Politique

Derrière l'hypothétique destin présidentiable d'Anne Hidalgo, le déclin du Parti socialiste

Temps de lecture : 3 min

En imposant la maire de Paris comme candidate à l'élection présidentielle de 2022, Olivier Faure organise un appareil électoral centralisé et réduit, sans toutefois espérer gagner.

Anne Hidalgo, le 30 juin 2021, à Paris. | Geoffroy van der Hasselt / AFP
Anne Hidalgo, le 30 juin 2021, à Paris. | Geoffroy van der Hasselt / AFP

Le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) semble avoir choisi, avant tout vote des militants à jour de cotisation (mais combien sont-ils?) la candidate du PS à l'élection présidentielle d'avril prochain: Anne Hidalgo, actuelle maire de Paris, en prise avec deux sujets majeurs –l'état de Paris et les JO de 2024. Indiquons tout de suite que, avec un certain esprit de responsabilité, elle ne pourrait faire des JO de Paris une réussite si aux yeux du monde, la principale organisatrice de l'événement sportif ne récoltait que 8% ou 9% au premier tour.

Installée par Bertrand Delanoë à sa succession, la nouvelle édile n'avait pas manqué de liquider plusieurs cadres de l'ère Delanoë avec un manque de civilité non feint. Jusqu'alors, la municipalité parisienne comptait de nombreux poids lourds capables de succéder à l'ancien maire: Jean-Pierre Caffet, Patrick Bloche, Marie-Pierre de La Gontrie (qui revendiquait ouvertement ses sentiments pour le moins contrastés à l'égard de la première adjointe), Christophe Caresche, Sandrine Mazetier et quelques autres. Las, le choix se portant sur Anne Hidalgo, une purge implacable frappa nombre d'anciens adjoints ou conseillers.

Le 5 avril 2014, la maire tout juste élue, Anne Hidalgo, et le maire sortant, Bertrand Delanoë, quittant l'Hôtel de ville de Paris. | Joel Saget / AFP

Au cours des déjeuners de majorité au Salon Chéret pendant le premier mandat Delanoë, Anne Hidalgo s'effaçait devant la verve et l'énergie de Bloche et de La Gontrie, en plus d'être invisibilisée par le duo Bernard Gaudillère et Nicolas Revel, directeur et directeur de cabinet adjoint de Bertrand Delanoë. Georges Sarre avait malice à raconter que le rôle d'Anne Hidalgo se bornait, chaque 8 mars, à le solliciter pour distribuer des roses aux passantes… Les participants aux déjeuners de majorité se souviennent plus de la déclaration emphatique de la première adjointe tonitruant un jour qu'elle venait de rencontrer Zapatero. (Un destin se préparait.)

Au-delà de la très hypothétique destinée présidentiable d'Anne Hidalgo, c'est le déclin historique du Parti socialiste qu'il faut pointer pour bien comprendre ce qui se déroule sous nos yeux.

L'euthanasie du PS

Les réformes statutaires du PS ont plongé celui-ci dans une sorte d'illibéralisme social-démocrate à l'échelle du parti. Jadis, les militants débattaient localement de textes –motions– chargés de fixer, dans un débat démocratique et parfois musclé, l'axe de l'action des socialistes pour les années suivantes. Le calendrier du congrès du parti n'a cessé d'évoluer vers la personnalisation des enjeux. Les motions –désormais renommées «textes d'orientation», TO– n'ont plus qu'une importance relative. Il faut dire que depuis plusieurs décennies, l'exercice s'est recroquevillé sur une collecte de soutiens de caciques locaux et de rapports de force surjouant les enjeux idéologiques.

Les mutations de calendriers des congrès ont porté un rude coup à une forme d'éthique démocratique militante. En faisant voter sur les textes d'orientation puis sur l'élection du premier secrétaire, on sabote en fait ce qui fit longtemps le moment-clé, l'apogée du processus des congrès socialistes: la commission des résolutions et la désignation de la direction du parti. Elle portait au sommet l'affrontement civilisé pour des textes, une synthèse, une majorité, une minorité. Sans cette méthode, pas de congrès du Globe en 1905, pas de congrès de Toulouse en 1908…

Au fil des ans, la vie du PS a
commencé à ressembler à un «teen movie» américain.

Évidemment, si le Mitterrand du congrès de Metz avait été piégé par la logique de l'opinion et de la popularité, il est peu probable que les 110 propositions auraient vu le jour et qu'il aurait été élu en 1981. Les réformes statutaires du PS, successives depuis vingt ans, ont contribué à placer la vie militante en sédation profonde.

Au fil des ans, la vie du PS a commencé à ressembler à un teen movie américain. Les militants se prennent en photo, les publient, sont «fiers de» aider Anne Hidalgo / aider Raphaël Glucksmann / avoir œuvré pour telle ou telle mesure en tant qu'adjoint au maire. Les publications du PS ont toutes disparu. L'effort programmatique s'est envolé. La formation est inexistante. Les connaissances historiques sont nulles. Aucune fausse conscience traversant le ciel n'échappe en revanche au PS qui s'entiche de toutes les modes et de toutes les vulgates possibles et imaginables.

Une cour mérovingienne dans le réduit parisien

Olivier Faure a, devant la force des événements –c'est-à-dire du déclin historique de la social-démocratie– choisi de faire d'un vieux parti aux vieilles traditions un appareil électoral centralisé et réduit. Depuis longtemps, la supernova électorale socialiste semblait vouée à devenir une naine blanche. Cette petite comparaison astrophysique va bien à un parti qui dirigeait tout en 2012 et se retrouve désormais aux confins de la marginalité politique.

En choisissant d'autorité Anne Hidalgo, le patron du PS organise son réduit électoral, sans toutefois évidemment espérer gagner. L'est de Paris (peu mobilisé) et quelques bastions de province sont un atout très mineur dans la vie politique de notre pays. Anne Hidalgo a fort à faire pourtant, entre le mécontentement dans sa ville qui dépasse désormais la simple opposition de droite et l'organisation des JO. En l'imposant, Olivier Faure conserve la direction du PS mais il n'est pas certain que la pré-campagne avançant et les scores sondagiers demeurant au plus bas, une nouvelle révolution de palais ne pousse l'édile de Paris vers la sortie et permette d'arrimer le PS à EELV. Quel sera donc le prix de cette tactique du «Hidalgo à tout prix»?

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