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Une blogueuse sur Le Post licenciée pour ses chroniques

Slate.fr, mis à jour le 17.05.2010 à 12 h 18

Jess, blogueuse sur le site de presse participatif Le Post, vient d'apprendre son licenciement parce qu'elle aurait mis à mal l'image de son employeur dans ses chroniques acides. La jeune femme de 31 ans est réceptionniste de nuit dans une grande chaîne hôtelière. Elle n'avait jamais cité le nom de son employeur, mettant en scène ses collègues avec des pseudonymes.

Dans sa rubrique «La minute qui dérange», Jess raconte des histoires tirées de sa vie quotidienne, et donc de son travail de réceptionniste. Malgré la mention «Toute ressemblance avec des personnes réelles ou faits ressemblant ne serait qu'une pure coïncidence» en bas de chacun de ses posts, l'employeur estime qu'elle nuit à son image. Selon Le Post, des références à des collègues «l'un incompétent, l'autre faisant une remarque raciste, un autre se vantant de sa vie sexuelle, un désigné par le pseudo "Têtedenoeud"...» sont à l'origine de cette accusation.

L'employeur estime par ailleurs que Jess blogue pendant son temps de travail. La chroniqueuse s'en est défendue dans un post: selon elle «il faut 3 secondes pour mettre en ligne un article, et mes chroniques étaient écrites de chez moi (mais publiée avant 7h chaque matin), donc ça tombe à l'eau».

Si ce n'est pas la première fois qu'un employeur reproche à un de ses salariés de bloguer, l'affaire est intéressante parce que Jess blogue pour le compte du Post, un média. Le site Electron Libre relevait les subtilités juridiques que cela implique:

Mais en termes de droit, si diffamation il y a, c’est en théorie le directeur de la publication du Post qui serait mis en cause (principe de la responsabilité en cascade). LePost, qui rétribue Jess, comme d’autres blogueurs invités, au forfait, se fait étrangement discret dans l’histoire.

Depuis cet article, Le Post s'est exprimé sur l'affaire:

Potentiellement, en se plaçant dans l'univers du travail, tout en puisant dans la fiction, cette chronique pouvait créer des frictions inédites. Par exemple, on aurait pu imaginer qu'un collègue de Jess tombe sur un billet et soit mécontent de reconnaître un bout de conversation, même placé dans la bouche d'un personnage qui ne lui ressemble en rien. Un autre aurait pu se demander si un passage inventé n'était pas réel. Voilà pourquoi, sur incitation de la rédaction du Post - et pour prévenir tout problème - Jess avait fait évoluer ses chroniques et renoué avec un style plus proche de celui des débuts de sa rubrique, en intégrant de nouveaux personnages et en variant les lieux (au café, au supermarché, à la télé...). [...] Depuis sa mise à pied, Le Post assiste Jess dans sa démarche pour recourir à un avocat spécialisé et, en soutien, a proposé de l'aider financièrement, le cas échéant pour assurer sa défense et dans l'attente qu'elle retrouve une situation satisfaisante. Elle et nous vous tiendrons au courant.

Le Post, qui rétribue et dirige éditorialement Jess, se place donc en quelque sorte dans la position d'un directeur de la publication d'un média qui assume les frais de justice de son journaliste en cas de plainte pour diffamation.

[Lire les articles d'Electron Libre, du Post et de Jess]

Photo: image d'illustration du compte Jess sur LePost.fr

 

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