Life

Pizzlis et Grolars

Christine Cyr Clisset , mis à jour le 25.07.2012 à 15 h 58

Quand les ours polaires et les grizzlis se reproduisent entre eux, leur descendance est fertile. Pourquoi d'autres espèces n'en sont-elles pas capables ?

Des scientifiques ont confirmé début mai qu'un ours tué par un chasseur Inuvialuit dans les Territoires du Nord-Ouest était un hybride de grizzli et d'ours polaire de seconde génération –un «pizzli» ou «grolar». Pourquoi le croisement de certaines espèces peut-elle produire une descendance fertile, alors que d'autres –comme entre chevaux et ânes– ne le peuvent pas ?

Parce que leur ancêtre commun est plus récent. Quand des barrières géographiques –comme la montée des eaux ou la fonte de la banquise– séparent des populations, elles peuvent aussi générer des différences physiologiques, génétiques ou comportementales; des changements dans la structure ou le nombre des chromosomes; des organes génitaux de constitution différente; ou encore des périodes et des rituels fertiles incompatibles –tout ce qui peut empêcher un succès reproductif. Prenez les chevaux et les ânes, qui ont probablement divergé voici environ 2,4 millions d'années. Les chevaux possèdent 64 chromosomes, alors que les ânes n'en ont que 62, et quand ils se reproduisent, leurs chromosomes ne peuvent s'apparier proprement, inhibant ainsi la méiose de leur descendance. Et c'est pour cela que les mulets sont stériles. Les ours bruns et polaires, par contre, ont divergé de leur ancêtre commun voici seulement 150.000 ans environ –une période relativement récente– et n'ont pas développé de différences génétiques majeures.

La théorie dominante veut que les ours polaires et les ours bruns aient divergé à la fin de la dernière ère glaciaire (le Pleistocène), quand une population a suivi le recul de la glace vers le Nord. Alors qu'elle s'adaptait à son nouveau domicile arctique, la population séparée a perdu la bosse de l'ours brun et a développé le pelage caractéristique de l'ours blanc (qui est en réalité transparent), des épaules plus étroites, un cou plus long, une tête plus petite et des pattes partiellement palmées. Mais en dépit des apparences, les ours polaires et les grizzlis sont toujours assez proches génétiquement. En fait, on dénombre plusieurs croisements réussis dans des zoos.

Le rapprochement des habitats

La raison pour laquelle il y a si peu de croisements de grizzlis et d'ours polaires à l'état sauvage vient du faire que, littéralement, ils ne se croisent pas durant la saison des amours. Le grizzli de la toundra vit principalement sur la terre ferme, où il se nourrit de caribous et de baies, et s'accouple de mai à juillet; tandis que les ours polaires s'accouplent d'avril à juin, et chassent les phoques sur la banquise. Mais il y a quatre ans, un chasseur professionnel a abattu un grizzli-ours polaire mâle près de l'Île Banks (juste à l'ouest de l'Île Victoria), prouvant qu'au moins un couple d'ours sauvages avait comblé leurs différences. L' hybride tué en avril était l'enfant d'un hybride femelle et d'un grizzli mâle, portant à trois le nombre d'hybrides sauvages connus (en comptant les deux ours morts et la mère hybride). Il est possible qu'il y en ait plus. Des scientifiques reviennent d'ailleurs sur certaines de leurs observations d'ours qu'ils pensaient être, sur le moment, des grizzlis blonds.

Certains scientifiques pensent que le réchauffement climatique pourrait causer l'hybridation de nombreux animaux arctiques, en particulier chez les animaux marins. Selon cette théorie, avec la fonte des glaces de l'Océan arctique, des espèces génétiquement proches du Pacifique Nord et de l'Atlantique Nord pourraient entrer en contact et se reproduire ensemble. Dans le cas des ours polaires, la diminution de leur habitat naturel pourrait les pousser sur la terre ferme, où ils  rencontreraient les grizzlis. D'autres scientifiques, cependant, ne sont pas certains que le réchauffement climatique soit le principal responsable de ces hybridations d'ours. La fonte des glaces a été moins importante dans la Mer de Beaufort que dans d'autres zones arctiques, et il semble bien possible que ces pizzlis soient nés de couples s'étant rencontrés sur la glace, plutôt que sur la terre ferme.

Christine Cyr Clisset

Traduit par Peggy Sastre

Photo: flickrfavorites via Flickr CC License by

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