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Après les inondations inédites de Zhengzhou, la Chine va devoir revoir sa politique climatique

Temps de lecture : 6 min

Cette catastrophe historique, largement relayée sur les réseaux sociaux, préoccupe Pékin.

À Zhengzhou, le 21 juillet 2021, la population locale contemple avec effarement les dégâts liés à la crue. | STR / AFP
À Zhengzhou, le 21 juillet 2021, la population locale contemple avec effarement les dégâts liés à la crue. | STR / AFP

Les inondations qui ont envahi la semaine dernière la ville de Zhengzhou sont inédites dans l'histoire. Jamais, depuis soixante ans que les mesures de pluviosité existent en Chine, autant de pluie ne s'était abattue sur une ville chinoise. En vingt-quatre heures, la capitale de la province du Henan a reçu 552 millimètres de précipitations, soit 86% de la moyenne annuelle. Et plus de 200 millimètres sont tombés en une heure seulement.

Au cours des siècles passés, des crues meurtrières se sont parfois produites à Zhengzhou à cause de débordements du fleuve Jaune, qui coule à quelques kilomètres du nord de la ville. Mais c'est la première fois que des pluies provoquent une pareille catastrophe.

D'après le recensement de 2014, il y a 9.378.000 habitants à Zhengzhou. Trois jours de pluies torrentielles, entre le 20 et le 22 juillet, ont provoqué de vastes inondations dans cette ville située à 700 kilomètres au sud de Pékin. Le premier réflexe de nombreux habitants a été de sortir leur smartphone et de photographier ou filmer la catastrophe. La Chine compte près de 900 millions de smartphones pour 1,4 milliard d'habitants. L'instrument est devenu extrêmement familier pour communiquer, mais aussi pour s'informer, se faire livrer de la nourriture, débloquer un vélo de location, appeler un taxi, etc.

Beaucoup de ces images filmées par des particuliers ont été reprises et diffusées par les agences de presse et les télévisions chinoises. Certaines montrent une femme secourue alors qu'elle est emportée par le flot de boue qui traverse une rue. Sur d'autres, on peut voir la foule qui s'empresse de fuir un couloir de métro inondé.

Il y a même un film, avec commentaire de l'autrice, qui montre la montée de l'eau jusqu'aux épaules des occupants d'un métro avant que tous puissent miraculeusement sortir grâce aux secouristes qui ont réussi à ouvrir les toits des wagons. Il y a aussi l'histoire de ces hommes juchés sur le toit d'une voiture engloutie dans un torrent de boue qui parviennent à briser le toit ouvrant du véhicule d'où sont extraits deux enfants et une femme.

Impossible à cacher

La ville dénombre plus d'une centaine de morts. Le chiffre définitif ne pourra être connu que lorsque tous les quartiers auront été déblayés. Tous les reportages réalisés à Zhengzhou indiquent que l'activité a été totalement bloquée et que d'impressionnants enchevêtrements d'automobiles ont été charriés par les eaux boueuses. Toutes n'ont sans doute pas pu être abandonnées à temps par leurs passagers.

Avec une telle profusion d'images sur les réseaux sociaux, les autorités auraient difficilement pu cacher ces événements tragiques. Le 21 juillet, dans une intervention télévisée, le président Xi Jinping a souligné la gravité de la situation provoquée par les intempéries: «Des barrages se sont effondrés, provoquant de graves blessures, des décès et des dégâts. La situation sur le front des inondations est extrêmement grave.»

Le président chinois fait allusion au barrage de Yihetan, situé à l'ouest de Zhengzhou et proche de la ville de Luoyang. La priorité était de colmater une brèche de 20 mètres qui était apparue dans ce vaste édifice. Il semble que l'armée y soit finalement parvenue. Mais un autre barrage, plus petit et moins proche de Zhengzhou, à Guojiaju, aurait cédé, renforçant l'ampleur des inondations dans le Henan.

Les journaux télévisés chinois s'emploient à sensibiliser la population à un véritable drame national, tout en soulignant le travail considérable accompli par l'ensemble des secouristes. En Chine, ces derniers sont particulièrement bien formés, entraînés et organisés. Le Parti communiste tient à ce qu'ils soient aussi efficaces que possible.

Outre les dons en nourriture distribués par la municipalité, des groupes de bénévoles venus des régions alentour circulent en barque pour apporter à la population des nouilles instantanées et des saucisses. Quant à l'armée, elle est intervenue pour évacuer 376.000 habitants de Zhengzhou en même temps qu'elle empilait des sacs de sable sur les berges des rivières qui débordaient.

Une ville d'importance

Ces inondations ont un retentissement d'autant plus important en Chine que la ville de Zhengzhou a un rôle de premier plan dans l'histoire du pays. Elle en était la capitale sous la dynastie des Shang (1558 à 1046 av. J.-C.) lorsque l'art du bronze s'est développé. À partir de 1954, des archéologues ont mis à jour les ruines de remparts de 7 kilomètres de long et 7 mètres d'épaisseur. Il y a une trentaine d'années ont été découverts les restes de grandes bibliothèques d'archives divinatoires qui sont les premières preuves d'une écriture chinoise élaborée.

À Dengfeng, à moins d'une centaine de kilomètres de Zhengzhou, se trouve le temple de Shaolin, source du kung-fu, l'art martial traditionnel chinois, ou encore les grottes de Longmen, célèbres pour leurs grandes sculptures bouddhistes. «Elles ont été endommagées par l'eau à des degrés divers», indique l'administration chinoise sans plus de précisions.

À Zhengzhou, il n'est pas impossible que les responsables de la mairie et du Parti communiste soient prochainement remplacés.

Outre son passé historique, Zhengzhou est aujourd'hui un centre économique important en Chine. La société Foxconn, qui fabrique 400.000 iPhones par jour, y est établie depuis 2010. Elle emploie 300.000 ouvriers. Yutong Bus, de son côté, produit quelques 60.000 autobus et autocars par an, ce qui en fait la plus importante usine au monde pour ce type de véhicules.

Dans un tout autre domaine, les deux tiers de l'industrie chinoise des aliments surgelés se trouve à Zhengzhou, avec notamment les entreprises Sanquan et Synear Group. Il y a aussi dans la ville des usines qui produisent des boissons gazeuses, des engrais, ou qui sont spécialisées dans la conservation de la viande. En même temps, l'urbanisation s'est développée avec l'installation d'entreprises d'assemblage de tracteurs ou de matériel minier, ainsi qu'avec des ateliers de filature du coton des campagnes du Henan.

Situé au centre de la Chine, Zhengzhou est l'un des principaux nœuds ferroviaires du pays. Les lignes qui vont de Pékin à Canton croisent celles allant de Shanghai à Urumqi, au Xinjiang. Le 21 juillet, des reportages télévisés indiquaient que la gare de Zhengzhou-Est, qui voit passer plus de 600 trains par jour, était totalement «inondée» et «paralysée».

Une politique à revoir

De nombreuses questions sont posées par la catastrophe qui vient de se produire. Les habitants de la ville se demandent pourquoi la circulation des métros n'a pas été arrêtée alors que les précipitations s'annonçaient. Une autre interrogation concerne l'écoulement des eaux, compliqué comme dans beaucoup de villes en Chine par la construction sans limites d'immeubles et de tours.

À Zhengzhou, la municipalité a adopté en 2018 un plan prévoyant 53 milliards de yuans (7 milliards d'euros) de travaux afin de créer des secteurs urbains qui pourraient absorber les inondations. Il s'agissait, selon la municipalité, de transformer un cinquième de l'espace urbain en «ville éponge». Il semble que ce sont des débordements du fleuve Jaune qui étaient alors envisagés, et non de fortes pluies. En tout cas, les événements récents devraient fortement influer sur l'adoption d'une nouvelle politique de prévention des intempéries.

Certains médias chinois ne manquent pas de comparer ce qui s'est passé dans la capitale du Henan avec les récentes inondations survenues en Allemagne et en Belgique. Le Global Time indique que les 552 millimètres de pluie qui sont tombés à Zhengzhou «représentent quatre fois le chiffre des précipitations à Cologne, en Allemagne, entre le 14 et le 15 juillet, qui ont provoqué des ravages que la langue allemande n'a pas de mots pour décrire, comme l'a dit la chancelière Merkel».

À Zhengzhou, il n'est pas impossible que les responsables de la mairie et du Parti communiste soient prochainement remplacés, l'objectif étant de montrer à la population que des erreurs ont été commises et que la ville repart sur de nouvelles bases. Mais à Pékin, le pouvoir chinois doit désormais mettre en avant une réponse beaucoup plus globale face à d'autres potentielles intempéries.

Le 25 juillet, un typhon considérable a soufflé sur la province du Zhejiang, proche de la mer de Chine. Le changement climatique, qui contribue probablement à expliquer ces phénomènes, est un phénomène pris très au sérieux en Chine. À une époque où le pays insiste sur le développement intérieur de son économie, les autorités sont dans l'obligation d'y adjoindre une autre priorité: préserver la population contre les dérèglements du climat.

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