Culture

De Tate Modern à Pompidou Metz, en quête d'un nouveau public

Marie-Laure Cittanova , mis à jour le 11.05.2010 à 15 h 19

Le 12 mai sera décidément jour de fête pour la culture: on y célèbrera à la fois le coup d'envoi du festival de Cannes, l'ouverture du centre Pompidou de Metz et les dix ans de la Tate Modern de Londres. Ces deux évènements ne sont pas seulement liés par les hasards du calendrier. En fait, on peut même penser que le succès de la Tate Modern a changé la perception de l'art contemporain en Europe et poussé le centre Pompidou à entreprendre cette entreprise de décentralisation dans une ville jusqu'ici connue pour ses aciéries et une impressionnante gare de grès rouge et de bronze, vestige de l'occupation allemande de l'Alsace-Lorraine.

La création de la Tate Modern a été un pari du Londres vibrionnant de la période Tony Blair. Avant l'an 2000, la ville ne disposait pas d'un musée d'art moderne et contemporain. La Tate Modern, construite dans une ancienne centrale électrique sur la rive sud de la Tamise, devait réparer cette lacune. Avec un énorme succès. Le musée, gratuit, est désormais fréquenté par plus de cinq millions de visiteurs chaque année, organise plusieurs expositions de haut niveau chaque saison et doit bientôt ouvrir un nouveau bâtiment. L'art contemporain, peu apprécié en Grande-Bretagne jusque là, est maintenant partie intégrante de la culture britannique. C'est la réussite de la «cool Britannia» voulue par Tony Blair.

Il y a plus: la présence de ce musée sur la rive sud de la Tamise, jusqu'ici considérée comme défavorisée, a contribué à revaloriser le quartier: la promenade le long de la rive, mais aussi les quartiers environnants, avec le vieux théâtre Shakespeare et le marché de Borough Market, le «ventre de Londres». La revitalisation du quartier, situé à une encablure de la City, est un pas important dans l'aménagement de Londres. En outre, le succès de la Tate modern a contribué à l'explosion du tourisme à Londres, en particulier avec l'arrivée de l'Eurostar dans la capitale britannique. Selon la galerie, Tate modern «pèse» 100 millions de livres par an dans l'économie de la capitale, en attirant des visiteurs qui vont à l'hôtel, mangent et visitent d'autres hauts lieux de la capitale.

La Tate, si elle ne possède pas les plus belles collections d'art moderne du monde, a cependant contribué à faire connaître par un public toujours plus nombreux les différentes expressions de l'art moderne. Des actions en faveur de l'accessibilité du musée pour les jeunes ou les handicapés ont été démultipliées. Seule solution pour obtenir des subventions. En outre, la Tate dispose aussi d'une galerie à Liverpool afin de montrer l'art moderne dans le nord de l'Angleterre et a créé une section «online» où l'on peut voir une multitude de vidéos et de programmes spéciaux sur l'art.

L'expansion de la culture et la découverte de l'art moderne par la Grande-Bretagne a eu, on ne peut en douter, des effets jusque sur le continent européen. La manière dont l'équipe de Nicholas Serota a géré la Tate (trop «marketing» diront les esprits chagrins) a obligé d'autres responsables à se poser des questions pour répondre aux exigences du public, similaires d'un côté et de l'autre de la Manche, et élargir leur audience.

A Paris aussi, le centre Pompidou draine de plus en plus de monde. Il suffit de voir que l'exposition Soulages a été vue, cet hiver, par 500.000 personnes, malgré plusieurs jours de grève. D'où la décision de créer un musée en province à Metz, décision également prise par le Louvre à Lens. On remarquera que le choix des musées s'est porté sur des villes plutôt défavorisées, victimes des grandes crises de la désindustrialisation.

Et pourquoi pas? C'est bien là plus qu'ailleurs que l'on besoin de sens, lorsque le travail disparait et lorsque ne restent que les carcasses des entrepôts ou des hauts fourneaux. Et c'est bien là aussi que l'on a intérêt à développer un tourisme culturel qui permet de revitaliser les centres- ville.

Marie-Laure Cittanova

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Image de Une: Le Centre Pompidou de Metz Benoit Tessier / Reuters


Marie-Laure Cittanova
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