Jacques Attali: L'Europe rase gratis
La dette se creuse et la façon de la financer devient de plus en plus virtuelle
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Pour avoir, depuis des mois, appelé à la mise en place d'une Agence européenne du Trésor, capable d'émettre des bons du Trésor européens, je ne peux que me réjouir de la formidable avancée que représente la décision de Bruxelles. L'Europe, et c'est heureux, a choisi de sortir par le haut. Les technocrates ont rempli leur vraie mission, qui est de rendre possible ce que souhaitent les politiques.
En tout cas une partie de leur mission. Car ni les uns ni les autres n'ont rempli leur véritable devoir, qui est de sortir de l'engrenage de la dette.
Après avoir basculé, par le G20, de la dette privée à la dette publique, voici qu'on bascule, banque centrale après banque centrale, de la dette publique à la planche à billet. La BCE aura été la dernière à résister.
Certes, l'inflation n'est pas immédiate, mais la dette se creuse. Et la façon de la financer est de plus en plus virtuelle. Rien n'est dit en effet dans l'accord de Bruxelles sur la façon dont seront financés les 60 milliards d'euros pris dans le budget de la commission. Rien n'est dit non plus sur la façon dont les 400 autres milliards seront trouvés puisqu'il s'agit de contributions facultatives des pays membres; rien n'est dit encore sur la façon de contraindre les pays de l'Union européenne à réduire dès maintenant leur dette souveraine.
Rien n'est dit sur la maîtrise de la spéculation, qui va continuer à faire des profits pour compte propre avec l'argent des autres.
Pour l'instant, tout se passe comme si les Etats, résignés, acculés, se soumettaient chaque jour davantage aux marchés, en leur empruntant de plus en plus de cordes pour se faire pendre. Il est encore temps de l'éviter. Et, pour une fois, il ne faudrait pas attendre qu'il soit trop tard pour le décider.
L'Union européenne doit prendre immédiatement l'engagement de mettre œuvre un contrôle direct des dépenses de tout pays dont la dette dépasserait le seuil de 90% du PIB (Produit intérieur brut) et dont le service de la dette dépasserait 40% des revenus fiscaux. Si l'Union ne prend pas dès maintenant ces engagements, le FMI (Fonds monétaire international) interviendra et l'Union explosera, en raison de l'intervention des autres.
Cette menace de perte de souveraineté sera la meilleure façon de faire comprendre l'urgence d'un rétablissement des finances publiques. Pour éviter ces désastres, il faut agir très vite. Et massivement. Autrement dit, ce ne sont pas de plans de rigueur dont les pays de l'union ont besoin aujourd'hui, mais de plans-catastrophe.
Jacques Attali
LIRE EGALEMENT: Le déficit doit être détruit avant qu'il nous détruise, Quand la dette devient une question de société et Il faut renforcer l'intégration européenne.
Image de Une: Lingots d'or Reuters
Mis à jour le 11/05/2010 à 9h19











































Et je propose que Jacques Attali soit nommé ministre du plan-catastrophe.
M. Attali, vous voulez mettre l'Italie et Berlusconi sous tutelle tout de suite et la France de Sarkozy demain ? Il n'y a pas un seul dirigeant européen pour soutenir ce que vous imaginez. Cependant vous avez raison, les problèmes de la zone Euro sont devant elle. Et un sentiment anti-européen va continuer d'enfler en Allemagne ce qui risque de mal finir pour nous.
En effet, ce sont eux qui ont précipité une vraie réponse européenne aux problème de la dette et qui vont peut-être accélérer une vraie intégration européenne: l'UE n'avance qu'à grands coups de pieds dans les fesses ou si vous préférez que devant l'extrême nécessité avec le problème que ses réponses sont à court terme et n'assurent que le passage de moments difficiles. C'est largement insuffisant et c'est dans les moments de vaches moins maigres qu'il faudrait s'atteler pour réduire ensemble les problèmes structurels mais alors les spéculateurs ne sont plus là pour nous botter le derrière et nous pensons davantage alors à améliorer notre bien-être présent qu'à essayer de résoudre les problèmes tout aussi présent mais moins palpables comme le contrôle des dépenses à l'échelle d'un pays.
Au passage, quels sont les pays européens qui entrent dans la catégorie: Dette>90% PIB et Dette>40% revenus fiscaux?
Les Etats européens se conduisent un peu comme ces accros de la consommation (surtout aux US) qui vivent avec dix (ou plus) cartes de crédit et qui remboursent chaque solde en tirant sur une autre carte; ils finissent par se croire riches alors qu'ils sont hyperendettés!
Et cela finira comment? par des renégociations de dettes souveraines, comme d'habitude; et tout le reste n'est que poudre aux yeux!
La crise spéculative est un symptôme d'un mal bien plus vaste. Le système monétaire n'est plus adapté à la réalité. Basé sur la rareté, qui en fixe la valeur, il fonctionnait tant bien que mal dans un monde où l'immatériel n'avait de l'importance que s'il avait une solide assise matérielle. Effet pervers, cette rareté était souvent provoquée artificiellement, à des fins spéculatifs.
Depuis une vingtaine d'années, l'immatériel se détache progressivement du matériel, grâce à l'essor des réseaux électroniques, ce qui a pour effet le recul de la rareté. Concrètement, l'immatériel suit une logique exactement contraire à celle du matériel: une information n'a de valeur que si elle est partagée; une œuvre culturelle que personne ne désire partager n'a pas de valeur, elle sera condamné à la rareté.
Lier l'immatériel à l'économie monétaire est donc une aberration. La seule sortie possible et durable de la crise serait de réparer cette erreur de logique, pour que l'immatériel sorte de l'économie monétaire. Impossible? Pas si sûr, la partage sur les réseaux « peer to peer », indomptable par la législation est un pas vers un système bien plus logique: la négation de la valeur monétaire de l'immatériel, mais une augmentation de sa valeur absolue.
La solution durable se dessine peu à peu: la séparation de l'économie matérielle et de l'anti-économie immatérielle. Que l'argent serve à acheter la nourriture, payer son logement et ses déplacements, aménager son environnement matériel, rémunérer un service que l'on a expressément commandé, c'est normal. Que l'argent serve à acheter une idée, une information, une œuvre immatérielle, ce n'est pas logique. Il reste donc à inventer un système où l'anti-économie de l'immatériel sera aussi rémunératrice que l'économie matérielle. Je sais que c'est possible, à l'aide de la foi, non pas en un Dieu improbable, mais bien en l'Humain et ses rêves, qui constituent sa dimension spirituelle. Tant que nous n'aurons pas expulsé les marchands de ce temple qu'est l'imagination humaine, nous nous enfonceront de plus en plus profondément dans cette crise, qui n'est à mon sens pas simplement une n-ième crise économique, mais une crise de l'Economie en tant qu'idée.
Je me demande combien peut représenter actuellement le remboursement de la dette et des intérêts dans le budget Français par rapport au PIB? Sachant que la dette est de 1500 milliards d'euros si je ne me trompe pas.
Je me demande aussi si sur l'argent dette de paul grignon les réserves des banques ne sont pas sous evaluées sur la video?
voir video sur le lien ci-joint ou tappez argent dettes sur votre moteur de recherche favori
http://vimeo.com/1711304
Dans l'attente de votre réponse recevez mes salutations cordiales.
Stéphane
C'est un grand classique dans toute discussion de "café du commerce" avec un(e) (digne) représentant(e) de la droite : le moment où il (ou elle) vous dit : "de toutes façons, les chômeurs, ce sont tous des tricheurs et/ou des paresseux" !!!
Actuellement, cette "tarte à la crème" nous est servie pour la population grecque au minimum, et elle est assez facilement étendue à l'ensemble des citoyens de l'Europe...
Nous nous sommes laissés bercer par la facilité et nous avons vécu au dessus de nos moyens....
L'article de Mr Attali est un petit peu plus à gauche que celui de Mr Colombani...
Rétablir l'équilibre budgétaire est certes un but louable...
Le gouvernement français s'est engagé à faire porter l'effort "aussi sur les riches"...
Il ne nous reste plus qu'à espérer qu'il tienne ne fut-ce qu'un tout petit peu sa parole.
En Angleterre, selon une statistique récente, le taux d'inégalité sociale est revenu au même niveau qu'au temps de Dickens....
Et quand se décidera-t-on à fermer tout simplement ces casinos planétaires appelés "bourses"
(ne me faites pas rire en disant que c'est là que les industriels honnêtes trouvent des fonds pour développer leurs entreprises...)
Fermer les bourses ? C'est peut-être une bonne idée. Mais je ne vois pas ce que ça changerait au problème de la dette française.
Oui, nous avons tous collectivement, vous comme moi, vécus au dessus de nos moyens : Soit en ne créant pas assez de richesses (35 heures), soit en ne payant pas assez d’impôts (baisse des impôts depuis 10 ans), soit en dépensant plus que ce que nos impôts pouvaient payer (Coût de l’administration).
Franchement, vous prêteriez de l’argent à une personne physique, une entreprise, un état qui chaque année emprunte un peu plus et refuse de réduire son niveau de vie à hauteur de ses revenus ? A une personne qui vous emprunte pour vous payer les intérêts qu’elle vous doit ? Probablement à un moment vous diriez : « stop, je ne prête plus ».
En France nous n’en sommes pas là, mais nous en sommes proches. Et si nous ne montrons pas notre capacité à nous remettre en question, alors nos créanciers feront des prévisions à 1, 2 ou 3 ans. Ils n’attendront pas que nous en soyons là pour avancer leur décision de ne plus prêter s’ils ont la conviction qu’ils ne reverront pas leur argent.
Peut-être doit on interdire la spéculation financière, ceux qui jouent contre notre dette. Mais une fois que vous avez supprimé les spéculateurs, il reste la dette. Que vous soyez de gauche ou de droite.
Même si on part d'une bonne intention,je suis persuadé qu'il est dangereux de vouloir interdire la spéculation financière en ce qui concerne ce qu'on appelle les dettes souveraines ou dettes des états. Dans ce type de déficits, les spéculateurs ne jouent qu'un seul rôle : ils accélèrent des mouvements financiers inéluctables et renforcent la prise de conscience des citoyens concernés des défaillances de la gestion de leur budget. Pourquoi les spéculateurs ne s'attaquent pas à la monnaie chinoise ou norvégienne, c'est parce qu'ils savent pertinemment qu'ils n'obtiendront pas gain de cause et bénéfices pour eux-mêmes. Ils sont comme les grands prédateurs, ils s'attaquent d'abord aux animaux les plus faibles du troupeau, ici en l'occurrence aux monnaies des pays les plus mal gérés, ils sont un indicateur de mauvaise gestion financière. Il me semble donc démagogique de vouloir interdire la spéculation: casser le thermomètre n'a jamais fait baisser la température!
"sortir de l'engrenage de la dette en créant des bons européens de Trésor qui empruntent au nom de l’Europe ». En complément, il serait optimal que l’affectation de cette capacité nouvelle d’emprunt soit réservée à un "fonds défaisance" où serait cantonné l’ensemble du surplus d’endettement des Etats européens induit par la crise (tout surplus au-delà des 3% du Traité à appliquer absolument). Les recettes de ce fonds proviendraient d’une augmentation de la TVA européenne affectée pour moitié à ce fonds et l’autre à la relance par l’investissement dans l’ industrie et le recherche "verte" : le supplément de taux de TVA serait modulé entre + 3 et – 3% au regard du caractère polluant ou économe en énergie des produits: c’est la structuration des prix qui induira nécessairement les changements de comportement indispensables tout en jouant un rôle de rééquilibrage du commerce extérieur européen en faveur du développement durable contre l’importation de produits polluants… Chaque Etat pourra amortir selon ses spécificités économiques l’augmentation de TVA par une action sur sa fiscalité directe pour favoriser la demande.
Je ne pense pas que les jeunes -qui voient déjà la difficulté à trouver un job où à se faire augmenter- accepteront éternellement de payer pour ces vieux qui les ont endetté.
On commencera par remonter la csg actuellement minorée des plus vieux d'entre nous. Puis on prélèvera leur patrimoine, enfin on rabotera leurs pensions et que sais je encore. M Attali, le corps social réagira -et plus encore en France qu'ailleurs en Europe- du fait de notre démographie et d'un certain tropisme insurrectionnel.
J'ai la chance de fréquenter un peu ces 25/30 ans qui démarrent leur vie active: c'est peu de dire qu'ils sont critiques à notre égard.
La Grèce a une dette publique de 113% de son PIB et un déficit de 14% du PIB également; prenons une dette avec des intérêts de 4% en moyenne:la Grèce doit payer chaque année 4,5% de son PIB en intérêts et réduire en même temps son déficit de 4 ou 5 points par an , soit réduire ses dépenses de 9 à 10% de PIB par an, pour que sa situation financière ne se dégrade pas, car le plan de soutien de l'UE n'est pas une aide, c'est un prêt-relais, sans plus!
Alors, M.Attali, expliquez-moi par quelle mécanique la Grèce peut s'en sortir sans une renégociation de sa dette!
Beaucoup de vrai dans cet article et de bon sens dans les commentaires.
Quelques soient les solutions trouvées - "la rigueur", "le resserrement" ou le bon vieux "taxons les riches", n'oublions jamais que la dette c'est NOUS!
Depuis des années nous avons laissé nos gouvernements dépenser en NOTRE faveur plus que NOUS avons voulu contribué en impôts.
Tous les pays occidentaux, plus le Japon, sont concernés quelque soit leurs penchants politiques respectifs.
Parfois cet argent est bien dépensé (santé, écoles etc.) parfois non (dépenses militaires inutiles, administrations excessives et mal dirigées). Mais, via nos gouvernements, nous acceptons ces dépenses et souvent - surtout en France - nous demandons bien davantage.
En attendant nous avons tous joué "au casino" - si ce n'est qu'en achetant sa maison principale à 100 pour le vendre à 150 voir 200, en achetant un 2e voir 3e téléphone portable et une grosse voiture pour allez au supermarché le plus proche.
La dette excessive est une plaie. Les grands méchants spéculateurs ne sont que des bactéries qui s'attaquent à cette plaie. Quelque part ils font leur sale boulot.
Si l'on veut les voir disparaître, fermons les plaies. Au chômage, ils se convertiront en banquiers sages!
Notons en passant que tous les pays du UE (c'est à dire NOUS!) viennent de repousser la très sage proposition d'Attali de faire soumettre les budgets nationaux à un contrôle de Bruxelles – parfois avec véhémence (ex : Melanchon devenu souverainiste au nom de la démocratie...!)
Qu'allons-nous dire? Probablement rien! Les bactéries ont encore de beaux jours devant eux!