Spéculation: le psychodrame de trop
Les gouvernements parlent de régulation, mais ne changent rien au système financier qui génère crise sur crise. Le politique a abdiqué. Veut-il et peut-il reprendre le pouvoir?
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Si l'Europe se construit sur des crises, il est des psychodrames dont elle pourrait faire l'économie. Mais il faudrait que les pouvoirs politiques assument leur rôle sans faillir, sans laisser la spéculation financière opérer en toute impunité et les manipuler comme des marionnettes pour son plus grand bénéfice. Que d'égards pour des opérateurs qui, grâce aux subtilités de techniques sophistiquées comme la vente à découvert, font leur beurre de l'asphyxie financière de peuples entiers - avec les destructions d'emplois qui s'en suivent - en ayant tout intérêt à ce que les crises soient plus profondes pour que le rebond soit plus fort! Car pour eux, le pire serait qu'il n'y ait ni bulle ni crise. Or, il suffirait que certaines pratiques soient interdites pour que la redoutable efficacité de la spéculation soit enrayée. C'est possible, puisque cela fut déjà fait.
Régulation financière retoquée
Encore faudrait-il montrer aux prédateurs sur les marchés qu'ils ne mènent pas le monde, et inventer des stratégies qui ne soient pas seulement défensives. Tel devrait être l'objectif poursuivi par les pouvoirs en place. Le projet n'est pas utopique. Par exemple, début mars, Michel Barnier, Commissaire européen en charge du Marché intérieur, était porteur d'un projet de régulation financière pour encadrer l'action des hedge funds opérant en Europe. Une sorte de passeport imposant certaines règles aux opérateurs financiers pour que «le marché soit au service d'un projet de société», car « les marchés ne peuvent être une réponse», avait-il affirmé. L'ancien ministre français, ex-conseiller politique de Nicolas Sarkozy, est un libéral qui n'a rien d'un provocateur. Il n'est pas de ceux qui appellent à une croisade internationale contre les marchés. Et pourtant, il souhaite les réguler: pas pour les anéantir, mais pour les remettre à leur place face au politique, les empêcher d'amplifier les crises dans l'intérêt de quelques prédateurs. Mais le projet a été bloqué. Etait-il trop ambitieux? Non. En l'occurrence, il ne fallait pas gêner le Premier ministre britannique Gordon Brown dans sa campagne électorale en vue des élections qui viennent de se tenir. Un comble! Le Conseil de l'Union européenne présidé par le premier ministre espagnol José Luis Zapatero retoqua donc le projet.
Impunité pour les prédateurs
L'avenir politique du Premier ministre britannique n'était pas seul en cause. Le projet de régulation prévoyant également l'installation d'une agence de notation européenne (même si la troisième Fitch est contrôlée par le groupe français Fimalac), les Etats-Unis avaient fait savoir à l'Europe qu'ils verraient d'un très mauvais œil une telle initiative. Le projet de régulation financière européenne, qui ne faisait que s'inscrire dans le sillage des décisions du G20 pour empêcher les excès des marchés, pouvait attendre!
Quel signal d'impuissance adressé à la spéculation, et quel gage d'impunité pour elle... qui n'a pas manqué de s'attaquer au maillon faible de l'euro!
L'Europe n'est pas la seule responsable de laxisme à l'égard des marchés financiers. Lorsque, fin avril, le projet d'une taxation mondiale du secteur financier a échoué sous la pression du Canada et des pays émergents, les opérateurs ont pu constater que les Etats-Unis et l'Union européenne pouvaient être tenus en échec dans leur projet de régulation... Peut-être, d'ailleurs, ne l'avaient-ils pas vaillamment défendu: car de façon presque concomitante, le Sénat américain cédait à la pression républicaine pour bloquer la réforme financière souhaitée par Barak Obama. La spéculation n'avait rien à craindre.
L'Europe politique en lambeaux
L'Europe s'est ainsi déchirée sur fond d'élections nationales. Sans aucun bénéfice ni pour l'Union, encore moins pour les pouvoirs en place. Gordon Brown n'est pas parvenu à reconduire une majorité travailliste à la Chambre des communes britanniques, et a été poussé à la démission. Pour ne pas prendre à rebrousse poil une opinion publique toujours distante vis-à-vis de l'Europe, le pouvoir en Grande Bretagne a déclaré qu'il ne participerait pas au redressement économique des pays de la zone euro, et les libéraux au pouvoir dans la nouvelle coalition avec les conservateurs n'ont obtenu leur place qu'en renonçant à faire entrer la Grande Bretagne dans l'euro. Et Londres qui revendiquait une place au sein de l'Eurogroupe! Quant aux atermoiements d'Angela Merkel pour ne pas donner prise à la frange de ses électeurs hostile au sauvetage de la Grèce, ils ont offert un répit aux spéculateurs sans que la chancelière allemande n'en tire aucun bénéfice: elle a perdu sa majorité à la chambre haute. La Grèce, tombant de son nuage, brûle les drapeaux européens. En Espagne, où déjà un travailleur sur cinq est au chômage, les troubles sociaux se profilent avec le renforcement du plan de rigueur.
Le tout sur fond de désintégration de l'état belge, un des pays fondateur de l'Europe qui, en quête d'une introuvable identité, serait bien en peine de dicter une quelconque règle aux marchés financiers. Dans cette crise, tout le monde aura été perdant... sauf les prédateurs financiers.
L'exécutif européen aux abonnés absents
Pendant ce temps, la Commission européenne s'est distinguée par son silence. Comme il y a un an en pleine crise économique, son président José Manuel Barroso a choisi de courber l'échine en attendant que l'orage passe. Michel Barnier, qui a promis pour juin de nouvelles mesures destinées à mettre en place une régulation financière européenne, n'est pas plus monté au créneau, déclarant après coup que «les sanctions devront être exemplaires» a l'égard des opérateurs financiers... sans préciser lesquelles.
On n'a pas appris à connaître non plus le nouveau Président du Conseil européen Herman Van Rompuy, toujours soucieux de ne pas faire d'ombre aux présidents et chefs de gouvernement qui l'ont porté jusqu'à son fauteuil.
Les gouvernements sont-ils légitimes face à la spirale de la dette?
Au cours du week-end du 9 mai, les politiques européens semblent avoir repris la main pour défendre l'euro, emmenés notamment par Nicolas Sarkozy. Mais toujours de façon défensive, à coups de centaine de milliards d'euros... Ces montants ne veulent plus rien dire aux opinions tant ils semblent virtuels. Certes, il s'agit de renflouer des économies en crise. Mais on ne voit pas comment elles pourraient sortir du gouffre en tablant sur de simples logiques d'emprunts tellement les sommes à rembourser semblent incommensurables. Si les gouvernements veulent déclarer la guerre à la spéculation financière, il leur faudra gagner plus qu'une bataille, fût-elle à 750 milliards d'euros.
Imagine-t-on que, pour un pays comme la France, les intérêts de la dette contractée pour enrayer la dernière crise économique vont absorber, à eux seuls, les bénéfices de la croissance économique des prochaines années... Quelles conséquences sur les modes de vie, si plus de croissance n'offre d'autre perspective que plus de pauvreté? Que se passera-t-il lorsqu'explosera la prochaine crise - qui ne manquera pas d'arriver - si aucune autre solution n'existe que d'alourdir encore la dette publique? Quelle sera la légitimité des gouvernants s'ils ne parviennent pas à briser cette spirale de la dette, si les efforts de croissance ne servent qu'à rembourser des emprunts, si le retour à des fondamentaux économiques n'est envisagé qu'en creusant la fracture sociale en Grèce, en Espagne ou au Portugal?
Revisiter l'UEM
Le système montre ses limites. Dix-huit ans après le référendum de Maastricht sur l'Union économique et monétaire (UEM) et après les traités qui ont suivi - dont celui de Lisbonne trop conservateur - l'avenir de l'Europe mérite l'ouverture d'un nouveau chantier. L'euro, à l'origine, a été conçu et construit par des grands argentiers, présidents ou gouverneurs de banques centrales. Il serait temps que, pour la sauvegarde même de la «monnaie unique» européenne et la pérennité de stratégies économiques, le politique réinvestisse la planète financière. Car, pour piloter les pays, qui voudraient confier les manettes aux marchés? C'est pourtant bien l'image que donnent aujourd'hui les gouvernements, régulièrement débordés par la spéculation.
Gilles Bridier
LIRE EGALEMENT: L'Europe rase gratis et Europe et euro au jeu des sept contre-vérités.
Image de Une: Traders sur le parquet euro dollar du Chicago Mercantile Exchange John Gress / Reuters
Mis à jour le 15/05/2010 à 13h34










































A la fin du week-end dernier, tous les analystes se sont retrouvés fascinés par le tour de passe-passe absolument ahurissant opéré par les institutions européennes: elles avaient sorti de leur chapeau noir un pactole absolument inattendu de...750 milliards d'euros!
Rendez-vous compte, même pas en 48 heures chrono!
Et les marchés ont explosé en hausse!
Et puis, avec un peu de recul, deux ou trois jours, quelques économistes et financiers, dont le Président de la Bundesbank, se sont aperçus que le tour de passe-passe était truqué et qu'on avait remplacé de la dette par... de la dette!
Et voilà pourquoi, le roi s'est retrouvé tout nu!
Et voilà pourquoi M. Van Rompuy, qui, lui, n'a toujours pas compris ce qui s'est passé, s'est dispensé d'intervenir!
Votre article stigmatise la démission, pour ne pas dire la soumission, des politiques face aux marchés, prédateurs financiers et sociaux. C'est donc au peuple de reprendre la main. A quand un apéro Facebook à la Bourse de Paris ou à l'Elysée pour réclamer notre dû ? C'est-à-dire le droit d'avoir affaire à des gens responsables qui prennent les décisions qui s'imposent. Les moutons en ont assez de se faire tondre...
Enfin un article qui ose mettre en avant le rôle de la spéculation...
Le capitalisme serait non seulement le meilleur des systèmes économiques, il serait tout simplement le seul...
Dans un masochisme hérité de nos traditions chrétiennes, nous devrions nous appauvrir, pour qu'une classe moyenne chinoise et indienne puisse s'acheter des voitures...
Ne parlons pas des jeunes chinoises qui fabriquent nos ordinateurs en travaillant 12 heures par jour 7 jours / 7,
ni des enfants pakistanais qui cousent les ballons de football dans le principal centre mondial de production de ces objets fétiches.....
Trente sept ans de crise : en 1973, Mr Ronald Reagan et Mme Margaret Tatcher ont repris à leur compte les demandes des riches : ce n'est pas amusant d'avoir beaucoup d'argent, si on n'a pas en même temps des pauvres à plaindre, aider ou mépriser...
Ils ont rétabli la "Lutte des Classes" en sens inverse et l'idée absolument géniale qui leur a permis de faire passer ce projet, c'est de l'appeler "Crise du Pétrole"
Au Medef, on prétend que la pauvreté a diminué en France ces dernières années, mais demandez au Restos du Coeur ce qu'ils en pensent...
Un aspect important qui n'est pas abordé : les 750 milliards ne seront pas empruntés, ils seraient "introuvables",
ils seront tout simplement crées par une planche à billet "virtuelle" !
Cette inflation gigantesque est équivalente à une dévaluation de l'euro.
L'Europe a besoin d'une bonne guerre pour se fédérer : déclarons la guerre au libéralisme mondialisateur, délocalisateur, destructeur de notre industrie, de notre agriculture, de nos services publics et de notre environnement !
Là, les peuples de notre vieux continent retrouveront leur enthousiasme et leur confiance dans l'avenir !
Le politique risque de le payer très cher.
Je lis cet article ainsi que ceux traitant de l'Education nationale et du rapport accablant qu'en a fait la Cour des comptes; celui traitant des "apéros géants" et ceux traitant de la situation dans les banlieues. Partout l'impéritie de l'état est manifeste, qui ne génère qu'angoisse ou désarroi.
Et voici que le thème "il faudrait une bonne guerre" a ressurgi sur Slate.fr. Seulement voilà, avant de corriger une situation quelle qu'elle soit, une guerre doit être livrée et gagnée. Qui va la faire ? Certainement pas ces milliers de jeunes qui "se torchent" en obéissant au doigt et à l'oeil à Facebook.
Le combat ne peut être que politique. Le bulletin de vote peut aussi être une arme avec laquelle on peut essayer de se débarrasser de tous ces valets de la finance internationale qui a mis l'Europe et le Monde en coupe réglée.
Tout d'abord merci pour cet article qui cerne parfaitement l'imbécilité et le ridicule des 2 mamelles de ce monde absurde qui sont nos poltiques et les financiers qui dans un premier temps ont sauté de joie pour une annonce de 750milliards et après réflexion ont compris que cette somme était un nouvel emprunt qui ne pourra pas être remboursé comme les autres d'ailleurs.
Une révolution ou une guerre lancé par Facebook pour des jeunes qui se "torchent" j'y crois car les jeunes et ex salariés au chômage qui ont faim sont les futurs maîtres de la rue.
Les politiques savent qu'ils sont sur le fil et que le mot rigueur a un sens la REVOLUTION de la rue.
Ne pas l'admettre est une reculade pour combien de temps????? l'EUROPE n'est pas vieille elle est seulement gouvernée par de " vieux seigneurs" en fin de cycle.
J'ai apprécié cet article et les éléments qui l'étayent. Cependant, il n'y a pas abdiquation des politiciens, il y a probablement connivence, pour ne pas dire manipulation des intervenants financiers par les politiques tout comme avec les médias qui courbent souvent l'échine devant eux. A quoi servent ces institutions Européennes supposées détenir (tout comme la banque centrale Européenne) tous les indicateurs permettant d'éviter la surchauffe?
A lire nos médias et à écouter nos politiciens, on aurait pu croire qu'ils découvraient, abasourdis, l'ampleur de la dette Grecque comme ils découvraient a crise immobilière en Espagne. Taratata.... Mensonges et tromperies.
Et qui a un intérêt particulier à voir l'Euro dévisser pour favoriser ses exportations?
Quel est le premier pays d'Europe exportateur en zone Dollar?
Et qui, en traînant des pieds pour venir en aide à la Grèce, à manipulé les marchés financiers?
La championne est: ANGELA MERKEL. Et oui! Traîner les pieds revenait à dire aux marchés financiers "Ouh la la c'est grave!" et là, l'Euro s'éffondre. Ben tu m'étonnes!
Et ensuite des réunions de crise : Chapeau bas Messieurs. Ca c'est un truc pour rassurer les marchés. Ca c'est de la communication! Il ne manque que la musique d'un film d'horreur.
Ah ces politiciens criminels, ces spéculateurs, ces 'valets de la finance internationale', ces imbéciles qui ne savent pas distinguer entre "une dette" (nos dettes signalons en passant) et "un emprunt".
Ces clowns qui préfèrent, pour rembourser nos dettes, emprunter plutôt que d'imposer un prélèvement énorme sur les économies de nos pays qui auraient garanti une récession mortelle pour de bon. Quel amateurisme!
Cet Europe incapable de régler les problèmes que nous, pauvres choux, dans une insouciance générale, avions créés tous seuls en dépensant plus que nous gagnions pendant 20 ans!
Cet Europe à qui, pourtant, nous avions accordé massivement des pouvoirs pour régler tous ces problèmes malencontreux (c'était quoi encore le taux d'abstention lors des dernières élections européennes? Et 'Nonistes' où êtes-vous?)
TOUT EST LEUR FAUTE! C'est une scandale, comme aurait dit Georges Marchais.
Voilà que l'Euro reprend sa valeur réelle vis à vis le dollar des Yankees (qui avait laissé glisser leur monnaie pour mieux nous vendre du Coca Cola et pour nous empêcher de leur vendre des Airbus mais qui ont acheté quand même) et pas du tout parce que les méchants spéculateurs avaient compris bien avant tout le monde qu'une monnaie très, très endettée est une monnaie faible tandis que l'Euro était encore solide grâce au travail des Allemands.
Et voilà que viennent ces Grecques, bien bronzés, qui ont le mauvais goût d'attirer l'attention des 'valets de la finance' que nous sommes presque tous aussi endettés qu'eux.
A cause d'eux 'the party's over!' C'est l'heure du châtiment. A qui profite le crime? Cherchez le coupable!