Culture

Comment une petite ville paisible a adopté le Hellfest

Temps de lecture : 3 min

Dans une série de podcasts produite par France Bleu Loire Océan, Capucine Frey tire le portrait de Clisson, 7.500 habitants, et de son histoire d'amour avec le festival de métal.

Lors de la treizième édition du Hellfest, en juin 2018, à Clisson. | Loic Venance / AFP
Lors de la treizième édition du Hellfest, en juin 2018, à Clisson. | Loic Venance / AFP

Sur le marché de Clisson, dans la banlieue de Nantes, les habitants se languissent. En temps normal, chaque été au mois de juin, 180.000 personnes déferlent sur la petite commune de 7.500 habitants, pour l'un des plus gros festivals de musiques extrêmes d'Europe: le Hellfest. Mais en 2020 et 2021, Covid-19 oblige, point de concerts, de barbus habillés en noir ni de voitures garées jusque sur les ronds-points. Alors les Clissonnais attendent impatiemment l'été 2022 pour retrouver leur festival adoré.

Mais comment donc une petite ville si paisible, connue jusqu'alors pour son château médiéval, son architecture toscane et ses vignes, est-elle tombée amoureuse d'un événement de métalleux qui semble faire tache dans le décor? C'est le mystère que tente d'élucider la reporter Capucine Frey dans le podcast Clisson Rock city produit par France Bleu Loire Océan.

L'histoire d'amour

«Quand je dis d'où je viens, je dis que je viens de la ville du Hellfest, pas de Clisson.» Comme pour Marius, 20 ans, bénévole sur le festival, les Clissonnais sont fiers que leur ville rayonne grâce au Hellfest. Accompagnée par le réalisateur Miguel Lhinares, Capucine Frey part à leur rencontre tout au long des huit volets que compte le podcast. Immédiatement, une chose surprend l'auditeur: tout le monde semble adorer le Hellfest, jusqu'aux retraités qui boivent un Muscadet sur le marché, que l'on imagine mal, à première vue, faire du headbang sur du heavy metal.

Dans le podcast, pas de voisins incommodés par le bruit du festival, pas d'élus de l'opposition qui tentent d'empêcher sa tenue, pas d'association écologiste qui fustige la pollution qu'engendre l'événement. Uniquement des habitants et commerçants ravis d'accueillir le Hellfest. «Il y a très peu de voix dissidentes sur la question, explique la reporter. Pour les trouver, il faudrait vraiment les chercher, c'est très marginal. Et ce n'est pas ce que je voulais raconter avec ce podcast. France Bleu est aussi la radio des bonnes nouvelles, je voulais rester fidèle à cette ligne éditoriale», ajoute-t-elle avec honnêteté.

Et c'est réussi puisqu'il se dégage de cette série de portraits de Clissonnais l'image joyeuse d'une histoire d'amour improbable entre une ville rurale de Loire-Atlantique et les métalleux du monde entier. Certains ont même décidé de s'y installer, comme Valérian, guide-conférencier en charge de faire visiter le site (permanent) du Hellfest, ou Alix, disquaire barbu du Leclerc, qui bichonne ses clients de 75 ans qui ont «découvert le métal avec le festival et qui sont calés».

Succès, mode d'emploi

Comment donc Ben Barbaud et Yann Le Nevé, les deux fondateurs du festival, ont-ils réussi l'exploit de faire se rencontrer cette petite ville viticole et le monde noir et bruyant de la musique métal? «Au début, c'était pas gagné: entre le style musical, l'allure effrayante des festivaliers et la débauche…», admet Ben Barbaud. En 2006, lors de la première édition, quelques figures politiques affirment leur opposition à l'événement, comme Philippe de Villiers et Christine Boutin.

Mais le maire du village de l'époque connaît bien Ben Barbaud, l'enfant du pays qu'il entraînait au foot quand il était petit. Il décide de lui laisser sa chance. Au début, l'accueil est méfiant: des habitants retrouvent même des prières à Marie dans leurs boîtes aux lettres pour «prier ensemble» et repousser les «satanistes».

En 2007, tout change. Alors que la deuxième édition va débuter, des trombes d'eau s'abattent sur Clisson. Il en faut plus pour effrayer les fans de métal qui déferlent sur la ville pour Slayer, Korn ou encore Cannibal Corpse. Sans concertation, les Clissonnais agissent: le patron du supermarché dégote des milliers de paires de bottes de pluie, les Clissonnais sortent leurs tuyaux d'arrosage pour débarbouiller les festivaliers tout crottés, et offrent même de laver leurs vêtements ou de leur faire un thé. Le dialogue s'engage, les habitants découvrent que l'apparence parfois effrayante des métalleux n'est que façade. C'est le coup de foudre entre les habitants et le festival.

Beaucoup ouvrent leur maison pour loger des festivaliers chaque année, comme Jacquelin, veuve de 76 ans dont le portrait est l'épisode le plus touchant de la série. Les organisateurs du Hellfest contactent les vignerons du coin pour leur permettre de servir leur Muscadet aux métalleux, des familles entières deviennent bénévoles au Hellfest et la ville accepte de péréniser le site à l'année, devenu «un patrimoine comme un autre». Bref, tout Clisson vibre à l'unisson avec le festival de musiques extrêmes, jusqu'au patron du supermarché du coin qui décide d'organiser un festival «off» sur le parking du Leclerc, tombant pour quelques jours le costume-cravate.

Incarné par Capucine Frey, ancienne «fille rock'n' roll» en pleine crise de «daronnite», pleine de fraîcheur et malice, Clisson Rock city livre un portrait étonnant de cette petite ville et de son histoire d'amour avec le Hellfest. Habillé par de nombreux extraits de métal ou de punk rock («c'est un podcast, contrairement à l'antenne de France Bleu, on s'est permis de mettre un peu de musique qui gratte un peu les oreilles», explique Capucine Frey), le documentaire en huit épisodes raconte une France trop absente des médias traditionnels, une France où l'altérité est une richesse. Une réussite.

Clisson Rock city est disponible à l'écoute sur le site de France Bleu et sur l'application Radio France. 8x20 minutes.

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