Société / Culture

La série «Brooklyn Nine-Nine» est de retour et parle (enfin) des violences policières

Temps de lecture : 3 min

La dernière saison de la comédie peut-elle survivre à l'évolution de l'opinion publique à vis-à-vis de la police américaine?

Les nouveaux épisodes de la sitcom, abordent le contexte actuel des États-Unis à travers la vie de ses personnages évoluant dans un commissariat new-yorkais. | Capture d'écran via YouTube 
Les nouveaux épisodes de la sitcom, abordent le contexte actuel des États-Unis à travers la vie de ses personnages évoluant dans un commissariat new-yorkais. | Capture d'écran via YouTube 

À bien des égards, la série Brooklyn Nine-Nine est un miracle. Créée par Dan Goor et Mike Schur, elle était exceptionnellement profonde pour une comédie d'une demi-heure en abordant des questions telles que le harcèlement au travail et la discrimination –sans jamais paraître ni racoleuse ni moralisatrice– tout en maintenant quantité de blagues à mourir de rire. Après son annulation par la Fox News en 2018, le tollé fut tel que face à la mobilisation des fans, NBC l'a ramenée d'entre les morts dès le lendemain de l'annonce.

Pour autant, sa huitième et dernière saison, dont le premier épisode a été diffusé le 12 août, pose une sacrée question: comment une comédie sur une bande de flics gaffeurs peut-elle continuer à exister dans le sillage des manifestations consécutives à la mort George Floyd, dans un monde où il est devenu impossible d'ignorer la prévalence des violences et de la corruption policières?

Bon flic, mauvais flic

Le premier épisode, «The Good Ones», donne le ton de la saison. Sachant qu'elle ne peut les ignorer, la série aborde frontalement les problèmes actuels aux États-Unis. On découvre Charles, qui exhibe le poing Black Power de Terry et se vante d'écouter des podcasts contre le racisme; Rosa, elle, démissionne pour devenir détective privé et aider les victimes de violences policières; quant à Jake, dans une démarche not all cops (pas tous les flics), il tente d'aider Rosa sur sa dernière affaire, affirmant qu'il est, comme le titre de l'épisode l'indique: «Un des bons.»

Mais en face d'un autre flic qui avance la même argumentation, il se rend compte du mensonge qu'il se raconte. Le policier en question n'a aucun scrupule à effacer les images incriminantes de sa caméra piétons, expliquant qu'ils peuvent ainsi ignorer la victime. Sauf que rien n'est entrepris pour sanctionner les officiers de police qui posent problème, car chaque étape semble conçue pour leur éviter de faire face à de réelles conséquences. La fin de l'épisode évite toute résolution réelle de la situation; en fait, il se termine par un silence gênant. Jake a fini par comprendre la démission de Rosa, et son choix (de rester dans la police de New York) n'est plus si facile à assumer.

Ce dilemme est un gros problème pour Brooklyn Nine-Nine: il est impossible que tous les personnages de la série quittent la police en signe de protestation, sinon il n'y aurait tout simplement plus de série. Mais il n'est pas non plus envisageable qu'ils continuent à travailler comme si de rien n'était, sans donner d'explications: ils passeraient pour des sympathisants ou des ignorants de la brutalité policière.

C'est là que la nouvelle saison (ou du moins les cinq épisodes qui ont été envoyés aux médias) est coincée. La série ne peut échapper à la mentalité «mais ces flics-là sont bons», comme le montre le refus des personnages principaux –et uniquement des personnages principaux– de participer à une grève pour protester contre les préjugés anti-flics.

En dire, mais pas trop

Dans le cinquième épisode, intitulé «PB&J», Jake se demande si Doug Judy, le criminel avec lequel il s'est lié d'amitié, mérite vraiment la prison. Ses tentatives pour l'aider montre les limites scénaristiques de la série, car il est impossible que Jake et ses collègues s'attaquent au système carcéral ou à la question de la violence policière et des démantèlents dans un épisode d'une demi-heure... et même dans une saison entière.

Certains des nouveaux épisodes font complètement abstraction du contexte actuel. Chacun est convaincant en soi, mais il n'y a pas vraiment de fil conducteur, ni de logique dans la suite des événements. Par exemple, le mariage du capitaine Holt bat de l'aile en raison des pressions qu'il subit en tant que capitaine de police noir, mais les tentatives de résolution de ses problèmes conjugaux dans les épisodes suivants n'abordent pas la source du stress qui en est à l'origine. Cela ne veut pas dire que chaque épisode doit avoir une grande morale, car la série risquerait alors de paraître aussi peu sincère que le personnage de Charles, qui cherche désespérément à s'assurer que tout le monde remarque la prise de conscience qui a changé sa vie.

Ainsi, dans ce jeu d'équilibre, Brooklyn Nine-Nine fait de son mieux tout en restant une série drôle et bon enfant. Et tant mieux si la série touche à sa fin. Les scénaristes ne peuvent pas explorer de nouvelles approches sans donner l'impression de forcer le trait. Mais la série est un exploit, on l'a vu. Le fait que les nouveaux épisodes se penchent sur la situation difficile dans laquelle se trouvent ses personnages est prometteur pour son final –et pour son héritage.

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