Politique

Modéré, radical, divers droite, féministe... Quel Vert remportera la primaire écologiste?

Temps de lecture : 7 min

Le scrutin de septembre donnera le nom de la personnalité en lice pour l'élection présidentielle de 2022. Cette sélection n'écartera pas forcément une candidature concurrente.

De gauche à droite: Éric Piolle, Sandrine Rousseau, Yannick Jadot et Delphine Batho, le 12 juillet 2021 à Paris. | Geoffroy Van Der Hasselt / AFP
De gauche à droite: Éric Piolle, Sandrine Rousseau, Yannick Jadot et Delphine Batho, le 12 juillet 2021 à Paris. | Geoffroy Van Der Hasselt / AFP

Dans un mois tout juste, les écologistes désigneront celui ou celle qui les représentera à l'élection présidentielle de 2022. À l'occasion d'une primaire dont le premier tour se déroulera du 16 au 19 septembre –si un second tour est nécessaire pour départager les deux personnalités arrivées en tête mais n'ayant pas obtenu la majorité absolue des suffrages (50% plus une voix), il aura lieu du 25 au 28 septembre–, les électeurs devront choisir entre cinq noms.

En 2017, les écolos n'avaient pas de représentant car Yannick Jadot (EELV) s'était retiré avant le premier tour au profit de Benoît Hamon (PS). Le résultat n'avait pas été à la hauteur des espérances, loin de là.

Pour 2 euros, on peut voter à partir de 16 ans

Deux femmes et trois hommes sont en lice dans cette primaire: Delphine Batho, Sandrine Rousseau, Yannick Jadot, Éric Piolle et Jean-Marc Governatori. Tous les cinq ont obtenu le nombre de parrainages requis de membres du conseil d'un pôle écologiste qui regroupe cinq organisations.

Il s'agit d'Europe Écologie-Les Verts (EELV), de Génération·s (parti fondé par Benoît Hamon, ancien candidat du Parti socialiste à la présidentielle de 2017), du Mouvement des progressistes (parti fondé en 2009 autour de Robert Hue, ancien secrétaire général du Parti communiste), de Génération écologie (mouvement créé en 1990, notamment par Brice Lalonde, Jean-Louis Borloo, Noël Mamère, Corinne Lepage) et de l'Alliance écologiste indépendante dont la figure dominante est Governatori.

Éric Piollet et Sandrine Rousseau, candidats à la primaire écologiste pour la future élection présidentielle, lors des Journées d'été EELV à Poitiers, le 19 août 2021. | Medhi Fedouach / AFP

Le scrutin ne sera pas réservé aux seuls adhérents encartés dans ces formations. Les sympathisants pourront également y participer. Il ne sera pas nécessaire d'être majeur puisqu'il sera ouvert dès l'âge de 16 ans, tant il est vrai que la défense de l'environnement et de la planète est une des préoccupations principales de la jeunesse.

Il suffira de s'inscrire avant le 12 septembre, de verser une obole de 2 euros et de signer une charte des valeurs prônant, notamment, «la responsabilité de l'humanité dans la sauvegarde de la biodiversité et du vivant, la reconnaissance de l'état d'urgence climatique, l'indispensable réduction des inégalités sociales, la liberté d'opinion et de conscience, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et le féminisme comme valeur émancipatrice pour toutes et tous».

Une actualité climatique favorable aux Verts

Les Journées d'été de la mouvance écologiste à Poitiers (qui ont commencé le 19 août et se terminent ce 21 août) vont permettre aux cinq prétendant·es d'affiner les contours et les limites de leur territoire politique. Cet exercice mettra sans doute en évidence des divergences, parfois profondes, tant sur le positionnement droite/gauche que sur le plan programmatique et dans le domaine des alliances. L'unité du mouvement écolo et la solidarité en son sein peuvent difficilement faire illusion.

Son histoire, dans la foulée de la candidature de René Dumont à la présidentielle de 1974 –la première d'un candidat écologiste qui lui avait apporté 1,32% des suffrages exprimés– a été une succession de combats d'appareils, de rivalités personnelles, de querelles d'egos et de chapelles. En clair, tout ce qui peut se faire de pire en politique.

Depuis des années, des rapport internationaux, les uns après les autres, et singulièrement la dernière contribution du Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), mettent en évidence les risques vertigineux que court la planète. Pourtant, les écologistes ne sont pas parvenus, jusqu'ici, à tirer un profit politique de leurs thèses lors des différentes consultations présidentielles depuis vingt ans.

De l'aile la plus à droite de la mouvance...

C'est en 2002 qu'ils ont obtenu leur meilleur résultat avec Noël Mamère (5,25% des voix). On se souvient que ce scrutin avait été catastrophique pour la gauche socialiste puisque le Premier ministre, Lionel Jospin (PS), avait été devancé par Jean-Marie Le Pen et éliminé au premier tour. Lors de cette élection, il n'y avait pas un mais deux candidats écologistes puisque Corinne Lepage s'était également présentée aux suffrages des électeurs: l'ancienne ministre de l'Environnement dans les gouvernements d'Alain Juppé (1995-1997) avait obtenu 1,88% des voix.

Il y a deux décennies, la présidentielle avait montré qu'une écologie de gauche (Mamère) et une écologie de droite (Lepage) pouvaient ne pas faire bon ménage. Une telle situation pourrait-elle se reproduire en 2022? Le pire n'est jamais sûr, mais il est toujours à redouter –surtout pour les protagonistes de la mouvance écolo. C'est d'autant plus vrai que le parcours, les aspirations, le projet et les soutiens des cinq personnalités en compétition soulignent le fossé, pour ne pas dire l'opposition, qui existe entre elles.

Jean Marc Governatori, coprésident du parti Cap écologie, à Nice le 17 mars. 2021. | Valery Hache / AFP

Représentant de l'aile droite, Governatori (62 ans) doit sa présence dans cette primaire à une décision de justice. Écarté dans un premier temps par le courant dominant de gauche de la mouvance écologiste, ce conseiller municipal niçois avait saisi le tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis) en référé pour pouvoir se présenter à la primaire. Il lui a donné gain de cause.

Cet ex-marchand de meubles discount, candidat divers droite à plusieurs élections et opposant à la vaccination contre le Covid-19 (sans parler de ses vidéos surréalistes sur Twitter), considère que «la France est un pays de droite et s'afficher à gauche, c'est être condamné à finir troisième». Ce n'est pas lui faire injure que de penser qu'il risque de finir... cinquième de cette joute.

... à la gauche de la gauche du mouvement

À l'autre bout, on trouve Piolle (48 ans), maire (EELV) de Grenoble (Isère) et représentant de l'aile gauche de la gauche du mouvement écolo. Ex-cadre chez Hewlett Packard, licencié en 2010 –il s'était opposé à un plan de délocalisation–, il avait chipé la mairie de Grenoble aux socialistes, en 2014, à la tête d'une coalition rouge-vert-citoyens, du genre de celles qui plaisent bien aux partisans de La France insoumise. Il a été le premier écologiste élu aux commandes d'une ville de plus de 100.000 habitants.

À la présidentielle de 2017, du reste, Piolle avait appelé à voter pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour «pour encourager le rassemblement de la gauche, des citoyens et des écologistes». Aux dernières municipales, il a été réélu aux commandes de la même coalition et plaide aujourd'hui pour un «arc humaniste» allant des socialistes aux insoumis en passant par les écologistes. Sa présence au second tour (éventuel) de la primaire est très envisageable.

Le très médiatique Jadot au centre du jeu?

Entre ces deux candidats, en allant du centre vers la gauche (si l'on peut dire de façon subjective), il y a successivement Jadot, Batho et Rousseau. Personnalité la plus médiatique chez les Verts, ce qui pourrait le desservir car les écolos n'aiment pas trop ça, et eurodéputé depuis 2009, Jadot (54 ans), ex-responsable de Greenpeace France, souhaite placer l'écologie au-dessus du clivage droite/gauche, ce qui n'est pas forcément le vent dominant au cœur de la mouvance.

Présent dans tous les sondages sur les intentions de vote à la prochaine présidentielle, il est crédité de 6% à 8% depuis le début de l'année, avec deux pointes à 10% pour l'institut Ipsos. Par comparaison, Piolle était donné à 2% dans une enquête Ifop, en avril. Début août, selon l'institut Elabe, 34% des sympathisants de gauche avaient une image positive de Jadot, et ils étaient 16% à être dans les mêmes dispositions à l'égard de Piolle. Les deux hommes se marquent à la culotte: l'édile de Grenoble a annoncé sa candidature le 29 juin et Jadot... le 30 juin! Lui aussi peut prétendre se placer dans le top 2 de la primaire.

Tableau de popularité, août 2020. | Elabe / Les Echos

Candidate depuis le 5 juillet, Batho (48 ans) a occupé plusieurs postes ministériels sous le quinquennat de François Hollande avant d'être débarquée du gouvernement: elle avait critiqué publiquement la baisse des crédits de son ministère du Développement durable et de l'Énergie. Ancienne de SOS-Racisme, elle avait hérité, en 2007, de la circonscription de Ségolène Royal (Deux-Sèvres), dont elle était proche.

Après avoir quitté le PS en 2018, elle avait pris la tête de Génération écologie, parti fondé notamment par Brice Lalonde. Parmi ses soutiens, elle compte le mathématicien Cédric Villani, élu député (La République en marche) en 2017, mouvement dont il a été exclu pour dissidence lors des municipales de 2020. Son parcours au Parti socialiste ne lui sera pas d'une grande aide dans cette primaire, même si elle plaide pour une «autre écologie» qui «assume la décroissance».

Rousseau en quête d'une heureuse surprise

Autre avocate de la décroissance, Rousseau (49 ans) a fait tout son parcours politique à EELV dont elle fut porte-parole et numéro 2. Ancienne vice-présidente du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais (devenu Hauts-de-France), cette enseignante et chercheuse en économie est la seule des cinq à ne pas détenir aujourd'hui de mandat électif (député, eurodéputé, maire ou conseiller municipal).

Rousseau est une figure de la lutte contre les violences faites aux femmes: elle avait donné sa démission de EELV et dénoncé le harcèlement sexuel dont elle avait dit être victime de la part de son collègue, Denis Baupin. Ce dernier, ex-député écolo et ex-vice-président de l'Assemblée nationale, avait été débouté, par la suite, d'une procédure en diffamation qu'il avait intentée contre elle. Elle avait réintégré les Verts en 2020.

Porte-drapeau d'un écoféminisme plutôt classé radical, elle bénéficie du soutien des féministes les plus en pointe, comme Alice Coffin et Raphaëlle Rémy-Leleu, toutes deux conseillères (EELV) de Paris. Elle figure, avec Jadot et Piolle, parmi les trois personnalités qui sont les mieux placées pour participer à un éventuel second tour de la primaire... si une surprise n'est pas créée dès le premier –ce qui n'est pas non plus à écarter d'office.

Jamais à l'abri d'une candidature concurrente

Quoi qu'il en soit, cette palette de sensibilités politiques montre qu'une victoire de l'aile située la plus à gauche ou considérée comme la plus radicale pourrait non seulement faire bouger les lignes au sein de l'électorat des gauches (notamment en perturbant la campagne de Mélenchon), mais aussi provoquer une réaction de la mouvance plus modérée qui pourrait considérer que l'écologie ne serait pas correctement et efficacement représentée à la présidentielle.

Autant préciser que le mouvement inverse pourrait aussi se produire dans l'hypothèse où l'aile modérée l'emporterait. Avec cette fois, un double impact si la concurrence venait d'un candidat ou d'une candidate «écolo-radical»: une conséquence, là encore, sur le score de La France insoumise, mais également sur l'électorat traditionnel centriste ou central par la présence d'un candidat «écolo-modéré». Rien n'est joué, faites vos jeux!

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