Sciences

Variants du Covid-19: que se passera-t-il lorsqu'on aura épuisé l'alphabet grec?

Temps de lecture : 3 min

Le système que nous utilisons aujourd'hui n'est pas gravé dans le marbre.

Lorsqu'un variant sera finalement baptisé oméga, quel nom prendra son successeur? | Chuk Yong via Pixabay
Lorsqu'un variant sera finalement baptisé oméga, quel nom prendra son successeur? | Chuk Yong via Pixabay

Le Delta explose, l'Alpha reste une source de préoccupation. Le Gamma est moins transmissible, tandis que le Beta est plus contagieux. Il y a quelques semaines, les scientifiques s'inquiétaient d'Epsilon, potentiellement capable d'échapper aux anticorps des vaccins; le 21 juillet, le Texas consignait son premier cas de Lambda.

Il s'agit bien sûr de tous les variants du coronavirus, même si certains ont été moins mis en avant que d'autres. Ceux qui connaissent l'alphabet grec –qu'ils aient fait des lettres classiques ou soient fans de Percy Jackson– se demandent peut-être comment nous en sommes déjà arrivés à «Lambda», sa onzième lettre, puisque les scientifiques attribuent aux variants ces surnoms dans l'ordre de leur apparition. Où est Kappa? N'est-ce pas là un problème? Est-ce que Iota circule tranquillement quelque part sur la planète? Et que se passera-t-il lorsque le virus continuera à muter et que nous serons à court de lettres grecques? Comment appellerons-nous les variants suivants?

Vers la fin 2020, les experts de l'Organisation mondiale de la santé ont décidé d'élaborer un système de classification des variants émergents du coronavirus, afin de «donner la priorité à la surveillance et à la recherche mondiales» et d'éclairer les réponses de santé publique à la pandémie. Ils allaient opter pour deux grandes catégories: les variants à suivre et les variants préoccupants.

Pendant un certain temps, les noms scientifiques, qui sont des chaînes de chiffres, ont été utilisés dans le cadre de ce système, même parmi le commun des mortels. Vous vous souvenez avoir entendu parler du B.1.1.7? On a fait plus mnémotechnique.

Dénominations et conséquences

De nombreux variants ont fini par prendre le nom de l'endroit où on les a découverts: «le variant anglais», par exemple. Mais le fait de surnommer ainsi les virus peut jeter un opprobre injuste sur une région (et même décourager le signalement de nouveaux variants).

L'alphabet grec n'est pas un système de dénomination parfait, même pour faciliter la discussion du public sur les phénomènes.

L'OMS a réuni un groupe de chercheurs et d'experts en nomenclature et en taxonomie virale pour trouver une solution plus facile à utiliser par le public. En mai, elle annonçait qu'elle ferait des lettres de l'alphabet grec des étiquettes «simples, faciles à dire et à retenir» pour les variants du Covid. Tous les variants identifiés qui obtiennent une désignation VOI (à suivre) ou VOC (préoccupant) reçoivent une lettre grecque, bien que généralement seuls les variants considérés comme préoccupants sont connus du public.

Alpha, Bêta, Gamma et Delta sont classés comme VOC, tandis que leurs cousins moins connus Êta, Iota, Kappa et Lambda sont tous des VOI. Thêta, Zêta et Epsilon étaient autrefois répertoriés comme VOI, mais ont été rétrogradés dans la catégorie des variants VUM «en cours d'évaluation», une catégorie remplie de variants dont «l'impact épidémiologique n'est pas clair». Les membres de cette catégorie sont suffisamment loin des gros titres pour que la plupart des variants qui la composent n'aient que des numéros.

L'expérience des ouragans

Mais l'alphabet grec n'est pas un système de dénomination parfait, même pour faciliter la discussion du public sur les phénomènes. Croyez-en l'Association météorologique mondiale, qui s'est tournée vers l'alphabet grec pour nommer les ouragans pendant la saison 2020. Elle a jeté son dévolu sur cet alphabet lorsqu'elle s'est retrouvée à court d'une liste préparée de noms d'ouragans plus typiques (Arthur, Bertha, Fay, etc.), mais elle a rapidement trouvé que c'était un plan de secours trop confus.

Selon le New York Times, cette nomenclature a empêché le public d'identifier et de suivre les ouragans. Les lettres étaient apparemment déconcertantes –surtout celles qui se ressemblent, comme zêta, êta et thêta– et certaines d'entre elles se sont avérées difficiles à traduire dans des langues autres que l'anglais, ce qui complique la diffusion d'informations fiables dans les communautés. Reste à voir si les noms des variants finiront par embrouiller ainsi leur monde.

Le défi consiste à créer un système à la fois accessible et facilement adopté par le public, tout en évitant les mots qui pourraient entraîner une stigmatisation.

Il y a aussi le fait que de nouveaux variants ne cessent d'apparaître et que l'alphabet grec n'est pas infini. Lorsqu'un variant sera finalement baptisé Oméga, quel nom prendra son successeur? (Si beaucoup croient que zêta est la dernière lettre de l'alphabet grec, c'est en réalité oméga). La réponse n'est pas claire: un nom issu d'une nouvelle série de noms, comme l'a expliqué à Stat News Maria Van Kerkhove, épidémiologiste en charge du coronavirus à l'OMS.

Avant d'opter pour l'alphabet grec, le groupe d'experts de l'organisation avait également envisagé de tirer des noms différents d'une liste de mots-valises ou de dieux et déesses de la mythologie grecque, mais ces deux idées ont été rejetées. Le défi consiste à créer un système à la fois accessible et facilement adopté par le public, tout en évitant les mots qui pourraient entraîner une stigmatisation. Pourtant, il s'est avéré difficile de créer un système de dénomination totalement dénué d'ennemis: la compagnie Delta Airlines refuserait de désigner le variant par son nom. Parmi les employés, on l'appelle simplement «le variant».

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