Société

Un antisémitisme de caniveau

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Les manifestations du samedi ont permis aux antisémites de sortir du bois. Qu'attend-on pour les expulser des cortèges?

Une pancarte de soutien à Cassandre Fristot, arrêtée pour avoir brandi une pancarte antisémite lors d'une manifestation anti-pass sanitaire le 7 août. À Metz (Grand Est), lors d'une manifestation similaire le 14 août 2021. | Jean-Christophe Verhaegen / AFP
Une pancarte de soutien à Cassandre Fristot, arrêtée pour avoir brandi une pancarte antisémite lors d'une manifestation anti-pass sanitaire le 7 août. À Metz (Grand Est), lors d'une manifestation similaire le 14 août 2021. | Jean-Christophe Verhaegen / AFP

De grâce, ne tournons pas autour du pot: les quelques personnes qui samedi après samedi se promènent en brandissant haut et fort des pancartes barbouillées de slogans aux relents antisémites sont autant d'individus dont l'aplomb et l'indicible bêtise nous laissent à chaque fois sans voix. On a peine à leur trouver des circonstances atténuantes tant ils véhiculent des idées et des sous-entendus qui de tout temps ont alimenté la folie antisémite, cette maladie mentale responsable de tant d'égarements meurtriers.

Qu'il existe en France des antisémites farouches n'est pas une nouveauté en soi, mais qu'ils osent désormais s'afficher aux yeux de tous nous dit quelque chose sur l'abaissement des valeurs à l'œuvre dans notre société. Voilà que de nouveau, sans que grand monde n'y trouve à redire, on peut tranquillement battre le pavé tout en affirmant sa conviction que les malheurs du monde sont le fait d'une communauté de personnes toutes nées au sein de familles juives.

L'odieux fantasme a déjà été démonté mille milliards de fois mais qu'importe, si les époques changent, l'idiotie bornée propre au genre humain, elle, demeure. Pris dans un mouvement qui mêle tout à la fois souverainistes désillusionnés, naturopathes névropathes et libertaires effarouchés, l'antisémite s'autorise à sortir du bois. Il sent dans ces démangeaisons de la foule les premiers frémissements d'une pensée qui rejoint son éternelle obsession: le juif ne saurait être tout à fait étranger à ces décisions dont l'arbitraire nous étrangle.

Bien sûr, les choses ne sont pas dites si brutalement. On a encore des pudeurs, un brin de retenue, un soupçon de crainte. On avance masqué, prenant soin de dénommer l'ennemi par des voies détournées. Ici une liste de noms, là un pronom interrogatif qui derrière son innocence linguistique a les accents d'une mise en accusation. À qui donc profite le crime, hein? Qui se remplit les poches pendant qu'on nous refuse l'entrée des restaurants et des cinémas? Qui vilipende à longueur d'antenne notre mouvement, nous qui sommes pourtant l'âme et le sang de ce pays? Qui, hein?

Réfléchissez un peu et la réponse viendra d'elle-même: les juifs, encore les juifs, toujours les juifs.

Évidemment, la grande majorité de ceux qui composent les rangs des manifestants ne sont pas antisémites. Ni de près ni de loin. Et probablement un certain nombre de participants se désolent d'avoir à composer avec des individus si peu recommandables. Mais là s'arrête leur indignation. Jusqu'ici, et à preuve du contraire, on n'a jamais vu un des manifestants exiger sur-le-champ le retrait de ces pancartes immondes. Ou demander l'arrêt pur et simple de la manifestation tant qu'elle comportera en son sein une fraction versée dans un antisémitisme éhonté.

Ce qui tout de même ne manque pas d'étonner. Quelle que soit la noblesse de la cause que je défends, si d'aventure je me retrouvais à côtoyer physiquement une personne dont les prises de position ne laissent aucun doute quant à ses présupposés raciaux, je ne manquerais pas de me dissocier d'elle quitte à abandonner le cortège. Pourtant, rien de tel ne se produit et la manifestation arrive à son terme comme si de rien n'était. Une sorte de complaisance dont à vrai dire on se passerait bien et qui finit par entretenir le doute: se pourrait-il que le sentiment antisémite soit plus répandu que nous étions enclins à le penser?

Je l'ignore. Je sais une seule chose que la lecture et l'écriture sur la Shoah m'ont apprise: la vitesse à laquelle une société peut succomber au vertige de l'antisémitisme ne se compte pas forcément en siècles. Si aussitôt que les premiers signes de cette fièvre apparaissent, la société ne la rejette pas d'une manière énergique et radicale, sans crier gare, comme un feu qui couve, elle se propage à la vitesse de l'éclair et séduit en deux, trois mouvements, une grande partie de la population.

Ce n'est pas une question de vaccins, ce n'est pas un problème de libertés publiques mais une affaire de morale et de comportements individuels. On ne peut pas tolérer qu'on puisse afficher ainsi sa haine des juifs dans l'indifférence la plus générale. Il s'agirait là d'une compromission, d'un relâchement qui signerait comme une défaite de la civilisation. Une de plus. Une de trop, probablement.

En un mot comme en cent, ces pancartes de la honte ne doivent plus exister au sein des manifestations à venir.

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