Culture

«Frootch», portrait d'une reine de la lose, réussit sa saison 2

Temps de lecture : 4 min

Imaginé, incarné et réalisé par Sarah Treille Stefani, ce podcast désormais disponible en exclusivité sur Spotify n'a rien perdu de sa superbe malgré un casting beaucoup plus professionnel qui aurait pu dénaturer le projet.

Le podcast «Frootch» est désormais disponible en exclusivité sur Spotify. | Paradiso Media
Le podcast «Frootch» est désormais disponible en exclusivité sur Spotify. | Paradiso Media

«J'ai pas osé dire quoi que ce soit à qui que ce soit donc je fais profil bas, je marche sur des œufs à pas de velours en me disant que bon, la vie finira bien par faire un choix à ma place. C'est beaucoup plus confort.»

Sarah est timide. Tellement timide qu'elle n'ose jamais dire non, même quand on lui propose de manger une infâme soupe de poisson pendant un date ou de monter un spectacle à la va-vite pour boucher un trou dans le planning de location d'un théâtre. C'est d'ailleurs sur le bide dudit spectacle que la réalisatrice et comédienne Sarah Treille Stefani clôturait la première saison de Frootch, podcast indépendant de fiction aux allures de micro caché qui avait égayé l'été 2019.

Deux ans plus tard, son personnage de comédienne mal dans sa peau, gaffeuse et qui s'en prend constamment plein la figure par ses proches, revient pour une deuxième saison produite par Paradiso Media et diffusée en exclusivité sur Spotify, faisant ainsi entrer Frootch dans le club très fermé des podcasts mis en avant par le géant du streaming.

La loseuse magnifique

Pas étonnant que les équipes de Spotify aient flashé sur cette fiction au réalisme déconcertant, construite comme un exercice d'improvisation grandeur nature qui brouille sans cesse la limite entre fiction et réalité grâce à des épisodes en plan-séquence. L'auditeur plonge dans le quotidien de Sarah, loseuse magnifique qui tente de percer en tant que comédienne tout en trouvant l'amour, entravée par sa timidité maladive et les injonctions contradictoires dont elle est l'objet à chaque rencontre.

«Je veux vaincre ma timidité, je ne veux plus être à fleur de peau, je ne veux plus être aussi vulnérable», explique Sarah au début de cette seconde saison, justifiant son absence de deux ans par un «beau burn out» dû à l'échec de son spectacle. En 2021, c'est décidé, elle va se prendre en main. Et quoi de plus naturel pour cette accro à Instagram que de prendre rendez-vous avec Juliette Katz, YouTubeuse et influenceuse qui abandonne son pseudo de Coucou les girls pour devenir coach de vie, rôle qui ne nous convainc pas complètement.

Prendre sa vie en main

Premiers conseils de Juliette Katz, qui font écho au générique de la série: arrêter de s'excuser et dire «non» sans se justifier. Des consignes que Sarah tente d'appliquer immédiatement lors d'un rendez-vous avec Ben, producteur influent incarné par le très convaincant Thierry Harcourt. Mais il faut croire que la fermeté de la coach n'aura pas aidé Sarah à prendre son courage à deux mains, puisqu'après quelques refus maladroits, elle finit par accepter de faire du stand-up parce que «c'est ça qui marche aujourd'hui».

Reste à l'annoncer à Marc, metteur en scène despotique qui ne jure que par le théâtre classique, et accessoirement petit ami toxique de Sarah, à qui elle n'arrive pas à tenir tête. Grâce à la prestation de l'excellent Marc Tourneboeuf, qui fait de son personnage de pervers narcissique le deuxième pilier de cette fiction, le retour de Marc rattrape un premier épisode peu convaincant et lance réellement cette seconde saison au casting bien différent de la première.

Le début du succès

Signe que Sarah commence à percer, ses proches laissent la place à des comédiens célèbres, en plus de Juliette Katz: Jean-Pascal Zadi en metteur en scène un brin apathique, Camille Combal en beau-frère de Sarah (réalité et fiction se rejoignent), Alex Ramires et Gérémy Crédeville en compagnons de beuverie moqueurs. Autant de nouveaux personnages qui poussent Sarah à bout, jusqu'au point d'orgue de la saison où tout bascule: sa rencontre avec le comédien Jérôme Niel, parfait dans le rôle du mec sympathique qui ramasse Sarah ivre sur un trottoir avant de s'occuper d'elle «aux petits oignons».

Contrairement à ce qu'on aurait pu craindre, ce casting trois étoiles fait évoluer le format sans dénaturer complètement le podcast. «La saison 1 était “nature peinture” comme on dit, je faisais tout toute seule avec mes proches. Pour cette saison 2, j'ai été accompagnée par Paradiso et Spotify, qui m'ont permis de travailler avec Arthur Sanigou, scénariste et script-doctor. Il m'a aidée à structurer le récit», explique Sarah Treille Stefani. Résultat: une intrigue qui se déploie bien et une palette de jeu poussée à son paroxysme par la comédienne, qu'on redécouvre avec plaisir.

«Le fait de jouer et de diriger des comédiens professionnels tout en restant sur le même principe d'improvisation que la saison 1 m'a aussi beaucoup fait avancer.» Une professionnalisation globale qui n'enlève donc rien au charme de Frootch, fiction définitivement attachante dont les derniers épisodes de la saison vont être diffusés sur Spotify avant la fin de l'été.

Quid de la suite? Espérons que Paradiso et Spotify feront le pari de renouveler le podcast pour une saison 3. Vu ses bons résultats ces dernières semaines (Frootch s'est hissé plusieurs fois en tête du classement Spotify des podcasts les plus écoutés) et la qualité de cette deuxième saison, l'inverse serait étonnant.

Sarah Treille Stefani ne s'en cache pas, elle n'attend que ça: «Pour moi la saison 3 est une évidence. Peut-être que ce sera la dernière mais j'aimerais enfin permettre à Sarah de prendre son envol et de s'affirmer vraiment, ce qu'elle essaye de faire dans cette saison sans vraiment y arriver.» Espérons ne pas avoir à attendre deux ans pour découvrir la suite des aventures de Sarah.

La saison 1 de Frootch et la saison 2, en cours de diffusion, sont disponibles en exclusivité sur Spotify.

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