne rejoint pas le parti. Son dirigeant, David Korner puis son successeur Robert Barcia, sont à l'origine directe de la formation actuelle Lutte ouvrière –dont le nom a été pris à la suite de la dissolution en 1968 de son ancêtre Voix ouvrière.

Longtemps incarnée par Arlette Laguiller, la principale porte-parole de l'organisation est Nathalie Arthaud. Lutte ouvrière doit se présenter en 2022, défendant un programme de défense du monde du travail par l'augmentation des salaires et un impôt élevé sur les sociétés. Ses militants souhaitent construire un parti révolutionnaire capable de renverser l'ordre actuel. Pour cela, ils utilisent les différentes élections afin de faire connaître leur programme et tenter de toucher le maximum de personnes.

Mosaïque rouge

Les deux autres groupes principaux sont issus du Parti communiste internationaliste. Le premier, qui traverse actuellement des turbulences, est issu de la tendance majoritaire et souhaite prolonger la parole de Trotski. Il a longtemps été dirigé par Pierre Boussel, dit Lambert, et s'est caractérisé par son entrisme dans le Parti socialiste –en recrutant, par exemple, Lionel Jospin et en dirigeant plusieurs secteurs de la centrale syndicale Force ouvrière. Il maintient une formation qui a changé plusieurs fois de nom et qui est devenue le Parti ouvrier indépendant. Sa présence à l'élection présidentielle n'est pas assurée.

Le deuxième groupe, exclu en 1952 par la majorité en France, mais qui était majoritaire dans le reste du monde, a lui aussi changé plusieurs fois de nom. Reformé réellement à la vieille de 1968 sous le nom de Jeunesses communistes révolutionnaires, il est devenu la Ligue communiste révolutionnaire puis, depuis 2008, le NPA. Il se définit comme mouvementiste. Dans les années 1970, une des expressions pour le qualifier était «Tout ce qui bouge est rouge». Partisans de la participation à toutes les luttes sociales (nationales et internationales), ses militants cherchent à être activement présents dans l'ensemble des conflits. Son principal porte-parole a longtemps été Alain Krivine avant qu'il ne laisse la place à Olivier Besancenot lequel a ensuite cédé son rôle à Philippe Poutou.

Depuis quelques mois, une autre division, La nouvelle formation trotskiste représentée par Anasse Kazib et issue du NPA, projette elle aussi de se présenter à l'élection présidentielle. Elle se réclame d'un trotskisme historique dénonçant le réformisme de leur ancien parti.

Le commentateur non averti peut s'étonner du nombre de candidatures se réclamant du trotskisme, qui sont davantage issues de considérations tactiques et stratégiques que de désaccords liés à la remise en cause du capitalisme. Cette concurrence précoce peut également s'expliquer par la chasse aux signatures nécessaires pour se présenter à la présidentielle.

Newsletters

Programmes

Programmes

Primaire écologiste: Jadot-Rousseau, les écolos que tout oppose

Primaire écologiste: Jadot-Rousseau, les écolos que tout oppose

M. Pragmatique et Dr Radicale ont été qualifiés au premier tour du scrutin et filent vers un second tour incertain.

Zemmour, le pétainiste cool

Zemmour, le pétainiste cool

[Chronique #22] L'éditorialiste, qui tire sur la corde du suspense au sujet de son éventuelle candidature à la présidentielle 2022, est un produit de l'histoire française contrariée né de la défaite face à l'Allemagne et de la décolonisation de l'Algérie.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio