Les phobies économiques françaises
Sommes-nous vraiment 63 millions de mineurs économiques, en demande constante de baratin lénifiant de la part de nos élites?
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La comédie qui se joue ces jours-ci autour du mot «rigueur», un mot banal et, à tout prendre, plutôt chargé de connotations positives (est-ce qu'être «rigoureux», c'est mal ?), est un magnifique exemple des «phobies économiques» censées affecter les Français.
Banni du vocabulaire politique depuis qu'il évoque la fameuse volte-face des socialistes en 1983 («le tournant de la rigueur»), il cohabite désormais, nolens volens, avec ces autres grands exilés du lexique politique que sont «austérité», «concurrence» ou «sélection».
Mais si ces trois derniers termes peuvent effectivement trouver, dans la psyché tricolore, une résonance contemporaine (l'austérité, c'est triste; la concurrence et la sélection, c'est anglo-saxon), on se demande comment un Français d'une trentaine d'années, pour qui Mitterrand est un type qui fait du scooter en Thaïlande avant d'être un escaladeur de roche de Solutré, peut être traumatisé par le rappel d'une pareille péripétie...
La vérité, c'est que la transformation de «rigueur» en équivalent sémantique du «supplice de la roue» est essentiellement une invention du microcosme, fondée sur l'assomption que les Français sont de petits êtres fragiles, incapables d'entendre les mots décrivant une réalité délicate - comme «récession», «déficit» ou «endettement» - et qui exigent, avant d'avaler leur huile de foie de morue, qu'elle soit préalablement aromatisée à la framboise.
En 1983, et je m'adresse ici à ces trentenaires ayant du mal à replacer les différents Mitterrand dans le bon ordre, la France était une sorte de grosse Grèce que ses tentatives de relance isolée avaient conduit au bord du gouffre et à la porte du FMI (Fonds monétaire international). Sans cette horrible «rigueur» auto-imposée, on imagine que c'est le fond du gouffre plutôt que ses bords qui nous serait devenu familier...
Pour autant, les Français sont-ils réellement - et spécifiquement parmi les nations - aussi incapables que ça d'entendre la vérité? Et faut-il absolument leur mentir, en noircissant ou rosissant le tableau au gré des circonstances, histoire de surfer sur leurs psychoses? Car il n'est guère plus démagogique, au final, de prétendre, comme un Le Pen et contre toute raison, que la France sera bientôt submergée par le double tsunami de l'immigration maghrébine et des importations chinoises, que de clamer, comme un Mélenchon et avec d'aussi gros sabots électoralistes, que la démographie sera sans impact sur les retraites...
Bref, les «phobies économiques» - ces angoisses faisant du Français un Petit Poucet convaincu que le monde extérieur est un enfer contrôlé par des spéculateurs sans foi, des marchés sans loi, des capitalistes sans conscience, des banquiers sans compassion, des Chinois sans vergogne et des Américains sans culture, soit tout ce qui ne ressemble pas à cet Hexagone édénique où l'on fait une carrière pépère à La Poste ou chez Renault avant de prendre une retraite bien méritée à La Baule - existent-elles pour de bon?
Dans leur dernier ouvrage, Alexandre Delaigue et Stéphane Ménia, les deux économistes les plus célèbres de la blogosphère francophone, ne tranchent pas véritablement. Bien sûr, ils identifient ces phobies avec humour et, oserais-je l'écrire, «rigueur» mais hésitent à en attribuer la responsabilité définitive à une caractéristique purement gauloise (même s'ils les comparent à un trouble psychique) plutôt qu'à un personnel politique frileux et pusillanime.
A coups d'exemples frappants (la perception de l'inflation et sa réalité, le vrai coût du système de santé, le déclassement, les banquiers suceurs du sang des travailleurs...), ils entreprennent de démolir méthodiquement les arguments des galéjeurs qui, par calcul ou paresse intellectuelle, maintiennent les Français dans leur angoisse de l'avenir au nom d'un «bon vieux temps» imaginaire. Une sorte de travestissement des comptes de faits en contes de fées, quoi...
Delaigue et Ménia assurent qu'ils sont, en tant qu'économistes rationnels, bien mieux placés qu'un psy pour traquer et éliminer nos phobies. Je ne sais d'ailleurs pas ce que Freud aurait fait d'un patient paniqué par le terrible concept d'une meilleure maîtrise des dépenses de l'État, mais il est amusant de constater qu'un Michel Onfray, si prompt à dénoncer les supercheries de l'œdipien viennois, n'ait pas encore découvert celles de ses amis du NPA ou du Parti de gauche.
Hugues Serraf
«Nos phobies économiques - Ces peurs que l'économiste guérit mieux qu'un psy», Alexandre Delaigue, Stéphane Ménia, Pearson, 215 pages, 19 euros.
LIRE EGALEMENT: Le déficit doit être détruit avant qu'il nous détruise, Aide et austérité ne sont pas suffisants et L'Europe rase gratis.
Image de Une: Une manifestation contre la réforme des retraites à Lille Pascal Rossignol / Reuters
Mis à jour le 16/05/2010 à 11h42










































.. que je puisse veiller sur toi! (Kaa -Le livre de la jungle)
Le monde a bien changé depuis Winston Churchill qui promettait à ses concitoyens "de la sueur , du sang et des larmes", mais le moindre discours est aujourd'hui froidement disséqué, attaqué, critiqué, par des opposants incapables de proposer une alternative crédible!
Imaginez que M.Sarkozy utilise le mot "rigueur", et vous verrez les chiens de garde de la gauche (avec leur mémoire courte figée post-1983) montrer tous leurs crocs à la place de leur programme (et Dieu sait que je n'ai pas d'affection particulière pour la droite)!
Et, plus évident, annoncer la rigueur alors que Mme Lagarde s'évertue depuis deux ans à nous persuader que nous supportons mieux la crise que les autres, ferait quelque peu désordre!
Le problème majeur de notre société française, c'est l'absence de pédagogie, on préfère de loin la démagogie!
Le mot n'est pas employé parce qu'il a un sens précis dans la population.
Or la population est prête aux pires sacrifices quand ils sont justifiés. Le problème est que la population, dans sa grande sagesse, perçoit une forte contradiction entre les discours alarmistes leur indiquant qu'il faudrait se serrer la ceinture et les discours optimistes indiquant que la croissance est de retour et que ça justifie la reprise très rapide des distributions fantastiques de dividendes ou de primes pour les traders.
Le gouvernement ne veut donc pas qualifier sa politique de rigueur parce que la population comprendrait trop bien à quoi correspond sa politique. De mauvaises langues diront qu'il s'agit d'un mensonge. D'autres diront qu'il s'agit de communication. En fait, les 2 ont raison.
Par ailleurs, je n'aime pas Mélenchon mais en l'occurrence, il a raison sur les retraites : il ne s'agit pas d'un problème démographique mais d'une question de production de richesses et ensuite de répartition de ces richesses. Si un seul actif produisait 2 fois plus de PIB qu'actuellement à lui tout seul, où serait le problème des retraites? Comme quoi, ce n'est pas une question démographique.