France

Retraites: la gauche osera-t-elle dire: «Chiche»?

Thomas Legrand, mis à jour le 17.05.2010 à 16 h 19

Le gouvernement a donné quelques pistes pour la réforme des retraites.

Le gouvernement propose de jouer sur tous les tableaux pour la réforme des retraites: allonger la durée de cotisation, repousser l'âge légal et aussi toucher à l'assiette de l'impôt qui permet de financer les retraites en taxant les hauts revenus et le capital. Rien n'est encore précisé et, comme toujours, une réforme très technique qui met en jeu les mécanismes de la finance publique est à juger dans ses détails. Rien n'est encore précisé, mais, politiquement, il y a une petite révolution dans cette annonce. Le dernier totem du sarkozysme d'affichage est tombé: le bouclier fiscal n'est plus, ou plutôt ne sera plus. On pourra lui trouver d'autres noms, «la feuille de vigne fiscale» selon le ministre du Budget, la «passoire fiscale»...

Donc en quelques semaines, depuis les régionales, la taxe carbone, la loi sur la sécurité des mineurs, la suppression du juge d'instruction et maintenant le bouclier fiscal ont disparu.

Un tabou est tombé

En ce qui concerne la réforme des retraites, il y avait, au moment où le gouvernement avait décidé de s'attaquer à ce problème, un discours ambiant et assez ambivalent des deux côtés de l'échiquier politique. La majorité affirmait que tout devait être mis sur la table, qu'aucune solution, a priori ne devait être écartée. Aucune, sauf l'atteinte au bouclier fiscal. La gauche répondait qu'elle était prête à discuter. Qu'aucune solution ne devait être écartée. Aucune, sauf l'âge légal de départ à la retraite. Donc, chacun avait conscience de la nécessité de réforme profonde, mais chacun avait son tabou. Un tabou d'ordre symbolique et politique, plus qu'économique et social. Nicolas Sarkozy et la majorité viennent de faire tomber le leur (le bouclier fiscal). La gauche se retrouve dans la posture, réelle ou supposée, de boulet conservateur.

Il y a plusieurs façons, pour l'opposition, de réagir à la manière dont la majorité veut réformer les retraites: l'opposition de principe, vers laquelle, les toutes premières réactions -syndicales du moins- semblent se diriger, ou le «chiche», jamais tenté par la gauche mais qui pourrait aussi avoir -dans certains cas, celui là par exemple- son efficacité.

Parce qu'à ce stade, avant que l'on sache vraiment à quels revenus et à quel niveau le gouvernement entend s'attaquer pour financer les retraites, on est face à un cadre qui devrait être acceptable par la gauche. Il y a certainement du «grain à moudre», comme disait André Bergeron. Le gouvernement a fait tomber un tabou. La gauche peut soit s'y engouffrer et tenter d'obtenir le maximum, soit continuer à faire semblant d'être face à une affreuse majorité conservatrice. C'est un peu comme lors de la discussion sur le service minimum dans les transports publics, le gouvernement avait rédigé un projet à cent lieues de ce qui était annoncé pendant la campagne et que l'on appelle maintenant la loi de «service minimum» dans les transports en commun pour les jours de grèves. Qui est en réalité une loi de prévention des conflits que l'on pourrait très bien juger d'inspiration CFDT. C'est une loi qui n'empêche pas la grève et qui favorise la résolution des conflits. La gauche s'y était opposée parce que ça l'arrangeait de caricaturer le projet et la droite était ravie, elle, que la gauche appose le sceau de la réforme audacieuse sur une réforme finalement très modérée.

La gauche osera-t-elle le «chiche» pour les retraites? Pour cela, il faudra qu'elle accepte de se libérer de son tabou à elle: la retraite à 60 ans. Nicolas Sarkozy, c'est vrai, n'a plus grand-chose du sarkozysme de 2007, plus rien même, mais il peut se prévaloir d'une autre qualité qui plait en temps de crise: le pragmatisme...

Thomas Legrand

Photo: REUTERS/Laszlo Balogh

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