Retraites: la gauche osera-t-elle dire: «Chiche»?
Le gouvernement a donné quelques pistes pour la réforme des retraites.
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Le gouvernement propose de jouer sur tous les tableaux pour la réforme des retraites: allonger la durée de cotisation, repousser l'âge légal et aussi toucher à l'assiette de l'impôt qui permet de financer les retraites en taxant les hauts revenus et le capital. Rien n'est encore précisé et, comme toujours, une réforme très technique qui met en jeu les mécanismes de la finance publique est à juger dans ses détails. Rien n'est encore précisé, mais, politiquement, il y a une petite révolution dans cette annonce. Le dernier totem du sarkozysme d'affichage est tombé: le bouclier fiscal n'est plus, ou plutôt ne sera plus. On pourra lui trouver d'autres noms, «la feuille de vigne fiscale» selon le ministre du Budget, la «passoire fiscale»...
Donc en quelques semaines, depuis les régionales, la taxe carbone, la loi sur la sécurité des mineurs, la suppression du juge d'instruction et maintenant le bouclier fiscal ont disparu.
Un tabou est tombé
En ce qui concerne la réforme des retraites, il y avait, au moment où le gouvernement avait décidé de s'attaquer à ce problème, un discours ambiant et assez ambivalent des deux côtés de l'échiquier politique. La majorité affirmait que tout devait être mis sur la table, qu'aucune solution, a priori ne devait être écartée. Aucune, sauf l'atteinte au bouclier fiscal. La gauche répondait qu'elle était prête à discuter. Qu'aucune solution ne devait être écartée. Aucune, sauf l'âge légal de départ à la retraite. Donc, chacun avait conscience de la nécessité de réforme profonde, mais chacun avait son tabou. Un tabou d'ordre symbolique et politique, plus qu'économique et social. Nicolas Sarkozy et la majorité viennent de faire tomber le leur (le bouclier fiscal). La gauche se retrouve dans la posture, réelle ou supposée, de boulet conservateur.
Il y a plusieurs façons, pour l'opposition, de réagir à la manière dont la majorité veut réformer les retraites: l'opposition de principe, vers laquelle, les toutes premières réactions -syndicales du moins- semblent se diriger, ou le «chiche», jamais tenté par la gauche mais qui pourrait aussi avoir -dans certains cas, celui là par exemple- son efficacité.
Parce qu'à ce stade, avant que l'on sache vraiment à quels revenus et à quel niveau le gouvernement entend s'attaquer pour financer les retraites, on est face à un cadre qui devrait être acceptable par la gauche. Il y a certainement du «grain à moudre», comme disait André Bergeron. Le gouvernement a fait tomber un tabou. La gauche peut soit s'y engouffrer et tenter d'obtenir le maximum, soit continuer à faire semblant d'être face à une affreuse majorité conservatrice. C'est un peu comme lors de la discussion sur le service minimum dans les transports publics, le gouvernement avait rédigé un projet à cent lieues de ce qui était annoncé pendant la campagne et que l'on appelle maintenant la loi de «service minimum» dans les transports en commun pour les jours de grèves. Qui est en réalité une loi de prévention des conflits que l'on pourrait très bien juger d'inspiration CFDT. C'est une loi qui n'empêche pas la grève et qui favorise la résolution des conflits. La gauche s'y était opposée parce que ça l'arrangeait de caricaturer le projet et la droite était ravie, elle, que la gauche appose le sceau de la réforme audacieuse sur une réforme finalement très modérée.
La gauche osera-t-elle le «chiche» pour les retraites? Pour cela, il faudra qu'elle accepte de se libérer de son tabou à elle: la retraite à 60 ans. Nicolas Sarkozy, c'est vrai, n'a plus grand-chose du sarkozysme de 2007, plus rien même, mais il peut se prévaloir d'une autre qualité qui plait en temps de crise: le pragmatisme...
Thomas Legrand
Photo: REUTERS/Laszlo Balogh
Mis à jour le 17/05/2010 à 16h19













































Le "Chiche" n'est probablement pas pour demain, car, avec les présidentielles en ligne de mire, Martine AUBRY va choisir de ne fâcher personne pour rester en "position de force". Ou quand l'attentisme du PS resurgit....
La situation économique actuelle, qui est le fruit de 14 ans de présidence socialiste et 15 ans de présidences de droite, qui ont toutes les deux, à des degrés divers, creusé nos déficits et chargé notre endettement, ne permet plus au gouvernement que le réalisme et le pragmatisme.
Mais la gauche, composée de gauches si différentes, doit choisir entre l'idéologie pour rassurer ses extrêmes ainsi que le syndicalisme archaïque à forte capacité de nuisance, et le principe de responsabilité pour se donner une stature autre que partisane.
Un beau dilemme en perspective!
Mais dans deux ans, monsieur Legrand, il y a des élections présidentielles, qu'en adviendrait-il de tous ces présidentiables de gauche si d'aventure le PS se rangeait derrière vous pour reconnaître que Sarkozy fait les bonnes propositions pour la réforme des retraites, et du coup soient aussi à l'origine de son succès ?
Allons, allons, réveillez-vous, monsieur Legrand, madame Aubry ne pense qu'à son "care", Valls, Lang et Ségolène ne se gènent pas pour s'en moquer, les fabusiens, les strauss-kahniens veulent "une nouvelle alliance de classe" (?) et François Hollande, sans doute influencé par Facebook, pense que "c'est la jeunesse qui peut réunir".
Rien de nouveau sous le soleil ! Chacun cherche ses marques sans se soucier de l'intérêt général.
Laissez donc Nicolas Sarkozy et sa majorité proposer les réformes et laissez la Gauche s'opposer puisqu'elle est l'opposition.
En 2012 l'électeur reconnaîtra les siens.