France

Pourquoi Nicolas Sarkozy remonte dans les sondages

Thomas Legrand, mis à jour le 12.05.2010 à 9 h 31

Son efficacité lors de la crise européenne et une meilleure compréhension de la fonction ont permis au président d'enrayer sa chute de popularité.

Les sondages d'opinion sont redevenus depuis quelques temps plus favorables à Nicolas Sarkozy. Même si l'on reste sur une défiance largement majoritaire, il regagne 3 points ici, 5 là et a stoppé sa dégringolade. Deux éléments commencent à payer en termes de popularité.

1/ La «représidentialisation»

L'effet (que l'on dirait presque mécanique) de l'abandon de tout un tas de projets ou de débats qui paraissaient largement superflus, politiquement douteux ou peu clairs, qui fleuraient bon l'utilisation politicienne... qui obstruaient l'horizon, divisaient et plombaient l'ambiance politique. Donc abandonnée la loi sur la sécurité des mineurs, le débat sur l'identité française, la suppression du juge d'instruction et même, par petites touches, le bouclier fiscal qui pourrait bientôt ne plus ressembler qu'à une «feuille de vigne fiscale» pour reprendre l'image trouvée par François Baroin le ministre du Budget.

Le président semble aussi, comme on n'arrête pas de le dire depuis le début du quinquennat (on peut en douter mais bon), aussi vouloir enfin se présidentialiser, c'est-à-dire organiser une certaine rareté de sa parole pour que celle-ci ait, au final, plus de poids et une valeur plus arbitrale. Le rythme des réformes, ou plutôt de l'annonce des réformes, s'est calmé même si, du fait de l'embouteillage législatif, ce qui est annoncé est quand même souvent assorti d'une procédure d'urgence. Bref, du discernement dans la réforme et la gestion de la crise comme seul objectif principal. En matière de sécurité, beaucoup moins de mots et plus d'action, comme pour les opérations anti-drogue en Seine-Saint-Denis... Toujours pas de plan Marshall pour les banlieues en contrepoint, mais la crise offre une bonne occasion de faire accepter de ne pas tenir les promesses coûteuses.
La crise européenne, enfin, est politiquement valorisante pour la France, donc pour celui qui l'incarne.

2/ L'Europe

La France, au sein de l'Union, est le pays qui défend avec le plus d'ardeur et depuis toujours les avancées d'une Europe politique, qui plaide en permanence pour un gouvernement économique européen. L'Allemagne est la puissance financière et industrielle de l'Europe, la France est la puissance politique. Le leadership du président français, quel qu'il soit, ne s'appuie pas sur une puissance économique imposante comme celle que peut afficher Berlin, le président français, lui, parle d'une voix d'autant plus forte qu'elle est relativement consensuelle, qu'elle exprime au moins ce que pensent les deux principaux partis politiques de gouvernement (UMP et PS).

En ce moment, entre les Espagnols légèrement paniqués par leur situation financière, les Allemands qui se demandent s'ils ne sont pas la vache à lait d'un continent pas très vertueux, la voix de la France raisonne et Nicolas Sarkozy sait y faire. En plus, le temps passe, on n'en est plus à souligner le hiatus entre la volonté dé-régulatrice du Nicolas Sarkozy d'avant la crise et d'avant l'élection...

Maintenant, le président est la voix de la France et la France, par nature, par tradition, est régulatrice, promeut un capitalisme encadré. Les politiques seront jugés à leur réelle volonté et capacité à imposer une loi aux marchés, pour l'instant on a un peu l'impression que l'on agit plutôt pour s'attirer leurs faveurs, ou au moins pour les prendre de vitesse...

La vitesse, le rythme! Nous y voilà, l'autre impression qui domine, c'est que l'Europe s'y prend toujours avec un temps de retard. Dans ce contexte, Nicolas Sarkozy, toujours impatient, peut se forger une autre image plus avantageuse, avant que les effets de la rigueur ne se manifestent. La crise est bonne pour le président parce que son tempérament énergique, qui ressemble à de l'agitation par temps calme, peut ressortir comme de la promptitude par temps agité.

Thomas Legrand

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Photo: Nicolas Sarkozy à Bruxelles lors d'une conférence de presse Yves Herman / Reuters

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