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Peut-on se droguer sans polluer?

Brendan Borrell, mis à jour le 15.05.2010 à 13 h 37

Les stupéfiants sont bien souvent toxiques pour la planète.

Si j'étais du genre à fréquenter les soirées où circulent toutes sortes de produits stupéfiants, lequel devrais-je préférer du point de vue écologique?

Disons-le franchement: qui dit drogue dit le plus souvent toxicité pour la planète. Les conditions dans lesquelles sont fabriquées les substances illégales rendent impossible toute forme de réglementation verte, et la guerre menée contre la drogue [aux États-Unis] est elle-même à l'origine de sérieuses atteintes à l'environnement. (Chaque année, 120.000 hectares de champs colombiens sont aspergés d'herbicide RoundUp.) Cependant, l'impact écologique des drogues varie selon leur origine, leur mode de culture et la façon dont elles sont synthétisées.

À cet égard, l'ecstasy et la méthamphétamine sont particulièrement délétères. Le premier est fabriqué à partir d'huile de sassafras, extraite d'un arbre équatorial très menacé au Brésil et en Asie du Sud-Est. En 2008, l'ONG britannique Flora and Fauna International a aidé les forces de l'ordre à mettre la main sur 33 tonnes d'huile illégalement distillée, après que plus de 8.000 arbres de la réserve naturelle cambodgienne de Phnom Samkos ont été abattus (de quoi faire 245 millions de pilules d'ecstasy.) Pour sa part, la méthamphétamine est issue de l'éphédrine ou de la pseudo-éphédrine, composants chimiques extraits d'un buisson asiatique ou obtenus par fermentation de la mélasse. Selon le Narcotics Control Strategy Report de 2010 élaboré par le Département d'État, la Chine et l'Inde fournissent la moitié de la planète, et la plus grande partie du territoire américain. Aux États-Unis et au Mexique, les barons de la méthamphétamine s'approvisionnent en matière première auprès de fabricants de médicaments ou de grossistes locaux, tandis que les trafiquants plus modestes achètent en pharmacie des remèdes contre le rhume [lesquels comprennent souvent de l'éphédrine ou de la pseudo-éphédrine, NdT]. En bout de chaîne, les laboratoires qui confectionnent les pilules vendues au détail sont plutôt du genre polluant: en Californie, la police estime qu'entre 2000 et 2004, ils ont déversé de 200.000 à 350.000 tonnes de déchets dans les canaux et les terres agricoles de la Grande Vallée. Les personnes chargées du nettoyage doivent porter des combinaisons de protection contre les produits dangereux.

La cocaïne n'est pas vraiment moins agressive. Selon l'Agence anti-drogue des États-Unis, la Drug Enforcement Agency (DEA), 2,4 millions d'hectares de forêt équatoriale ont été rasés par les cultivateurs de coca dans les Andes sud-américaines au cours des 20 dernières années. Si ces chiffres sont exacts, cela représente près d'un quart de la déforestation observée dans cette région du monde. Le gouvernement péruvien affirme quant à lui que 15 millions de litres de produits toxiques -notamment du kérosène et du gazole- sont rejetés dans le bassin versant de l'Amazone chaque année pendant la période de fabrication de la pâte de coca. Enfin, pour atteindre les États-Unis par avion, par navire ou par narco sous-marin, les chargements font parfois un détour friand en carburant via l'Afrique du Sud et l'Europe.

Pour les adeptes de drogue dure, l'héroïne constituerait donc un meilleur choix. Bien que la majorité de la marchandise provienne des cultures de pavot de l'Afghanistan et de l'Asie du Sud-Est, d'aucuns soutiennent que l'opium reste moins nocif pour l'environnement que les autres productions locales. Si les paysans adoptaient la culture du riz ou du caoutchouc, ils devraient exploiter beaucoup plus de terres pour le même revenu, comme ce serait le cas pour les planteurs de coca sud-américains. Mais c'est surtout en termes de rendement des sols que l'héroïne est plus intéressante que la cocaïne: d'après le rapport annuel de 2009 de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), un mètre carré de pavot à opium renferme 23 doses d'héroïne, tandis qu'un mètre carré de coca ne produit que six lignes de cocaïne.

Ce qui nous amène à la marijuana, plus verte des drogues illicites. Dans le même rapport de l'ONUDC, on apprend ainsi qu'un mètre carré de chanvre indien permet d'obtenir 250 doses en consommation finale. Si sur la planète, le cannabis, la coca et le pavot à opium occupent chacun la même superficie de terres, soit environ 200.000 hectares, le premier fait planer beaucoup plus de monde. Pour les consommateurs américains, ce produit présente en outre le relatif avantage d'être cultivé en grandes quantités sur leur sol. Près de la moitié du cannabis américain est ainsi de source domestique, ce qui suppose un «kilométrage stupéfiant» et une empreinte carbone moindres.

La marijuana n'a toutefois pas que des vertus. Plus de la moitié des 50.000 tonnes de récolte mondiale annuelle proviennent du Mexique subtropical, y compris de zones protégées de la Sierra Madre occidentale, comme votre serviteur a pu le constater lui-même. En Californie, des cultivateurs du Sequoia Park ont détruit une partie de la flore indigène, détourné des cours d'eau et déversé engrais et produits nocifs dans des réserves naturelles. Et en août 2009, des planteurs de cannabis ont provoqué un incendie de 30.350 hectares avec un feu de camp.

Si la drogue vient faire déborder un peu plus les poubelles du consumérisme américain, certains usagers exaltés se révèlent à l'inverse d'ardents écologistes. Au Mexique, c'est par exemple le cas des Indiens huichols, grands amateurs de peyotl, qui ont fait de leur route de pèlerinage psychédélique vers Wirikuta, une zone protégée.

Brendan Borrell

Traduit par Chloé Leleu

Photo: Lors d'une manifestation pour la légalisation du cannabis, à Madrid le 10 mai 2008. REUTERS/Susana Vera

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