Société / Culture

Ultime saison de «The Walking Dead»: retour sur onze ans de succès et d'influence sérielle

Temps de lecture : 6 min

La série horrifique tire sa référence, mais laisse derrière elle un héritage considérable dans la pop culture cinématographique.

L'influence du spin-off sur les années 2010 se ressent aussi dans l'expansion spectaculaire du nombre de séries d'épouvante. | Capture d'écran via YouTube
L'influence du spin-off sur les années 2010 se ressent aussi dans l'expansion spectaculaire du nombre de séries d'épouvante. | Capture d'écran via YouTube

Après onze ans de règne, de zombies en décomposition et de méchants toujours plus caricaturaux, The Walking Dead achève sa course le 23 août, avec la diffusion de sa onzième et ultime saison sur OCS. Sa longévité aura été exceptionnelle pour une série du câble –rappelons qu'elle fut diffusée pour la première fois il y a onze ans, alors qu'Instagram venait de se lancer, que TikTok n'était qu'une chanson de Ke$ha et que Les Républicains s'appelait encore l'UMP.

Mais son influence, elle, n'est pas près de s'arrêter. Alors même qu'elle est sur le point de se terminer, la série reste à la tête d'une franchise en pleine expansion, avec trois spin-offs, une trilogie de films en préparation, et d'autres projets encore en cours de développement.

En onze ans, The Walking Dead a battu des records d'audience, connu une popularité sans limites et créé une multitude de moments cultes du petit écran. Elle a révélé au monde le talent de Steven Yeun, nommé en 2021 à l'Oscar du meilleur acteur, mais aussi boosté la tendance des séries horrifiques, et impacté l'industrie du divertissement dans sa globalité. Si House of Cards a inauguré l'ère du prestige streaming, Orange Is the New Black a bouleversé les représentations féminines, et Game of Thrones nous a offert ce qui restera peut-être la plus grosse série blockbuster de l'histoire, The Walking Dead, elle aussi, mérite sa place dans les rangs des séries les plus influentes des dix dernières années.

Audiences records

Lorsque l'excellent pilote de The Walking Dead arrive sur AMC le soir d'Halloween 2010, cela fait quelques années que la chaîne, auparavant spécialisée dans la rediffusion de films américains, s'est lancée dans la production de séries originales prestigieuses avec Mad Men et Breaking Bad. Mais c'est The Walking Dead, mettant en scène la survie d'un groupe d'Américains après une apocalypse zombie, qui va achever de transformer AMC en poids lourd de l'industrie sérielle. Après un démarrage discret, la série alors dirigée par Frank Darabont va vite se transformer en raz-de-marée télévisuel et en phénomène culturel global.

Dès sa troisième saison, The Walking Dead bat des records d'audience et devient la série la plus populaire de l'histoire du basic cable américain (c'est-à-dire les chaînes de câble non encryptées). Le programme atteint son apogée critique et populaire avec No Sanctuary, le premier épisode de la saison 5, qui devient l'épisode le plus regardé de l'histoire du câble, avec plus de 17 millions de téléspectateurs. À titre de comparaison, l'épisode le plus regardé de Game of Thrones, son final, n'en a rassemblé «que» 13 millions.

Le succès du programme est tel qu'il donne même naissance à un nouveau format: un talk-show de débrief, diffusé immédiatement après chaque épisode et présenté par Chris Hardwick, intitulé Talking Dead. Très populaire, la formule sera déclinée pour une multitude d'autres séries phares, avec Talking Bad (Breaking Bad), Talking Saul (Better Call Saul) ou encore Talking Preacher (Preacher), mais aussi Wolf Watch (Teen Wolf), After the Thrones (Game of Thrones), ou encore Hacking Robot (Mr. Robot).

Horreur à l'écran

L'influence de The Walking Dead sur les années 2010 se ressent aussi dans l'expansion spectaculaire du nombre de séries horrifiques à l'écran –une tendance déjà amorcée par les très populaires Supernatural, Dexter ou True Blood à la fin des années 2000. Avec ses morts subites, ses séquences de shoot ‘em up («abattez-les tous»), ses jumpscares et ses scènes de gore, The Walking Dead manie adroitement les codes de l'horreur dès son pilote, et s'attire immédiatement les faveurs de nombreux fans du genre.

Un an avant le lancement de Game of Thrones, la série prouve déjà l'appétence du public pour les morts choquantes et graphiques. Dans son sillon, la décennie verra rapidement une explosion de la production de séries d'horreur, à commencer par American Horror Story en 2011 (qui relancera quant à elle la mode des anthologies et miniséries), suivie de Bates Motel, Hannibal, Hemlock Grove, ou encore Penny Dreadful.

Un an avant le lancement de «Game of Thrones», la série prouve déjà l'appétence du public pour les morts choquantes et graphiques.

Aujourd'hui, les séries horrifiques sont omniprésentes dans l'offre médiatique, et chaque chaîne ou plateforme s'y essaie, de Evil (CBS) à Them (Amazon) en passant par The Haunting (Netflix). Quant aux zombies, qui connaissaient déjà une résurgence au cinéma depuis les années 2000, ils envahissent également les séries et deviennent un objet culturel omniprésent, avec The Strain, Z-Nation, iZombie ou In The Flesh, jusqu'à aujourd'hui avec Santa Clarita Diet ou Kingdom. Le succès de The Walking Dead (couplé évidemment à la montée en puissance du mastodonte Marvel) inspirera aussi les chaînes à se jeter sur des adaptations de comics parfois violents: Preacher chez AMC, The Boys chez Amazon, Watchmen chez HBO, ou encore la BD de zombies Daybreak adaptée par Netflix.

Senoia, le Hollywood du Sud

Au niveau local, le succès de la série se fait aussi ressentir, notamment en Georgie où The Walking Dead est installée et emploie 90% de locaux. Depuis 2008, l'État a décidé de rivaliser avec le Canada en offrant des avantages fiscaux considérables aux productions qui souhaiteraient s'y installer. L'arrivée de The Walking Dead sur le territoire deux ans plus tard a eu un impact énorme sur l'économie de l'État, qui engrangerait désormais plus de 9 milliards de dollars annuels grâce à l'industrie audiovisuelle. La plus belle preuve du succès ahurissant de The Walking Dead, c'est la petite ville de Senoia, où se déroulent une grande partie des tournages. Quasiment désertée avant l'arrivée de la production, la bourgade a vu des dizaines de nouveaux commerces fleurir, avec l'arrivée toujours plus importante de touristes et de nouveaux habitants.

Grâce à son programme fiscal, la Georgie est désormais considérée par certains comme le Hollywood du Sud, avec un nombre croissant de films et de séries tournés sur place (de Stranger Things à Black Panther). Les chaînes et studios y ont une présence tellement forte qu'ils peuvent même avoir leur mot à dire sur la politique de l'État: lorsque la Georgie a envisagé de faire passer une loi restreignant le droit à l'avortement, AMC (tout comme Netflix, Walt Disney ou encore Showtime) a menacé de délocaliser ses tournages. Finalement, aucun boycott n'aura lieu, la loi ayant depuis été déclarée inconstitutionnelle.

Femmes de poigne

Contrairement à d'autres programmes influents des années 2010, The Walking Dead n'a pas forcément révolutionné l'art de l'écriture sérielle. Mais il faudra malgré tout retenir, dans son héritage, la création de personnages féminins originaux et marquants, parmi lesquels Maggie, incarnée par Lauren Cohan, ou Michonne, la guerrière munie d'un katana jouée par Danai Gurira. Mais le plus grand accomplissement de la série, c'est sans doute le personnage de Carol Peletier.

Victime de violences conjugales, elle commence la série discrètement, réduite au silence par son mari. Dans la saison 2, elle perd sa fille Sophia dans un des épisodes les plus poignants de la série. Puis la transformation arrive. Les producteurs envisagent au départ de tuer son personnage au même moment que dans les comics, dans la saison 3, mais changent d'avis à la dernière minute, et laissent Carol devenir une fan favorite. Au fil des années, son personnage va connaître une évolution fulgurante, pour devenir une des figures féminines les plus coriaces et durables de l'histoire de la télévision avec Meredith Grey.

En parallèle avec Rick, le héros masculin, Carol se fera peu à peu le reflet des dilemmes moraux de la série, de plus en plus tourmentée par sa propre violence. Carol Peletier, c'est à la fois une figure maternelle touchante, et une héroïne d'action quadra aux cheveux blancs et courts, comme on en voit rarement à l'écran. D'ailleurs, l'actrice Melissa McBride a reçu de nombreux prix pour sa performance, et sa longévité n'est pas près de s'arrêter puisqu'elle sera à l'affiche de son propre spin-off avec Daryl (joué par Norman Reedus) à partir de 2022.

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