Épargne responsable et solidaire... de quoi parle-t-on?
Économie

Épargne responsable et solidaire... de quoi parle-t-on?

Temps de lecture : 5 min
Slate.fr

Avec l’aide de Yoann Paturel, conseiller spécialisé en épargne et prévoyance chez BNP Paribas, Slate répond aux dix questions que vous vous posez sur cette forme d’investissement.

20 milliards d’euros! C’est la somme investie en 2020 par les Français dans l’épargne responsable et solidaire. Un bond de 33 % par rapport à l’année précédente et qui propulse le pays à l’avant-garde de la finance solidaire. Mais qu’est-ce qui la caractérise exactement? Et comment fonctionne-t-elle? Décryptage avec un conseiller spécialisé de BNP Paribas.

1. Qu’est-ce qui la différencie de l’épargne classique?

Rien ou presque. Elle consiste, comme une épargne classique, à placer de l’argent sur un support financier. Ce qui détermine sa qualité de «responsable et solidaire» est lié uniquement à la destination des sommes versées. Elles serviront à financer des entreprises labellisées «solidaires» dans des domaines aussi variées que l’écologie, la lutte contre les inégalités sociales, l’accès au logement ou l’aide à l’entrepreneuriat, notamment dans des pays en développement.

« C’est un peu la même différence que l’on fait entre l’alimentation classique et l’alimentation avec un label bio», remarque Yoann Paturel, conseillé spécialisé en épargne et prévoyance chez BNP Paribas, «c’est vraiment une question de choix éthique par rapport à l’orientation que va prendre l’entreprise dans laquelle nous allons investir

2. Quels sont les domaines d’intervention?

Les domaines de l’épargne responsable sont nombreux: développement durable, immobilier, insertion, art et culture, biodiversité, coopération Nord/Sud, etc, … « Par exemple, nous avons un certain nombre d’entreprises sélectionnées dans un fonds thématique autour de l’eau. Elles agissent dans tout ce qui est retraitement des eaux usées, potabilisation de l’eau et diffusion de cette eau potable aux populations », précise Yoann Paturel.

L’épargne sociale et solidaire finance ainsi des logements sociaux, des créations d’entreprises par des personnes en situation de précarité, des associations luttant contre le gaspillage, le développement d’énergies renouvelables ou encore de l’agriculture biologique. Concrètement, elle a permis en 2020 de soutenir 40 000 emplois, d’approvisionner plus de 8000 foyers en électricité renouvelable, de reloger près de 1500 personnes ou de cultiver 1000 hectares d’agricultures biologiques.

3. Quelle forme prend-elle?

La même forme qu’une épargne traditionnelle. On détermine trois vecteurs d’épargne : les produits financiers proposés par les banques ou les mutuelles d’assurance (assurance-vie, compte à terme, compte-titres, …), l’épargne salariale ou le placement direct dans le capital d’entreprises solidaires.

Il existe en revanche deux types d’engagements. L’épargnant peut proposer de reverser entre 25% et 100% des intérêts reçus à une association. C’est l’épargne de partage. Il peut sinon, plus classiquement, simplement investir dans des entreprises solidaires ou des entreprises répondant aux critères éthiques de l’épargnant. « Après avoir déterminé avec votre conseiller bancaire sur quelle enveloppe vous comptez investir, par exemple un PEA ou une assurance-vie, vous choisirez les fonds qui correspondent à vos convictions», explique Yoann Paturel.

4. Combien ça rapporte?

Les rendements sont similaires à ceux de l’épargne traditionnelle. Car épargne durable ou pas, rares sont les entreprises qui ont pour ambition de perdre de l’argent! « Dans le cadre de l’épargne solidaire et responsable, l’entreprise va générer de la rentabilité en respectant des critères socialement responsables et en prenant des engagements par rapport à leurs actionnaires, leurs employés et leurs clients», souligne Yoann Paturel.

Selon le conseiller de BNP Paribas, « cette rentabilité peut même être supérieure à celle de fonds plus classiques. Au cours de 2020, la grande majorité de nos investissements socialement responsables ont mieux résisté à la crise que certains fonds sur les nouvelles technologies ou sur de grandes industries qui ont été fortement touchées par l’arrêt de la production.»

5. Peut-on répartir ses placements entre épargne responsable et épargne traditionnelle?

Cela va sans dire. Seule la destination de l’argent est garantie dans le cadre de l’épargne responsable et solidaire, mais il n’existe pas de disposition particulière ou fiscalité différente. Les produits financiers restant les mêmes, on peut tout à fait les panacher.

Par exemple, les entreprises proposant une épargne salariale à leurs employés ont pour obligation de proposer un fonds commun de placement solidaire qui contient entre 5% et 10% d’investissement dans des entreprises solidaires et responsables. Une bonne manière de débuter!

6. Est-ce risqué?

Comme tout investissement, l’épargne responsable et solidaire comporte sa part de risque. Tout va dépendre de la composition des placements. Ainsi, un portefeuille comportant des actions présente en général un meilleur rendement, mais un risque plus élevé. À l’inverse, un livret bancaire offre une rentabilité plus faible, mais une meilleure garantie de conserver son capital investi.

«Des notes de risques sont données à chacun des fonds par l’Autorité des marchés financiers (AMF). Elles permettent de connaître sa variation sur une certaine période », précise Yoann Paturel. « Cette note doit s’envisager par rapport à son horizon de placement, c’est-à-dire par rapport à la date où l’on aura besoin de cet argent

7. Combien de temps les dépôts sont bloqués?

Il n’y a pas de durée minimale d’investissement, les fonds ne sont jamais bloqués. Mais, comme pour l’épargne classique, il existe une durée optimale d’investissement qui dépendra du produit financier et de la thématique choisie. Les durées conseillées s’échelonnent de 4 à 10 ans.

Attention toutefois: dans certains cas, retirer son argent trop tôt peut empêcher de bénéficier d’un avantage fiscal ou d’une garantie proposée par le fonds. La rentabilité de l’investissement pourrait s’en trouver réduite.

8. Comment fait-on, concrètement?

Il suffit de contacter son conseiller bancaire. La première étape sera de déterminer avec lui l’enveloppe d’investissement. Veut-on un compte-titres, une assurance-vie, un PEA? « Une fois que l’épargnant a choisi son enveloppe, le conseiller lui proposera des fonds spécialisés socialement responsables ou des fonds généralistes, mais avec une étiquette socialement responsable», explique Yoann Paturel.

Ce sera ensuite à l’épargnant de choisir le ou les fonds en phase avec ses convictions.

9. À partir de quelles sommes peut-on investir?

Tout dépendra du support choisi. En général, il est possible d’investir pour une quinzaine d’euros dans un compte-titres ou une cinquantaine d’euros pour une assurance-vie. «Cela reste accessible dès qu’on arrive à mettre un petit peu d’argent de côté», assure Yoann Paturel.

10. Comment être sûr que son argent sert vraiment à quelque chose?

Le mieux reste de sélectionner un fonds reconnu par un label d’épargne solidaire qui garantit que l’entreprise respecte ses engagements.

Le plus connu, le label ISR, pour Investissement socialement responsable propose des fonds sélectionnant des entreprises qui respectent des valeurs éthiques, sociales et environnementales.

Il existe aussi un label spécifique à la finance social et solidaire, Finansol, qui soutient des entreprises solidaires sur les thèmes de lutte contre les exclusions, le retour à l’emploi l’accès au logement et le développement local.

Ces deux labels sont complémentaires, car ils n’ont pas tout à fait la même finalité. «Ensuite, pour mesurer la qualité de l’impact des investissements responsables, les entreprises envoient les résultats des investissements. Par exemple, la quantité de CO2 économisée par le développement de l’entreprise », précise Yoann Paturel. Bien sûr, si le fond n’a pas tenu ses engagements, le label peut lui être retiré.

Cet article vous est proposé par Slate.fr et BNP Paribas dans le cadre de l'opération Investir Demain.

Découvrez l'ensemble des contenus articles et podcasts publiés sur notre site-évènement.

En savoir plus:
La rupture par l'Australie du «contrat du siècle» ne devrait surprendre personne

La rupture par l'Australie du «contrat du siècle» ne devrait surprendre personne

Pour Canberra, le dilemme était simple: se conduire en nation souveraine et respecter le contrat passé avec la France, ou privilégier sa sécurité et son lien de longue date avec Washington.

La finance verte est (pour le moment) une arnaque

La finance verte est (pour le moment) une arnaque

Le vert est à la mode, qu'il s'agisse de croissance ou de finance. Mais il y a un grand décalage entre les mots employés et la réalité. Cela pourrait changer s'il y avait une réelle volonté politique.

Concurrence

Concurrence

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio