Parents & enfants / Santé

Le pass sanitaire, une charge mentale supplémentaire pour les femmes

Temps de lecture : 3 min

[TRIBUNE] Les nouvelles mesures prévues dans leur format actuel alimentent les dissensions et dilemmes au sein des familles.

Présentes dans les rassemblements, souvent avec leurs enfants et familles, les femmes manifestent vivement. Ici à Bordeaux, le 7 août 2021. | Philippe Lopez / AFP
Présentes dans les rassemblements, souvent avec leurs enfants et familles, les femmes manifestent vivement. Ici à Bordeaux, le 7 août 2021. | Philippe Lopez / AFP

«Le Covid-19 est une crise avec un visage féminin», a déclaré le secrétaire général des Nations unies, António Guterres. En ces temps de guerre totale contre le virus, au cœur d'une quatrième vague épidémique et la promesse de moments difficiles, la stratégie retenue par le gouvernement est la vaccination de la majorité de la population française. L'objectif affiché de 50 millions de Français vaccinés à la fin août inclut les mineurs à partir de 12 ans.

En accompagnement de cette stratégie, un décret et une loi régentent la vie quotidienne des Français, mineurs inclus, par le biais d'un pass sanitaire interne à la France, assorti de conditions drastiques. Et voici les familles touchées au cœur, parce qu'elles sont confrontées à des choix bien inhabituels et binaires dans un contexte de forte incertitude.

Les titulaires de l'autorité parentale sont responsables des soins de santé de leurs enfants. En réalité, ce sont les femmes qui décident majoritairement sur ces questions au sein des foyers. Déjà fortement sollicitées depuis le début de la crise dans leurs sphères familiales comme professionnelles, elles sont à nouveau incitées à trancher pour elles, mais aussi pour leurs adolescents, sans délai. Présentes dans les rassemblements, souvent avec leurs enfants et familles, elles manifestent vivement. Le pass sanitaire aura-t-il raison de leur patience?

Les femmes en première ligne décisionnelle dans les familles

Les femmes sont actuellement plus vaccinées que les hommes en France. Plus proches du système de santé parce qu'elles sont souvent chargées des soins médicaux des enfants, elles sont sensibles aux questions de santé publique.

La stratégie de vaccination étendue aux adolescents, sous peine d'exclusion d'une partie significative de leur vie, plonge les familles dans de véritables dilemmes. Si la vaccination des parents et grands-parents peut être jugée indispensable, il n'en est pas de même lorsqu'il s'agit de trancher pour et avec les plus jeunes. L'attendu retour à la «vie normale» n'est nullement garanti, comme en témoigne l'évolution de la situation en Israël.

Par ailleurs, l'ouverture de la vaccination aux adolescents en France a été faite avant même le rendu de l'avis du comité d'éthique saisi pour l'occasion. Ce dernier s'interroge pourtant avec justesse, en demandant s'il est «éthique de faire porter aux mineurs la responsabilité, en termes de bénéfice collectif, du refus de vaccination d'une partie de la population adulte». Enfin, ce sont des ressorts de décision bien particuliers qui sont sollicités lorsque l'on incite des parents à faire entrer des jeunes dans un schéma vaccinal sans réel recul, malgré toutes les études rassurantes. Agir peut être vécu comme une prise de risque, et le statu quo resterait la solution réflexe préférée.

Face à de légitimes questionnements, les réponses ne sont pas toujours satisfaisantes. Hésiter et ne pas faire vacciner ses enfants en urgence reviendrait à les brimer. Priver des jeunes d'accès aux clubs de sports, mais aussi aux conservatoires et autres bibliothèques municipales revient à les empêcher de se construire, se découvrir, s'accomplir, de partager des activités avec leurs parents et, surtout, de s'intégrer à une société dont il est régulièrement fait le constat qu'elle est si peu inclusive. Une fois empêchés d'accès, même temporairement, qui peut garantir que ces adolescents reviendront vers ces structures, une fois vaccinés?

Hasard ou pas, c'est une femme, Yaël Braun-Pivet, à l'Assemblée, qui a «défendu, à titre personnel, un amendement visant à ne pas l'appliquer (le pass sanitaire) aux mineurs». Ou en tous cas, pas urgemment.

Des décisions peu confortables pour les futures mères

Bonne fée, Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, a annoncé aux femmes enceintes de moins de trois mois, pour lesquelles il y avait un flou sur l'opportunité de la vaccination contre le Covid, qu'elles auraient un pass sanitaire. Très vite, les précisions se font plus officielles pour les futures mères. Le ministre de la Santé annonce l'absence de contre-indication à la vaccination pour les femmes enceintes. Et pour mieux convaincre, il invite les caméras lorsqu'il vaccine lui-même sa collègue secrétaire d'État, enceinte. Un acte engagé, étonnant aussi parce qu'il illustre une sorte de verticalité: le ministre de la Santé décide et applique, de ses propres mains, ses recommandations. L'image n'aurait-elle pas été plus convaincante et réaliste avec un(e) infirmièr(e) auprès de la future mère?

Affirmer qu'il n'y a pas d'incertitude pour les femmes enceintes, comme cela est prouvé par les études, ne suffit cependant pas à rendre la décision de vaccination confortable pour ces dernières. La vaccination est une chance peut-être, puisqu'elles sont considérées comme plus vulnérables. Mais l'injonction de le faire dans l'urgence n'est-elle pas aussi une forme de violence que l'on pourrait épargner aux femmes dans cette période particulière, en leur laissant simplement le choix?

La crise sanitaire bouleverse la société. Les nouvelles mesures prévues dans leur format actuel alimentent les dissensions et dilemmes au sein des familles. La charge mentale des femmes n'était-elle pas déjà assez lourde depuis dix-huit mois? Elles pourraient bien reprendre à leur compte, pour décrire leur état d'esprit actuel, les mots d'une autre femme députée critiquant les conditions de travail sur le projet de loi instaurant le pass sanitaire: «Nous sommes exaspérées.»

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