Des eaux usées au marc de café: comment l’économie circulaire réinvente notre rapport aux matières premières
Économie

Des eaux usées au marc de café: comment l’économie circulaire réinvente notre rapport aux matières premières

Temps de lecture : 5 min
Slate.fr

Un peu partout sur la planète, Veolia mène des projets pour recycler les déchets en nouvelles matières et les réinjecter dans de nouveaux produits.

J’ai récemment déménagé dans un nouveau logement, et dans les toilettes de celui-ci, un robinet est placé au-dessus de la chasse d’eau. La position de ce lavabo m’a semblé bizarre au premier abord, puis j’ai compris son utilité: il s’agit en fait d’un circuit de recyclage d’eaux usées. Quand je me lave les mains, l’eau s’écoule directement dans le réservoir des toilettes. Elle en ressortira pour un second usage lorsque quelqu’un tirera la chasse d’eau. Dans notre monde où le recyclage s’impose de plus en plus, un tel système peut paraître banal.

En vérité, le recyclage des eaux usées a longtemps représenté un tabou, comme le notait en 2009 le chercheur Rémi Barbier dans un article intitulé “Le buveur d’eau et le recyclage des eaux usées”, paru dans la revue universitaire Espaces et sociétés. Dans l’esprit des consommateurs et des industriels, l’eau usée n’était alors qu’un déchet à évacuer et s’opposait à l’eau pure, potable. «Le recyclage bouscule par conséquent un certain nombre de catégories et pratiques héritées de cette histoire», écrit Rémi Barbier, en rappelant que l’eau utilisée pour les usages domestiques est souvent à 100% potable. Or ce niveau de qualité n’est véritablement requis que pour environ 10% des consommations d’un foyer.

À Durban, les industriels utilisent les eaux usées des habitants

Plus de dix ans après les observations de ce chercheur, nous avons plus que jamais besoin de trouver une façon plus durable de puiser dans les ressources de la Terre. En Afrique du Sud, où les épisodes de sécheresse se multiplient depuis plusieurs années, il y a urgence pour éviter les pénuries d’eau. C’est pour cela que Veolia s’est vu confier pour mission d’optimiser le recyclage des eaux usées de la ville de Durban. Sur place, l’entreprise française recycle 98% des eaux usées de l’usine SWTW. Ces eaux usées sont épurées, puis servent à alimenter les industriels locaux qui n’ont ainsi plus besoin de se servir dans les ressources aquatiques de la ville. Environ 47.000 m3 supplémentaires d’eau potable sont ainsi mis à la disposition des habitants de Durban chaque jour, soit l’équivalent de 13 piscines olympiques. Une solution durable pour les Sud-Africains, qui permet en plus aux industriels de réduire leur facture. Près de 5 millions d’euros par an sont ainsi économisés chaque année par les partenaires du projet.

L’exemple du recyclage des eaux usées à Durban résume bien l’efficacité de l’économie circulaire pour préserver les ressources de matières premières. Selon un rapport publié en 2016 par la Fondation Ellen Mac Arthur, très pointue en la matière, l’économie circulaire pourrait permettre un bénéfice net de 900 milliards d’euros à l’Europe si elle abandonnait la voie actuelle du développement linéaire. Un chiffre loin d’être négligeable à l’heure où l’on sait que les réserves d’énergies fossiles et les nappes phréatiques se vident. Selon le Circulary Gap Report 2021, la planète consomme 100 milliards de tonnes de matériaux par an. Une économie circulaire permet une approche alternative au modèle prédominant basé sur le cycle «extraction-fabrication-déchets».

En France, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (dite AGEC) de février 2020, vise justement à renforcer la transformation de notre économie linéaire –produire, consommer, jeter–, en une économie circulaire. «Il y avait déjà pleins de signaux qui étaient au vert en faveur de l’économie circulaire mais la loi AGEC les a confortés», note Alice Robin, responsable Innovation et Valorisation Matière chez Veolia. Pour répondre à ces demandes croissantes, Veolia a ainsi lancé en France le service Key We. Une prestation inédite qui vise à conseiller et accompagner les entreprises qui veulent optimiser l’ensemble de la chaîne de valeur du déchet.

Des chutes de poissons transformées en engrais naturel

«Le concept [d’économie circulaire] se caractérise, plus qu’il ne se définit, par une économie restauratrice et régénératrice par nature, qui vise à maintenir systématiquement les produits, les composants et les matériaux à leur niveau d’utilité et de valeur optimal, en faisant la distinction entre les cycles techniques et les cycles biologiques. Ce modèle économique cherche, au bout du compte, à décorréler le développement économique mondial et la consommation des ressources limitées», analyse la Fondation Ellen Mac Arthur, spécialisée sur les solutions à mettre en œuvre pour accélérer la circularité de notre économie.

La boucle de l’économie circulaire n’est cependant pas nécessairement un circuit fermé sur lui-même, explique Alice Robin. «Dans l’esprit des gens, la circularité ce sont forcément des boucles dites “fermées”. Alors que ce que l’on voit la plupart du temps, ce sont des boucles “ouvertes”. L’aluminium extrait d’une canette en fin de vie ne va pas forcément servir à refaire une canette, mais peut-être plutôt un vélo», dit-elle.

Un peu partout à travers la planète, des projets ont désormais pour ambition de s’appuyer sur une circularité des ressources. Des expérimentations sont menées pour traiter au mieux les matières issues du recyclage. «Avec le programme Recyfish, nous revalorisons par exemple des produits de la mer. Des chutes de poissons sont transformées en engrais naturel pour l’agriculture biologique. C’est une boucle circulaire ouverte», raconte Nicolas Pont, directeur écoconception et recyclage chez Veolia France. Le groupe français dispose d’un service international de revente de matières premières recyclées, préparées par ses exploitations et tracées en toute transparence.

Des résidus de marc de café sont réutilisés en biomasse

L’économie circulaire s’étend sur des domaines très variés. À Joure, aux Pays-Bas, l’avenir se lit même dans le marc de café. Le géant mondial DEMB consomme beaucoup d'énergie pour produire la vapeur nécessaire à la production de café soluble. Veolia a mis au point un système de combustion unique au monde : les résidus de marc de café provenant du processus de fabrication sont brûlés pour produire la vapeur dont l'usine a besoin pour fonctionner. Ce procédé a permis à cette chaîne de production de réduire de 70% ses émissions de CO2.

Les équipes de Veolia souhaitent plus globalement ouvrir de nouveaux horizons aux acheteurs de matières recyclées. C’est dans ce but qu’a été lancé Lab’Cycle, une plateforme de R&D. «On est parti du constat qu’on avait du mal à revendre certaines matières recyclées à des acheteurs. Par exemple, un constructeur automobile voulait un polypropylène recyclé très précis. On a trouvé un polypropylène recyclé différent mais avec les mêmes propriétés que celles exigées par le constructeur. Il faut convaincre que les propriétés du matériau sont plus importantes que la référence précise de ce matériau», explique Alice Robin.

Dans mon logement, mes toilettes avec un système de recyclage des eaux issues du robinet paraissent minuscules à côté de ces innovations du monde industriel. Mais la révolution commence aussi dans les plus petits gestes de notre quotidienCet article vous est proposé par Slate.fr et Veolia dans le cadre de Green Mirror, un événement éditorial écrit et audio pour voyager dans le temps, prendre conscience et réfléchir sur les enjeux qui nous attendent collectivement face au changement climatique. Comment agir dès maintenant face à l'urgence?

Cet article vous est proposé par Slate.fr et Veolia dans le cadre de Green Mirror, un événement éditorial écrit et audio pour voyager dans le temps, prendre conscience et réfléchir sur les enjeux qui nous attendent collectivement face au changement climatique. Comment agir dès maintenant face à l'urgence?

Découvrez les solutions déjà existantes ou prometteuses à travers notre série d'articles et de podcasts publiés sur notre site-événement.

Crédit photo: Pixabay-Comfreak

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