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Des Indiennes musulmanes découvrent qu'elles ont été mises aux enchères sur internet

Temps de lecture : 2 min

Une plateforme a été créée pour faire honte à ces femmes, qui sont déjà victimes de harcèlement ciblé.

D'après la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale, la communauté musulmane indienne est régulièrement visée par des lois liberticides. | Arun Sankar / AFP
D'après la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale, la communauté musulmane indienne est régulièrement visée par des lois liberticides. | Arun Sankar / AFP

Nabiya Khan, 25 ans, scrollait son fil d'actualité Instagram comme elle a l'habitude de le faire, lorsqu'elle est tombée sur un post concernant un site qui vendait aux enchères des femmes musulmanes en Inde. La jeune femme qui était déjà horrifiée par le concept, a senti son cœur s'emballer quand elle a cherché à en savoir plus. Son profil, incluant des photos et des données personnelles, avait été publié sur le site.

Le procédé abject passe par une application, Sulli Deals, créée sur la plateforme d'hébergement GitHub et qui propose aux utilisateurs un bouton pour générer «l'offre du jour», explique The Independent. Quand un utilisateur clique dessus, le site sort un résultat parmi des dizaines de profils créés avec des photos accessibles au public de vraies femmes musulmanes, sans leur consentement. «C'était écrit qu'il s'agissait d'un “projet en exploitation libre mené par la communauté” et que nous étions principalement mises aux enchères par des hommes», explique Nabiya Khan. En réalité, Sulli Deals n'offre pas la possibilité de réaliser des transactions financières. Mais le but des hommes qui victimisent ces femmes est ailleurs: leur faire honte publiquement.

Des victimes déjà cibles de harcèlement en ligne

Utilisatrice de Twitter qui ne mâche pas ses mots, Nabiya Khan est malheureusement familière de ce type de harcèlement ciblé. Elle raconte être souvent victime d'agressions en ligne et faire l'objet de diverses insultes, toutes basées sur son identité religieuse. Cette fois, elle estime que les choses sont allées trop loin. «Les injures, ce n'est pas nouveau pour moi. Mais être considérée comme de la marchandise, ça, ça l'était complètement», dit-elle en expliquant qu'il s'agit d'un énième incident représentatif de la montée de l'islamophobie en Inde.

En effet, en 2020, la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale a lié ces phénomènes violents à la deuxième victoire électorale de Narendra Modi en 2019. Dans un rapport, elle explique que le parti nationaliste hindou au pouvoir, le BJP, a utilisé sa majorité accrue pour instaurer des politiques violant la liberté religieuse en Inde, visant en particulier les musulmans. En réponse, le gouvernement indien a jugé que la commission était «biaisée» et que son rapport n'était qu'un énième «acte de désinformation».

Sani Ahmad, une journaliste basée à Delhi, s'est elle aussi aperçue que son profil avait été mis en ligne sur Sulli Deals quand elle a été identifiée sur Twitter dans un article montrant des captures d'écran de la plateforme. Elle a déclaré au journal anglais que l'un des comptes anonymes faisant la promotion du site web sur Twitter lui envoyait régulièrement «des tweets et des commentaires violents» et utilisait même sa photo comme image de couverture. «J'ai posté une capture d'écran du compte de cette personne pour demander aux gens de le signaler», témoigne-t-elle.

Par ailleurs, la journaliste a également exigé une plus grande responsabilité de la part de Twitter, qu'elle enjoint à prendre des actions rapides contre ce harcèlement ciblé. «Il est de la responsabilité de Twitter de garantir un espace sûr pour toutes les femmes», réclame Sani Ahmad.

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