Santé / Monde

L'Espagne, le bon élève européen de la vaccination

Temps de lecture : 4 min

De crainte de subir de nouveau les conséquences de l'épidémie, la population espagnole affiche clairement sa confiance dans les vaccins.

L'ambitieux calendrier du Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, semble aller dans la bonne direction. | Oscar del Pozo / AFP 
L'ambitieux calendrier du Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, semble aller dans la bonne direction. | Oscar del Pozo / AFP 

L'Espagne n'est pas seulement l'un des lieux les plus visités au monde, c'est aussi l'un de ceux où le taux de vaccination contre le Covid-19 est le plus élevé. Avec 66,51% de personnes entièrement vaccinées, le royaume fait partie des meilleurs élèves de l'Europe, aux côtés du Danemark (68,9%), du Portugal (67,44%) ou de la Belgique (67,27%), pays où le nombre d'habitants est moins élevé. Le taux de primo-vaccinés avoisine même les 76%. Des chiffres plus élevés qu'en France, dans les deux registres –69,62% de primo-vaccinés, 54,54% pour la couverture complète.

Quelques mois plus tôt, le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez s'était fixé pour objectif d'atteindre les 70% de citoyens entièrement vaccinés d'ici à la fin de l'été. Cela devrait bientôt être le cas, si la dynamique des semaines précédentes se maintient dans les derniers jours d'août.

Presque 100% chez les plus vulnérables

La stratégie vaccinale espagnole a consisté en la division de la population en groupes d'âge, avec établissement d'un calendrier pour chacun. La stricte priorité a été donnée aux personnes les plus âgées. La réflexion derrière ce plan était la même que chez d'autres voisins européens: il faut d'abord protéger les plus vulnérables. Seulement, les tranches d'âge étaient moins étendues qu'en France, et il a fallu plus de temps pour descendre et arriver aux plus jeunes.

Chez les personnes âgées, la campagne est un franc succès: 100% des plus de 80 ans sont vaccinés, puis 98% des 70-79 ans, 93% des 60-69 ans, 89% des 50-59 ans ou encore 80% des 40-49 ans. Seul couac de la stratégie: les plus jeunes sont entrés dans l'été sans avoir pu être vaccinés, et viennent de recevoir leur deuxième dose il y a peu. Or, entre-temps, les discothèques ont rouvert et les voyages de fin d'études se sont multipliés, de même que les cas de Covid-19. Ce ne fut pas la seule cause du rebond de l'épidémie, mais cela a mis le gouvernement sous le feu des critiques. 56% des 30-39 ans et 31% des 20-29 ans sont aujourd'hui entièrement vaccinés.

Le vaccin, globalement accepté

L'entrain des Espagnols dans la campagne tient dans leur confiance vis-à-vis des vaccins, ou du moins l'absence de rejet. En mai dernier, une enquête de la Fondation espagnole pour la science et la technologie (FECYT) établissait à 82,7% la population déjà vaccinée ou «totalement sûre» de le faire. Un chiffre qui est allé en augmentant avec le temps, puisqu'il n'était que de 20,20% en octobre 2020, puis 58,1% en janvier 2021. À l'inverse, ceux affirmant catégoriquement qu'ils ne se feront pas vacciner étaient 32,46% en octobre dernier, contre 3,4% en mai. Une autre étude menée par l'Imperial College London calcule que 79% des Espagnols ont confiance dans les vaccins contre le Covid-19, contre 56% des Français.

Le président de l'association espagnole de vaccinologie, Amós García, évoque une certaine culture vaccinale sur la péninsule. Les taux de vaccination contre plusieurs maladies, comme la grippe ou la rougeole, sont supérieurs à ceux des autres pays européens. Vaccins et système de santé publique sont par ailleurs associés au progrès et à la modernité, dans un pays qui a souffert de différents retards sous la dictature franquiste.

Les Espagnols affirmant catégoriquement qu'ils ne se feront pas vacciner étaient 32,46% en octobre 2021, contre 3,4% en mai 2021.
Enquête de la Fondation espagnole pour la science et la technologie

Un épisode historique en particulier est cité par les spécialistes pour illustrer cette situation: le traumatisme laissé par l'épidémie de poliomyélite. La vaccination n'avait pas commencé dans le pays au début des années 1950, comme ailleurs, mais environ une décennie plus tard. Cela a eu de lourdes conséquences pour les enfants nés à cette époque. Le soulagement de l'arrivée des vaccins fut tel qu'il agit, encore aujourd'hui, comme un frein au mouvement antivax. «Tous les mouvements anti-vaccins en Europe et aux États-Unis ont commencé à être à la mode à la fin des années 1970, mais ils ont trouvé un terrain peu propice en Espagne, parce que nous venions de sortir d'une épidémie de polio grâce au vaccin», explique à El País le docteur Alberto Infante, professeur émérite de santé internationale à l'Institut de santé Carlos III.

Crise et solidarité

La réussite de la campagne de vaccination s'explique aussi par les conséquences de l'épidémie de Covid-19, qui poussent la population aux injections pour ne pas revivre cette situation. Le premier confinement a été plus long, plus strict et vécu durement en Espagne. Un tiers des personnes interrogées par l'Organisation des consommateurs et utilisateurs (OCU) estime que «sa santé mentale a été très affectée». 11% ont perdu un ami ou un membre de leur famille à cause de la maladie.

Le premier confinement a été plus long, plus strict et vécu durement en Espagne.

Les dégâts ont aussi été économiques, dans un pays qui se remettait à peine de la terrible crise de 2008. Le modèle touristique a montré ses limites. Le produit intérieur brut (PIB) a chuté de 11 points en 2020, contre 8,3 en France ou 5 en Allemagne. Le taux de chômage est passé de 13,78% fin 2019, à 16,13% un an plus tard. Un quart des Espagnols dit avoir «beaucoup souffert» économiquement de l'épidémie.

Enfin, cette vaccination massive se voudrait une preuve de la solidarité familiale espagnole. Les trois quarts des personnes questionnées dans l'étude de l'OCU valident qu'il est «important de se vacciner pour protéger les autres». Or, en Espagne, l'émancipation des jeunes adultes se fait tardivement –55% des 25-29 ans et 25,6% des 30-34 vivaient toujours chez leurs parents en 2020. D'où la nécessité de se faire vacciner, même lorsque l'on ne fait pas directement partie des personnes vulnérables.

70%, et après?

Cette situation donne la tonalité des débats en Espagne. Il n'est pas reproché au gouvernement sa promotion des vaccins, mais plutôt le fait de ne pas en avoir livrés assez vite. L'obligation vaccinale génère moins de discussions qu'en France. Nul besoin d'y recourir pour les soignants, par exemple, puisque plus de 90% de la profession a déjà sa couverture complète.

90%: c'est le chiffre désormais espéré pour l'ensemble de sa population, ainsi que l'a expliqué le porte-parole de la Société espagnole de santé publique, Manuel Franco. L'arrivée de nouveaux variants et les rebonds de l'épidémie lui font dire que la barre des 70% ne sera pas un point d'arrivée, sinon un cap à franchir avant la prochaine étape de la campagne: vacciner les plus jeunes, et convaincre ceux qui s'y refusent encore.

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