Boire & manger

Le Four Seasons à Megève, une prolongation de l'âme d'une maison de famille

Temps de lecture : 9 min

La seule cheffe trois étoiles de France, Anne-Sophie Pic, officie au restaurant La Dame de Pic - Le 1920 de l'hôtel cinq étoiles du Mont d'Arbois.

L'Hôtel Four Seasons Megève. | Richard Waite
L'Hôtel Four Seasons Megève. | Richard Waite

La baronne Ariane de Rothschild a confié la cuisine et la restauration du grand hôtel niché sur les hauteurs du Mont d'Arbois à Megève à la seule cuisinière trois étoiles de France, Anne-Sophie Pic, en charge du beau restaurant de la famille, Le 1920 en référence à l'arrivée de Noémie de Rothschild, mère du baron Edmond il y a tout juste un siècle. Une belle rencontre.

Anne-Sophie Pic à La Dame de Pic - Le 1920. | MaisonPic

Pour la fille unique de Jacques Pic, célèbre trois étoiles à Valence (1932-1992), c'est un challenge captivant car Anne-Sophie et son mari David Sinapian sont des amoureux de Megève, village cher à Jean Cocteau où ils passent des vacances régulières. Les pentes du Mont d'Arbois n'ont pas de secrets pour ce couple de Valence.

La cheffe est devenue une cueilleuse d'herbes, de bourgeons de sapin, de plantes sauvages, c'est une terrienne, une marcheuse montagnarde enchantée de renouveler le répertoire culinaire du terroir mégevan.

Le choix d'Ariane de Rothschild a été judicieux. Dès la réouverture du Four Seasons à la mi-juin, Anne-Sophie Pic est à la tête d'une brigade d'une vingtaine de cuisinières et cuisiniers. Elle a imposé ses préparations originales, comme le fameux berlingot savoyard au beaufort et abondance ainsi que le bar au caviar Petrossian inventé par son père voici un demi-siècle, un chef-d'œuvre: à coup sûr le plat le plus délicat, le plus goûteux de la carte d'une douzaine de spécialités des alpages, des élevages et des rivières.

À La Dame de Pic - Le 1920, le berlingot savoyard. | Jean-François Mallet

Ouvert en décembre 2017 sur un terrain acquis par les Rothschild depuis des lustres, le Four Seasons offre des prestations de confort, d'élégance, de savoir-vivre qui en font un cinq étoiles de classe internationale. Situé sur les pentes du hameau de Planellet, l'hôtel rothschildien jouit d'un environnement exceptionnel au cœur d'une nature millénaire préservée.

Le cadre alpin, face aux collines vertes ou blanches selon la saison, constitue l'atout majeur du Four Seasons avec sa vue panoramique sur les sommets inviolés.

L'hôtel Four Seasons Megève sur les hauteurs du Mont d'Arbois. | Richard Waite

2020 a marqué le centenaire de la présence des Rothschild côté Edmond, Nadine, Ariane et Benjamin décédé brutalement en janvier 2021, une perte tragique pour son épouse et ses quatre filles.

C'est la baronne Noémie, mère du baron Edmond (1926-1997), qui dans les années 1920 a découvert et aménagé la station. Excellente skieuse, elle a fait viabiliser le site alpin, édifier chalets, routes et pistes. Sans elle et sa passion pour Megève, le village, la station de ski, les alentours n'auraient pas vu le jour. D'où l'attachement du regretté Benjamin, excellent skieur, d'Ariane et de ses quatre enfants au site montagnard –c'était la fée du Mont d'Arbois.

Le Bar Edmond. | Anne-Charlotte Marcadé

«Megève est avant tout un ancrage familial très fort», souligne la baronne, créatrice avec son mari de ce grand hôtel inscrit dans la chaîne canadienne Four Seasons: une centaine d'adresses de prestige sur le globe dont le prestigieux Four Seasons George V à Paris, trois étoiles au Cinq du chef breton Christian Le Squer.

Ce sont Benjamin et Ariane qui ont conçu le Four Seasons mégevan avec le concours de Pierre-Yves Rochon, fameux architecte décorateur qui a travaillé main dans la main avec la baronne banquière, femme de goût, d'une vaste culture artistique.

Le lobby de l'Hôtel Four Seasons Megève. | Richard Waite

«Nous sommes ici aux pieds des pistes, au cœur d'une nature florissante avec une vue dégagée, magnifique. Grâce à Ariane, nous avons pu donner à chaque chambre de l'hôtel un cachet particulier, des terrasses et une présence physique de la nature», indique l'homme de l'art Pierre-Yves Rochon dont c'est le premier grand hôtel de montagne qu'il signe.

Cette demeure de charme et de beauté est une île verte, une oasis dans la forêt d'arbres couronnée par les sommets enneigés en toute saison. Quel site splendide, et protégé!

«Ariane de Rothschild, tête pensante du projet hôtelier, a le respect du passé et la vision du futur. Elle n'aime pas les chichis, la déco pour la déco. Je me suis pénétré de son univers et surtout de son désir de présenter des œuvres d'artistes contemporains comme Gilles Chabrier, Thierry Bruet, Arik Levy, Zoé Ouvrier... Mais je dois dire que la baronne nous a donné une incroyable liberté pour nous exprimer sans tabous ni idées préconçues, avec un vrai amour et un respect total des métiers d'art et des artisans. Il y a une authenticité dans ce projet, une âme dont je suis très fier», confie Pierre-Yves Rochon, satisfait du formidable défi mégevan.

«Créer un intérieur, c'est faire le portrait de son propriétaire sans que cela se voie et sans que l'on y mette une date», déclarait la célèbre architecte d'intérieur Andrée Putman aux intuitions remarquables de vérité.

Le talentueux Pierre-Yves Rochon a réalisé avec maestria la décoration si particulière du Four Seasons, il a su se plier à cet exercice périlleux car il a un style Rothschild: œuvres d'art, élégance et savoir-vivre-ensemble.

Oui, il y a une féerie à Megève, une attractivité des paysages, des montagnes, des sommets et du village si prisé par la fidèle clientèle qui vient hors la saison d'hiver. Ce sont les vrais amoureux des paysages et des lieux de vie. Le baron Edmond venait autant l'hiver que l'été. On admire ici le style Art Déco bien présent: ordre, couleur et géométrie des espaces.

À l'Hôtel Four Seasons Megève, la piscine couverte et le spa. | Anne-Charlotte Marcadé

Au spa de 900 mètres carrés, le plus vaste de la région, le blanc est saisissant. Pierre-Yves Rochon est parvenu à installer une atmosphère chaleureuse, ouverte sur le paysage mégevan. Les terrasses où l'on peut prendre le repas et le petit déjeuner au soleil sont une totale réussite: partout une sorte de magie du lieu, une bulle de douceur qui ressource les résidents. Et chapeau pour la piscine turquoise intérieure et extérieure (une réussite) aux colonnes de marbre, c'est l'un des atouts majeurs de l'hôtel rothschildien: du soleil toute la journée dès le printemps et bains de soleil du matin au soir en saison.

À l'Hôtel Four Seasons Megève, la piscine découverte. | Anne-Charlotte Marcadé

«L'esthétique ne se limite pas au beau et n'est pas suffisante si elle n'a pas de sens. C'est aussi et surtout une question de rythme, d'harmonie, d'équilibre à l'image d'un poème. Ceux de Baudelaire font partie de ma vie depuis longtemps», livre Ariane de Rothschild qui avait en tête une conception dynamique de l'hôtel aux quatre chalets mégevans.

Les importantes collections d'art offertes par Ariane de Rothschild sont distillées dans l'hôtel, l'élément singulier de la décoration. C'est l'univers d'une passionnée d'art, collectionneuse et savante. Elle sait de quoi elle parle: «Le verre soufflé, gravé, taillé n'est ni froid ni sans âme. Je le trouve sensuel et attrayant. Il porte la symbolique de la transformation.»

Parmi les trouvailles visuelles, voici le desk d'accueil tout en verre comme un bloc de glace: sept mètres de long, deux tonnes. Il paraît suspendu au-dessus du sol.

À l'Hôtel Four Seasons Megève, le desk d'accueil. | FourSeasonsMegeve

Il faut voir la très belle galerie de vases, une trentaine, qui aurait sa place au Louvre. L'œil est happé par les formes, les colonnes, les matières: il a fallu les placer, les déplacer jusqu'à ce que chaque pièce apporte son accord à l'ensemble.

La pierre, la céramique, le bois, les peintures, le papier, les photographies présentées dans les quarante-et-une chambres et quatorze suites provoquent intérêt, attirance, éveil.

À l'Hôtel Four Seasons Megève, la terrasse d'une chambre donnant sur les massifs montagneux. | Richard Waite

Il s'agit de donner du sens à l'exceptionnel et de piquer la curiosité des résidents bien au-delà du simple confort du corps. C'est bien plus qu'un grand palace mégevan au pied des pistes.

Tout ici relève d'un hôtel-musée, une prolongation de l'âme d'une maison de famille: l'œuvre hôtelière s'apparente à un exploit, c'est l'offrande aux résidents de l'esprit rothschildien exprimé par le partage, le don pour le bonheur des clients.

Oui, un hôtel de grand standing en parfaite harmonie avec la nature et le style mégevan: 18.000 végétaux plantés dans les jardins de l'hôtel. Et le premier grand hôtel de luxe cinq étoiles du village de Megève ou «la glorification du ski» (1913).

Pour la baronne Ariane, le village mythique doit mettre en œuvre une vie animée à l'année, pas uniquement dictée par la saisonnalité: «Au XIXe siècle, la région était déjà réputée pour des séjours de bien-être, des lieux préservés où l'on venait pour retrouver forme et santé. C'est en ce sens que nous avons imaginé notre hôtel sur les hauteurs du Mont d'Arbois.» C'est une date importante dans le devenir de la station qui n'a jamais été plus à la mode.

La salle du restaurant La Dame de Pic - Le 1920. | Four Seasons

Grâce à la puissance internationale de la marque Four Seasons, Megève accueille déjà plus de visiteurs américains, suisses, allemands, arabes, russes et bientôt chinois. C'est la dynamique en marche de la station au charme inégalable.

«En outre, il nous semble que Megève a une fantastique carte à jouer en tant que station de moyenne montagne: elle peut générer un grand volume de clientèle de toutes origines attirée au Four Seasons par l'accès direct aux pistes de ski voisines.» Cet hôtel de classe est un plus pour la station familiale de grand prestige.

La terrasse du restaurant La Dame de Pic - Le 1920. | Anne-Charlotte Marcadé

Les bons plats actuels à La Dame de Pic - Le 1920

  • La tomate légèrement confite, burrata crémeuse fumée à la racine d'impératoire, vierge de basilic et géranium rosat (42 euros)
  • Le berlingot savoyard, beaufort et abondance à l'absinthe, consommé corsé aux champignons et à la sarriette de montagne (48 euros)
  • La truite Fario des fontaines de l'Oron marinée aux bourgeons de sapin et gin du Mont Blanc, pickles de concombre, vinaigrette lactique à l'huile de tagette et œufs de brochets fumés (58 euros)

À La Dame de Pic - Le 1920, la truite Fario des Fontaines de l'Oron. | Jean-François Mallet

  • L'omble chevalier des contreforts alpins laqué au whisky, poireaux crayons grillés, beurre blanc au café Libérica et à la livèche (59 euros)
  • Le turbot sauvage, cotes de céleri et rhubarbe cuisinées, sauce infusée aux bourgeons de cassis et baies de genièvre (72 euros)

À La Dame de Pic - Le 1920, l'omble chevalier des contreforts alpins. | Jean-François Mallet

  • Le bar au caviar réinterprété par Anne-Sophie, sauce mousseuse au champagne, saké, rose et citrus Jabara (140/220 euros)
  • L'agneau des alpages mariné à l'agastache, mélisse et élixir végétal de la Grande Chartreuse, poivrons rouges et algues marines (67 euros)

À La Dame de Pic - Le 1920, l'agneau des alpages. | Jean-François Mallet

  • Le bœuf de Charolles AOP en imprégnation de menthe, cognac et poivre de Sarawak, mini aubergines confites et ail noir de la Drôme, jus corsé (64 euros)
  • Le cochon de Bigord AOP au safran, aux feuilles de figuier et de cerisier, ravioles de blettes crémeuses (58 euros)
  • Le chariot de fromages locaux (35 euros)

Les desserts

Imaginés par Anne-Sophie Pic et réalisés par le pâtissier Jonathan Chapuis, ancien des Troisgros et du Ritz.

  • Le fraisier contemporain rafraîchi à l'aneth, poivre Tchuli au moulin (30 euros)
  • Le millefeuille blanc au miel, eucalyptus, myrtille (28 euros)

À La Dame de Pic - Le 1920, le fraisier contemporain. | Jean-François Mallet

  • Les gavottes chocolatées, mousse au café Gédéo d'Éthiopie, crème glacée à la feuille de cannelier (29 euros)
  • Les cerises de Yannick Colombié en imprégnation de géranium rosat, note chaleureuse d'anis vert (32 euros)
  • La rhubarbe parfumée à la fleur de sureau, tarte au fromage blanc et à la fleur d'oranger (30 euros)

La carte des boissons et des vins est signée Paz Levinson, la cheffe sommelière exécutive du Groupe Pic, une grande dame du jus de la treille.

Le Four Seasons Hôtel Megève

373, chemin des Follières 74120 Megève. Par Sallanches en train. Tél.: 04 50 21 12 11. Menus Pic du Midi à 160 euros, Pic Blanc à 210 euros. Carte de 130 à 170 euros. Chambres à partir de 575 euros. Petit déjeuner copieux en terrasse. Spa, massages, piscine couverte et découverte. Parking, voiturier.

Une chambre à l'Hôtel Four Seasons Megève. | Richard Waite

Pool Terrace

Déjeuner à la piscine de l'hôtel face aux collines et montagnes savoyardes, un site de toute beauté. Les fidèles y passent la journée devant ce panorama naturel entre deux brasses. Au menu, salade César au poulet (39 euros), assiette de pata negra (39 euros), tomates anciennes, burrata crémeuse et pesto (32 euros), carpaccio de bœuf, roquette (35 euros), île flottante à la pêche (18 euros), café glacé (10 euros). Côtes de Provence Château d'Esclans (16 euros le verre). Fitness et massages à côté (75 euros).

Le Club du Mont d'Arbois

Sur le premier trou du golf, un restaurant à terrasse. Vue dégagée. Plats bien tournés du bon chef Jeremy Sicot: ballottine de volaille à l'estragon (20 euros), œufs cocotte au lard (18 euros), entrecôte frites (31 euros), fish and chips sauce tartare (24 euros), tarte au chocolat (8 euros). Déjeuner seulement, le soir pizzeria tout près.

3001, route Edmond de Rothschild 74120 Megève. Tél. 04 50 93 03 43.

L'Épicerie Noémie

Dans Megève, une boutique gourmande propose les produits de la famille: charcuteries, plats traiteur, fromages (brie à la truffe), les vins de Bordeaux (Clarke) et le champagne des Barons. Prix décents.

18, quai du Glapet 74120 Megève. Tél.: 04 50 91 93 11.

À lire

Megève, 100 ans d'engagement Rothschild, 1920-2020, documents et illustrations historiques, la mémoire du lieu et d'une famille. En vente à l'hôtel.

La famille de Rothschild est actionnaire majoritaire de Slate.fr.

Newsletters

La meilleure façon de faire de la confiture

La meilleure façon de faire de la confiture

Après de (trop) nombreux essais, je ne suis PAS parvenue à départager les différentes méthodes pour préparer la confiture de fraises qui ensoleillera votre hiver.

Deux hommes arrêtés avec leur coffre rempli de KFC pour défier le confinement en Nouvelle-Zélande

Deux hommes arrêtés avec leur coffre rempli de KFC pour défier le confinement en Nouvelle-Zélande

Les restrictions sanitaires interdisent les plats à emporter dans la ville d'Auckland, qui s'est barricadée.

Saint-Tropez, un village de pêcheurs en basse saison

Saint-Tropez, un village de pêcheurs en basse saison

Nos bonnes adresses pour un weekend tropézien idéal hors de la saison touristique.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio