Société / Sports

La préparation des JO 2024 de Paris avance dans la discorde

Temps de lecture : 6 min

Pour les Parisiens, il sera difficile de passer à côté de l'événement, que cela leur plaise ou non.

La majeure partie des compétitions se tiendront dans des structures ad hoc disséminées à travers la ville et dans ses alentours. | Thomas Coex / AFP
La majeure partie des compétitions se tiendront dans des structures ad hoc disséminées à travers la ville et dans ses alentours. | Thomas Coex / AFP

Les Jeux olympiques vont devoir se serrer la ceinture. Après des décennies durant lesquelles les villes hôtes se sont remplies de vélodromes ou de stands de tir inutiles, le Comité olympique international a décidé de revoir ses exigences à la baisse –pas par simple gentillesse, figurez-vous, mais parce que les villes commençaient à ne plus se porter candidates.

L'accent sera donc désormais mis sur les structures temporaires et l'adaptabilité. Et c'est à Paris, où seront organisés les Jeux olympiques de 2024, que cette nouvelle formule sera testée.

Des JO low-cost?

Au lieu de se tenir dans un seul grand parc olympique isolé accueillant tous les journalistes, les athlètes et les stades, les JO de Paris seront répartis dans la ville et sa banlieue. Et au lieu d'une dizaine de stades flambant neufs, Paris ne va en construire que quelques-uns et va utiliser des infrastructures temporaires ou plus anciennes pour le reste.

Le site le plus important, le Stade de France, aura alors plus de 25 ans et la majeure partie des compétitions se tiendront dans des structures ad hoc disséminées à travers la ville et dans ses alentours: escrime au Grand Palais, équitation au château de Versailles, breakdance place de la Concorde (oui, il y aura une médaille d'or du meilleur b-boy et de la meilleure b-girl en 2024), lutte gréco-romaine face à la tour Eiffel… et une cérémonie d'ouverture sur la Seine. Pour les Parisiens, il sera difficile de passer à côté de l'événement, que cela leur plaise ou non.

Et concernant le prix? Pour la première fois, le budget de la construction (3,35 milliards d'euros) est inférieur au budget de l'événement lui-même (3,9 milliards d'euros). De tels budgets pourraient rendre les Jeux olympiques de 2024 énormément moins chers que ceux de Londres, Sotchi, Rio ou Tokyo –ces derniers, à en croire les contrôleurs japonais, pourraient s'élever à plus de 20 milliards de dollars (mais, bien entendu, il reste encore beaucoup de temps avant 2024 et rien ne dit que Paris ne va pas exploser son budget).

Une meilleure image de la banlieue

La majeure partie des investissements est destinée à la Seine-Saint-Denis, qui est le département le plus pauvre du pays. Redistribution morale et civique? Opportunité de développer des sites dans des zones densément peuplées? Pourquoi pas les deux? Les organisateurs pensent que placer le centre de gravité des JO dans la banlieue délaissée du nord-est de Paris permettra non seulement de créer des emplois, mais aussi de susciter un sentiment de fierté et d'appartenance dans cette partie de la métropole habituellement dédaignée par les habitants du Paris intra-muros. Les Jeux de 2024 pourraient enfin être des Jeux qui font du bien. En décembre dernier, un sondage Harris a d'ailleurs révélé que 84% des Français les voyaient d'un œil favorable.

«Nous souhaitions renforcer les liens entre Paris et la Seine-Saint-Denis, en nous assurant que la Seine-Saint-Denis en profite», affirme Patricia Pelloux, qui codirige le think tank d'urbanisme APUR et a fait partie du comité pour l'attribution des Jeux olympiques à Paris. «C'est un département qui a connu des difficultés, mais on y rencontre beaucoup d'énergies.»

Le site principal se trouvera à moins d'un kilomètre du Stade de France. | Métropole du Grand Paris / AFP

Le village olympique sera situé à Saint-Denis, sur des terrains industriels récupérés en bordure de Seine. Par la suite, les dortoirs seront reconvertis en près de 3.000 appartements. Patricia Pelloux explique que des exemples de ce concept sont visibles à quelques kilomètres, sur le site de Clichy-Batignolles, immense écoquartier aménagé sur une ancienne friche industrielle dans le cadre de la candidature de Paris pour l'organisation des Jeux olympiques de 2012 (ce fut Londres qui emporta la mise), qui commence à se développer joliment.

«Nous souhaitions renforcer les liens entre Paris et la Seine-Saint-Denis, en nous assurant que la Seine-Saint-Denis en profite.»
Patricia Pelloux, codirigeante du think tank APUR

Le village olympique des Jeux de 2024 sera situé à moins d'un kilomètre du Stade de France et du nouveau bassin olympique (le premier de cette taille bâti à Paris depuis les JO de 1924 et un vrai bénéfice pour les habitants de cette ville où un enfant de sixième sur deux ne sait pas nager).

Ambre, lycéenne passionnée de tennis, a grandi à Saint-Denis. «Ce n'est pas une ville qui a une bonne réputation, me dit-elle. Les Jeux olympiques, ça va nous donner une meilleure image. Mais quand on en parle aux gens d'ici, ils sont très réticents. C'est la banlieue

Déceptions et controverses

À Londres et à Rio de Janeiro, les investissements faits dans le cadre des Jeux olympiques avaient été accusés d'être des prétextes à une gentrification, un embourgeoisement de la ville. En Seine-Saint-Denis, c'est une préoccupation qui ne date pas d'hier, mais la plus grande inquiétude est que les autorités commencent déjà à abandonner ou à repousser leurs promesses les plus importantes à mesure que les échéances approchent et que le budget se resserre. En décembre déjà, le département a perdu un site de volley-ball et un projet de piscine destiné aux entraînements a été abandonné en mars dernier.

La nouvelle la plus décevante a été l'annonce du report de l'ouverture des trois lignes du futur métro du Grand Paris (15, 16 et 17), qui auraient toutes dû desservir la nouvelle gare ferroviaire proche du village olympique. Au lieu de cela, un nouveau prolongement de la ligne 14 du métro ralliera le site à temps pour l'ouverture des Jeux. Contrairement aux lignes 15, 16 et 17, qui relieront un jour le nouveau centre des activités olympiques au reste de la Seine-Saint-Denis, la ligne 14 part directement vers le sud pour gagner le centre de Paris.

Si cela n'a pas beaucoup d'importance pour les athlètes qui résideront dans les dortoirs des environs ou pour les spectateurs qui séjourneront dans les hôtels de la capitale, l'absence de ces liaisons pénalisera les habitants de banlieue qui travailleront pour les J.O ou qui souhaiteront assister aux compétitions, ce qui fera mentir le message proclamé sur la bannière accrochée à l'extérieur du village olympique: «Saint-Denis, à nous les Jeux!». Avec les transports en commun, qui, dans l'esprit des organisateurs, devraient permettre de conduire tout le monde vers les sites des compétitions, le pôle olympique de Seine-Saint-Denis sera plus facilement accessible depuis le centre de Paris que depuis la plupart des banlieues voisines.

La plus grande inquiétude est que les autorités commencent déjà à abandonner ou à repousser leurs promesses les plus importantes.

Avec la ligne 15, par exemple, seuls deux arrêts auraient séparé le village olympique du bassin d'entraînement de la piscine olympique en construction à Aubervilliers, à quelques kilomètres à l'est. Au lieu de cela, l'athlète qui souhaite rejoindre ladite piscine depuis le site olympique doit actuellement effectuer un trajet pénible de quarante minutes en bus, qui passe au-dessus du canal, sous les voies de chemin de fer et longe d'étroites rues commerçantes bordées de boulangeries, de kebabs, de pharmacies, de magasins discount et de boutiques de saris, de wax africains et de costumes pour hommes.

Le fait que, à trois ans de l'événement, cette piscine d'entraînement soit sans doute le projet le plus controversé montre bien à quel point l'impact des Jeux olympiques de Paris 2024 sur la ville reste limité.

«Ce n'est pas le béton qui va nous nourrir»

Le problème est que la construction de ce bassin impliquerait le déplacement d'une vingtaine de parcelles des jardins ouvriers locaux, qui permettent aux habitants de profiter d'un peu de verdure et de faire des plantations depuis des générations. Il faut les voir aller et venir avec leurs cabas plein de tomates et de salades vertes pour comprendre. Comme pour de nombreux autres jardins communautaires, les défenseurs de ceux-ci affirment qu'ils représentent un atout précieux pour le quartier –au point qu'ils s'ouvrent désormais au grand public pour la première fois de leur histoire.

L'acceptation de la candidature de Paris à l'organisation des JO est encore contestée. | Christophe Archambault / AFP

Un groupe de jeunes squatters venus de tout le pays s'y est installé. Ils marchent pieds nus entre les cailloux et les fruits écrasés jusqu'à un campement niché à l'ombre de barricades de paille et de boue. Les bulldozers sont rassemblés de l'autre côté. «Ce n'est pas le béton qui va nous nourrir, lance l'un des protestataires. Moins de béton, plus de melons!». Non à l'embourgeoisement, non aux Jeux olympiques, non à la nouvelle ligne de métro.

Non loin de là, au Café Casanova, Karim, père de quatre enfants, qui vit dans le quartier depuis une dizaine d'années, a toutefois un point de vue différent. «On aimerait bien avoir quelque chose pour les enfants», dit-il en parlant de la nouvelle piscine olympique. Il aimerait que ses enfants aient un endroit pour pouvoir nager. «Regardez autour de vous. Il n'y a rien ici, à part un café et un terrain de foot. Ça va rendre le quartier plus vivant, même si c'est dommage pour les jardins ouvriers. On ne peut pas faire plaisir à tout le monde.»

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