Sports / Culture

Sport de haut niveau au cinéma, une reconversion très prisée (surtout par les hommes)

Temps de lecture : 10 min

Dans «Nadia, Butterfly», une nageuse canadienne brille par son talent d'actrice. Elle n'est pas la première sportive à accéder au grand écran, même si là encore, les hommes restent majoritaires.

Le film de Pascal Plante propose une immersion dans le milieu des nageuses professionnelles. | Les Alchimistes
Le film de Pascal Plante propose une immersion dans le milieu des nageuses professionnelles. | Les Alchimistes

Avant de devenir réalisateur, Pascal Plante était nageur. Si le Québécois n'a jamais participé aux Jeux olympiques (il a échoué à se qualifier pour l'édition pékinoise de 2008), il a néanmoins connu le haut niveau à l'échelle nationale et continentale. Des études de cinéma plus tard, Plante s'est reconverti en metteur en scène, pour des débuts convaincants. Il faut voir Les Faux Tatouages, disponible chez nous en vidéo à la demande, et se ruer sur Nadia, Butterfly, son deuxième long-métrage, qui sort dans les salles françaises ce 4 août.

Si Les Faux Tatouages se tenait loin, très loin des bassins, Nadia, Butterfly propose au contraire une immersion dans le milieu des nageuses de haut niveau. Son héroïne, âgée de 23 ans, dispute les JO de Tokyo, en individuel et en équipe, peu après avoir annoncé qu'elle comptait mettre un terme à sa carrière de sportive professionnelle. Nadia est jeune, mais Nadia n'en peut plus: elle veut vivre hors de sa ligne d'eau et découvrir d'autres horizons.

Passionnant, le film est auréolé du macaron Cannes 2020, festival qui n'a pas eu lieu pour les raisons que l'on connaît, mais dont la sélection avait néanmoins été dévoilée. Sa sortie tombe évidemment à point nommé, d'autant que l'interprète de Nadia, Katerine Savard, est elle-même une nageuse de haut niveau, en lice aux Jeux olympiques de Tokyo. Elle a notamment participé aux séries du 4 x 200 mètres nage libre, qui ont permis au Canada de se qualifier pour la finale.

L'équipe a finalement terminé quatrième, sans Katerine Savard dans ses rangs. Cette dernière a également disputé l'une des demi-finales du 100 mètres papillon, dont elle a terminé huitième et dernière. Nadia, Butterfly, lui, s'ouvre sur une déception d'un autre ordre: donnée parmi les favorites, Nadia termine quatrième. Ne lui reste plus que le relais pour tenter de finir sa carrière de nageuse avec une médaille.

Katerine Savard, intense en tous milieux

Ce qui impressionne notamment dans le film de Pascal Plante, ce sont les séquences sportives, qui doivent énormément à la mise en scène nerveuse du cinéaste, mais également à l'abnégation d'actrices choisies parmi des nageuses de compétition. Le choix inverse (engager des interprètes professionnels et leur imposer un entraînement de plusieurs mois) est souvent plus coûteux en terme de temps et de budget. Là, en se servant directement dans un vivier de nageuses, le réalisateur s'assure une crédibilité maximale.

La course olympique du relais canadien nous est restituée avec intensité. Mais même en dehors du bassin, les nageuses impressionnent. Au premier rang, Katerine Savard, dont la prestation éblouit du début à la fin. Elle insuffle au personnage de Nadia une noirceur teintée d'inquiétude, celle d'une jeune femme qui n'a fait que nager pendant des années et qui se demande comment redonner du sens à une vie qui ne fait que commencer.

Le thème est d'autant plus d'actualité que le forfait de la gymnaste Simone Biles (pour des raisons qui sont loin de ne relever que de la simple lassitude) a relancé le débat sur la santé mentale des athlètes. Libération rappelait par exemple quelques noms de sportifs et sportives qui se disaient écrasé·es par le vide de leur existence après l'avoir consacrée à nager, pédaler ou frapper dans une balle.

On ignore si Katerine Savard, pour qui ces JO étaient probablement ses derniers, envisage de se reconvertir en actrice, mais elle en a vraisemblablement toutes les qualités. Si Nadia, Butterfly dépasse aussi brillamment son statut parfois méprisé de film de sport, c'est aussi, voire, surtout grâce à elle.

Rarement des sportifs ou des sportives avaient, comme elle, mis leur carrière entre parenthèses pendant quelques semaines afin de tenir le rôle principal d'un film. En revanche, le milieu cinématographique semble constituer un véritable pôle d'intérêt pour bon nombre d'athlètes, dont la carrière s'achève à plus ou moins 30 ans, ce qui laisse le temps d'envisager tranquillement sa reconversion. Surtout si on a gagné confortablement sa vie durant sa carrière sportive.

Vinnie Jones, boucher sur le terrain et à l'écran

On se souvient par exemple de Vinnie Jones, footballeur britannique ayant joué pour l'équipe nationale du Pays de Galles à neuf reprises. Le milieu défensif à la mine patibulaire était moins connu pour ses performances sportives que pour son jeu extrêmement rugueux, essentiellement pratiqué au sein du Wimbledon FC. Peu enclin à la douceur, Jones était l'un des fers de lance d'un groupe de joueurs surnommé Crazy Gang, réputés pour leurs attitudes potaches et machistes.

Cette gueule et cette attitude n'ont pas échappé à Guy Ritchie, qui fit de Jones l'un des innombrables acteurs principaux de son premier film, Arnaques, Crimes et Botanique, avant de l'embaucher de nouveau pour Snatch, sa réalisation suivante. Sans surprise, Jones aime jouer les hommes de main avec lesquels il vaut mieux ne pas rigoler, rôle qui lui a été confié dans l'immense majorité de la cinquantaine de films dans lesquels il a joué depuis 1998.

Un réalisateur a cependant exploité différemment sa virilité taciturne: il s'agit du Japonais Ryuhei Kitamura, qui l'a dirigé dans le film d'horreur Midnight Meat Train. Il y incarne un tueur en série qui sévit la nuit, dans des rames de métro désertées, et qui fait l'objet de la fascination d'un photographe joué par Bradley Cooper. Tendu et sanglant, le film vaut plus d'un détour, et a de quoi faire de Vinnie Jones le personnage principal de certains de vos cauchemars.

Jason Statham le plongeur

Jones n'est pas le seul ancien sportif professionnel à avoir débuté dans Arnaques, Crimes et Botanique. C'est également le cas d'un certain Jason Statham, devenu depuis l'une des valeurs sûres du cinéma d'action mondial, et dont on oublie trop souvent qu'il fut d'abord membre de l'équipe de plongeon britannique. Et chevelu.

En termes de choix de films, Statham ne fait pas toujours dans la dentelle. Dans les films où il s'illustre, il y a souvent plus de testostérone que de neurones. Mais lui balade sa classe naturelle et son sourcil levé avec une désonvolture assez séduisante. L'acteur n'est jamais aussi agréable à suivre que dans des univers too much ou teintés de second degré, ce qui est malheuresement trop rare. Mais les deux Hyper tension, signés par Mark Neveldine et Brian Taylor, resteront dans les annales: pour les résumer, ces films ressemblent à deux remakes successifs de Speed, mais avec Statham dans le rôle du bus.

Au jeu du marabout, bout de ficelle, Jason Statham nous mène jusqu'à un certain Dwayne Johnson, alias The Rock. D'abord à deux doigts de devenir footballeur américain professionnel, il vit son projet contrarié par des blessures et une dépression. Johnson a ensuite suivi le modèle de son père et de son grand-père pour intégrer la WWF, principale fédération américaine de catch. Une discipline aussi physique que folklorique, dont il devient une star, et qui débouchera tout naturellement sur une nouvelle carrière d'acteur.

Aujourd'hui, The Rock est l'un des acteurs les plus bankables de Hollywood. Il est rare qu'un été cinéma se déroule sans lui, et pour cause: son physique imposant est loin d'être son seul et unique atout. À l'aise dans le registre comique, il est le client idéal pour insuffler du peps aux comédies d'action (Agents presque secrets) et aux comédies d'aventure tous publics (les deux Jumanji nouvelle version sont de vraies réussites). Dwayne Johnson, on l'aime d'amour. Tout simplement.

Les footballeurs français, loin du cinéma d'action

Il est finalement assez logique que des sportifs costauds et virils finissent par s'épanouir dans le cinéma d'action. Ce fut également le cas de Bud Spencer (qui défendit les couleurs de la natation italienne aux JO de 1952 et 1956) ou de Jérôme Le Banner (champion de kick-boxing devenu un second rôle habitué des films français bourrins). D'où la nécessité de signaler les grands noms du sport qui empruntent d'autres trajectoires. Du côté du football français, Dominique Rocheteau et Éric Cantona font partie des exemples à citer. La carrière du premier fut brève, mais surpenante, puisque l'Ange vert s'est illustré dans Le Garçu, de Maurice Pialat.

En 1995, l'ancienne gloire du club de Saint-Étienne racontait à Libération qu'il avait eu une discussion avec Gérard Depardieu à propos de cinéma, et que c'est suite à cette conversation qu'il avait reçu, quelques jours plus tard, un coup de fil de Pialat. Convaincant, tout en douceur et en retenue, Rocheteau n'a hélas pas poursuivi dans cette voie inattendue pour lui.

La démarche de Cantona, elle, fut plus active. Le célèbre numéro 7 de Manchester United a toujours été un artiste dans l'âme, sur le terrain comme en conférence de presse. Dès le spot publicitaire pour les rasoirs Bic, réalisé par Valérie Lemercier et tourné avec son frère Joël, on a senti que le footballeur avait sans doute de vraies dispositions pour la comédie, et plus largement le jeu.

Vingt-cinq ans plus tard, il serait exagéré de dire que King Eric a mené une immense carrière de comédien, mais du Bonheur est dans le pré (où il passe en coup de vent, toujours avec son frangin) jusqu'à Ulysse et Mona (beau drame dans lequel il laisse libre cours à son tempérament d'écorché, face à l'intense Manal Issa), Canto a laissé son empreinte dans la plupart des films où il est apparu.

Peu de grand·es cinéastes lui ont fait confiance, d'où une carrière plus discrète que prévu. Mais il convient de ne pas oublier qu'un certain Ken Loach lui a dédié tout un film, certes pas son meilleur. Dans la comédie Looking for Eric, Éric Cantona jouait Éric Cantona, ami imaginaire sauce Jimini Cricket d'un postier un peu perdu dans l'existence. Et c'était beau à voir, à défaut d'être totalement mémorable.

Il serait injuste de refermer cette parenthèse football français sans évoquer le cas de Frank Leboeuf, champion du monde de football en 1998, qui écume les planches des théâtres parisiens en passant d'une comédie de boulevard à l'autre, mais qui donna également la réplique à Benedict Cumberbatch dans Une merveilleuse histoire du temps, nommé cinq fois aux Oscars 2015. Son rôle de médecin suisse était certes modeste, mais aurait sans doute fait envie à beaucoup d'acteurs.

Le basket américain, un sacré vivier

Il est toujours plus simple de réussir sur grand écran lorsque sa mission consiste à jouer son propre rôle. Avec Space Jam et sa suite, sortie le 21 juillet en France, Michael Jordan puis LeBron James n'ont cependant pas tout à fait choisi la facilité: donner la réplique aux Looney Tunes, c'est prendre le risque d'attirer l'attention sur ses piètres qualités d'acteur. À vingt-cinq ans d'intervalle, les deux hommes s'en sortent avec les honneurs, leur capital sympathie inspirant une certaine indulgence.

Shaquille O'Neal, lui, avait opté pour un projet plus risqué: la comédie Kazaam, dans laquelle il incarne un génie sorti d'une vieille boîte, ne restera pas dans les annales. Son rôle de jeune basketteur coaché par Nick Nolte dans Blue Chips, collait nettement mieux à la personnalité de Shaq, dont la finesse n'a jamais été la plus grande qualité. Depuis, l'ancien basketteur se contente globalement de faire des apparitions, dans son propre rôle.

Quant à Dennis Rodman, qui défraya autant la chronique pour ses performances avec les Bulls que pour ses frasques extra-sportives, sa carrière d'acteur tourna court, puisqu'après un face à face avec Jean-Claude Van Damme (Double Team) et un autre avec le 2Be3 Filip Nikolic (Simon Sez), il a vraisemblablement pu constater que sa cote de sympathie ne lui permettrait pas de séduire le public des salles obscures.

De son côté, Kareem Abdul-Jabaar, recordman du nombre de points marqués en NBA, a connu son heure de gloire après la fin de sa carrière sportive, survenue en 1989. Impayable copilote dans Y a-t-il un pilote dans l'avion?, il avait tourné ses premières scènes en tant qu'acteur sous la direction d'un certain Bruce Lee, alors qu'il était encore basketteur. Après lui avoir donné des cours d'arts martiaux, l'acteur et réalisateur hongkongais lui avait en effet proposé de tourner dans Le Jeu de la mort, son nouveau projet.

Hélas, pour le basketteur retraité, ce tournage initié en août 1972 fut interrompu le temps que Bruce Lee aille tourner Opération Dragon, son premier film produit par la Warner. Cette pause, censée être temporaire, fut fatale au film, puisque Lee mourut d'un œdème cérébral avant d'avoir pu reprendre les prises de vue.

Où sont les femmes?

La prestation de Katerine Savard dans Nadia, Butterfly est d'autant plus réjouissante qu'elle constitue l'une des premières apparitions mémorables d'une sportive de haut niveau au cinéma. La star de catch Ronda Rousey (vue dans Expendables 3 ou Fast and Furious 7) et la championne de MMA, Gina Carano (impériale dans le Piégée de Steven Soderbergh, dont elle tient le rôle principal), se sont certes illustrées dans le cinéma d'action, mais les exemples sont rares.

L'exemple le plus fameux de sportive devenue actrice ne date pas d'hier: c'est celui d'Esther Williams, nageuse américaine qui aurait dû participer aux Jeux olympiques de 1940 si cette édition n'avait pas été annulée en raison de la Seconde Guerre mondiale. Embauchée par la MGM pour tenir d'abord des rôles aquatiques dans des comédies musicales, elle joua finalement dans une trentaine de films, dont une partie contenait des numéros lui permettant de rappeler au public ses qualités de nageuse. Ziegfield Follies et La Première Sirène (biopic d'Annette Kellermann, pionnière de la natation synchronisée) font partie de ses films les plus fameux.

Pourquoi si peu de sportives ont-elles eu l'envie, ou la possibilité de devenir actrices? Sans doute parce que, comme évoqué plus haut, le sport de haut niveau mène très souvent vers le cinéma d'action, discipline monopolisée par les hommes. Hormis Carano et Rousey, dont les filmographies sont plus que courtes, les femmes sont peu nombreuses à avoir eu la possibilité d'utiliser leurs capacités physiques à l'écran. Une femme qui cogne, ça n'est visiblement pas assez vendeur, d'autant que les physiques massifs des championnes ne correspondant pas aux critères de beauté en vigueur à Hollywood.

Bien que les carrières sportives se terminent généralement à un âge peu avancé, on peut aussi imaginer que les championnes souhaitant faire du cinéma soient considérées comme déjà trop âgées par l'industrie cinématographique. Les actrices étant considérées comme périmées dès 40 ans, les studios de production n'ont visiblement aucune envie de prendre des risques en embauchant des actrices ayant déjà dépassé la trentaine. Il semble beaucoup plus simple d'opérer ce type de reconversion lorsqu'on est un homme.

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