Santé

Variant Delta: ce qu'il faut faire pour protéger les enfants à l'école

Temps de lecture : 7 min

La hausse des cas de Covid chez les jeunes étant de plus en plus préoccupante, il nous faut prendre conscience de l'importance de sécuriser les écoles.

Des élèves d'une école primaire d'Eysines, dans la banlieue de Bordeaux, le 25 février 2021. | Philippe Lopez / AFP
Des élèves d'une école primaire d'Eysines, dans la banlieue de Bordeaux, le 25 février 2021. | Philippe Lopez / AFP

Le 28 juillet dernier, le ministère de l'Éducation a publié un protocole sanitaire pour l'année 2021-2022 établissant quatre niveaux destinés à s'ajuster en fonction de la situation épidémique. Mais ces niveaux ne sont pas définis, ce qui laisse planer un grand doute sur ce qui attend nos enfants, à quinze jours de la rentrée.

Un doute qui place nombre de parents dans un certain désarroi alors qu'ils voient les indicateurs épidémiques s'envoler. Non seulement le taux de reproduction n'arrive pas à passer sous 1 mais le taux d'incidence chez les 0-9 ans et chez les 10-19 ans n'a fait que croître durant l'été malgré les vacances scolaires. Ces mêmes parents constatent que rien ne semble avoir été mis en place en termes d'aménagements des classes durant l'été pour sécuriser les écoles. «Maintien des mesures renforcées d'aération» peut-on lire dans le protocole, mais que maintenir quand rien n'a été fait?

Un virus plus contagieux

Aujourd'hui, nous ne pouvons pas dire que nous ne savons pas le rôle des enfants dans la transmission du Covid, nous ne pouvons non plus nier le risque individuel encouru. Nous ne pouvons non plus nier l'impact des fermetures de classes, mesure qui n'est jamais souhaitable.

Comme l'écrit Fabien Goubet dans les colonnes du Temps: «Protéger les enfants est par conséquent non seulement un impératif moral, mais aussi une condition sine qua non pour espérer contrôler la situation épidémique à l'automne et l'hiver prochains.»

Observons de plus près la situation: au 17 août, ce sont 1.500 enfants de 0 à 9 ans et 4.000 enfants et adolescents de 10 à 19 ans qui sont quotidiennement déclarés positifs au Covid-19. Environ 140 enfants et adolescents de moins de 19 ans sont actuellement hospitalisés pour Covid, dont 60 ont entre 0 et 9 ans. Dans le même temps, et on ne peut que s'en réjouir, 29,3% des 12-17 ans sont déjà totalement vaccinés (53,8% ont reçu au moins une dose). Rappelons que le vaccin n'est pas homologué pour les moins de 12 ans.

Aujourd'hui, aux États-Unis, les enfants représentent déjà près de 20% des personnes testées positives.

En parallèle, le variant Delta est devenu majoritaire en France. Que savons-nous de lui exactement? Tout d'abord, il est beaucoup plus contagieux que les souches précédentes. On évalue aujourd'hui à 8 son taux de reproduction (contre 4 pour le variant Alpha et 2-3 pour la souche originelle de Wuhan). Le taux de reproduction, c'est un peu l'échelle de Richter d'un virus, à titre de comparaison, le taux de reproduction de la grippe est compris entre 1,5 et 2. C'est à partir du taux de reproduction que l'on calcule l'immunité collective, c'est-à-dire la couverture immunitaire minimale à atteindre pour espérer bloquer toute nouvelle vague épidémique.

Des données moins certaines suggèrent qu'il pourrait être également plus virulent. Des équipes de recherche, en Écosse, au Canada et à Singapour, ont pu ainsi observer une fréquence accrue d'hospitalisations et/ou de décès par rapport au variant Alpha ou aux souches antérieures –leurs résultats sont encore en «preprint» ce qui nous demande de les considérer comme provisoires. Il existe également des données qui évoquent la possibilité que les récentes mutations du virus tendent à le rendre plus agressif envers l'organisme notamment par une meilleure adaptation à 37 degrés –soit la température des tissus internes et notamment pulmonaires. Seul l'avenir pourra nous dire si cette virulence se confirme.

Appel d'air

Face au Delta, la vaccination reste efficace contre les formes graves (des données récentes d'Israël montrent que le vaccin de BioNTech/Pfizer reste efficace sur les formes graves à plus de 85% chez les plus de 50 ans et à plus de 90% chez les moins de 50 ans). Le vaccin réduit également la contagiosité de 6 à 8 fois.

D'une manière générale, et sans inclure des conclusions qui seraient anticipées, nous pouvons dire aujourd'hui que, puisque le Delta est davantage transmissible, il va contaminer plus de personnes avec mécaniquement une augmentation des cas symptomatiques et ce, tout particulièrement au sein des populations non vaccinées que sont les enfants. On le voit aujourd'hui aux États-Unis où les enfants représentent déjà près de 20% des personnes testées positives.

Alors que nous avons, en ce mois d'été en Europe, un nombre élevé d'enfants contaminés –et des clusters signalés dans les colonies de vacances et les centres aérés en France, on peut réellement redouter que la rentrée crée un important appel d'air et que l'on voit les chiffres s'envoler chez les plus jeunes mais aussi, dans les fratries, les familles, chez les enseignants et tout le personnel éducatif, avec leur lot de complications, d'hospitalisations et de décès, en particulier chez les personnes à risques, surtout non vaccinées.

Une politique de tests durable

Il est essentiel que nous prenions collectivement conscience de l'importance de sécuriser l'école, d'abord, bien sûr, pour éviter aux enfants d'être malades –outre les complications rares et sévères, comme le PIMS (syndrome inflammatoire multi-systémique pédiatrique), on voit aussi que le Covid long affecterait entre 4 et 8% des enfants qui ont été contaminés quelle que soit la sévérité de leur Covid (selon les études britanniques), ce qui est particulièrement préoccupant pour leur qualité de vie et la continuité harmonieuse de leur scolarité et dont on ne sait pas encore évaluer les séquelles à plus long terme.

Statistique: Taux d'incidence d'infection au COVID-19 en France du 3 mai au 18 juillet 2021, par tranche d'âge (nombre de personnes infectées sur 100.000 habitants) | Statista

Ensuite, parce qu'il faut aussi protéger leur entourage (enseignants, familles, amis…). Il faut aussi bien comprendre qu'éviter des cas parmi les enfants, c'est éviter de fermer des classes, sinon des établissements, fermetures d'autant plus délétères qu'elles n'auront pas été anticipées.

Il nous semble pour le moins nécessaire que la rentrée se fasse, partout en France, en niveau 3 ou 4 du plan sanitaire prévu par l'Éducation nationale, c'est-à-dire avec:

  • Une hybridation présentiel/distantiel à minima au lycée afin de permettre des jauges à 50% dans les classes et limiter le passage des élèves, sauf à vouloir vacciner tous les plus de 12 ans;
  • Le port du masque en intérieur dès 6 ans (nous ne sommes pas favorables à préconiser le port du masque en milieu extérieur, ne nous trompons pas de combat, c'est le milieu intérieur qui doit nous préoccuper, et l'on peut se relâcher dans les cours de récréation);
  • Des activités physiques uniquement en extérieur avec distanciation.

Incontestablement, un focus tout particulier doit être enfin mis sur l'aération. Lorsque l'on peut ouvrir les fenêtres, il suffit de les ouvrir ainsi que les portes, pour que le capteur de CO2 ne passe jamais au-delà de la barre des 1200 ppm. Lorsqu'il est impossible d'ouvrir les fenêtres, il est possible de s'équiper d'une ventilation appropriée avec filtre HEPA, ou d'installer des purificateurs d'air équipés des mêmes filtres.

Il serait également pertinent de mettre en place une politique de tests durable dans le temps auprès d'une population infantile. On pense notamment aux tests salivaires et, pourquoi pas aux analyses des eaux usées, même si ces politiques de tests mériteraient d'être encadrées par des protocoles rigoureux d'évaluation qui manquent encore. On peut également promouvoir l'utilisation d'autotests à la maison, à condition qu'ils soient gratuits et que leur utilisation soit expliquées aux parents et aux enfants.

Responsabilité vaccinale

On aurait souhaité que se lance un débat bien avant la rentrée sur l'obligation vaccinale des enseignants et du personnel scolaire (comme pour les soignants), notamment de ceux qui exercent auprès d'enfants de moins de 12 ans. Si l'on considère que l'obligation vaccinale des soignants se justifie pour protéger les patients considérés comme vulnérables vis-à-vis du Covid, l'obligation vaccinale des personnels au contact d'enfants de moins de 12 ans se justifierait sur le même argument car, étant aujourd'hui non éligibles à la vaccination, ils sont particulièrement vulnérables.

On aurait aussi aimé un débat sur l'obligation vaccinale des 12-17 ans, d'abord pour les protéger contre une maladie hautement contagieuse, parfois grave, et même, quoique rarement, mortelle à leur âge aussi. Contre une maladie pouvant conduire au Covid long. Contre une maladie pouvant conduire, enfin, à des interruptions intempestives de leur scolarité. L'obligation permettrait aussi dans certains cas de protéger les enfants de parents antivax ou vaccino-hésitants puisque la vaccination est conditionnée à leur autorisation. La responsabilité vaccinale serait ainsi placée sous la responsabilité du gouvernement plutôt que celle des parents.

Enfin, il est encore prématuré de discuter de la vaccination au-dessous de 12 ans puisqu'aucun vaccin n'a encore été homologué dans le monde pour cette tranche d'âge. Laissons les fabricants terminer leurs essais cliniques, puis aux experts indépendants désignés par les agences de sécurité en charge des médicaments examiner leurs dossiers, et rendre leur avis.

Le modèle de l'emmental

Aux parents, nous disons qu'ils peuvent agir sur des décisions sanitaires prises par le politique. Ils peuvent solliciter leurs député·es, agir au sein des associations de parents d'élèves, ou même à titre individuel, pour promouvoir les bonnes pratiques au sein des établissements scolaires. Ils peuvent aussi pallier les carences de l'État par exemple en proposant des autotests, en promouvant le port du masque auprès des enfants. Ils doivent également être acteurs en faisant tester leurs enfants au moindre symptôme ORL –et ce, même si l'automne est propice aux infections de ce type, et en respectant scrupuleusement l'isolement si le test est positif.

Les enseignants peuvent s'équiper
du capteur de CO2 que l'Éducation nationale, pingre, ne lui aura
pas fourni.

Nous savons qu'il est parfois difficile pour certains parents de prendre une décision pour son enfant concernant sa vaccination. Aux parents encore hésitants pour laisser vacciner leurs adolescents, nous voudrions aussi leur recommander de bien peser leur décision à l'aune de ce qu'ils seraient amenés à vivre si leur enfant non vacciné mais ayant souhaité l'être contractait le Covid cet automne ou cet hiver dans ce contexte (ce qui n'est pas une probabilité faible) et si les conséquences de cette infection étaient plus graves qu'imaginées.

Les enseignants peuvent s'équiper du capteur de CO2 que l'Éducation nationale, pingre, ne lui aura pas fourni et se laisser guider par ses indications pour conduire sa politique d'ouverture et de fermeture des portes et fenêtres des salles de classes.

Reprenons pour finir le modèle de l'emmental, en prévention des risques de contamination. Dans ce modèle, c'est la combinaison des mesures et des interventions pharmaceutiques et non pharmaceutiques qui contribuent à réduire la circulation virale. Chaque intervention a ses bénéfices et ses limites, aucune n'assure un risque zéro, pas même le vaccin. Il reste à faire tout pour que le cumul opère dans les meilleures conditions d'acceptabilité. Envisager une nouvelle année de fermetures intempestives de classe n'est pas acceptable. Misons enfin sur une prévention pragmatique, peu coûteuse, et hautement efficace.


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