Life

Influencer ses rêves, c’est possible

Brian Palmer, mis à jour le 10.05.2010 à 19 h 20

Comment se servir d'un petit somme pour tenter d'y voir plus clair.

Les siestes pourraient aider à mémoriser des images et à résoudre des problèmes — à condition de rêver de ces images et problèmes.

Dans le cadre de l'étude qui s'est penchée sur le sujet, les cobayes humains devaient se déplacer (dans la réalité) dans un labyrinthe virtuel en 3 D. La moitié d'entre eux ont ensuite fait une sieste de 90 minutes. Ceux qui ont rêvé du labyrinthe se sont révélés dix fois meilleurs à cet exercice que les autres dormeurs ou sujets n'ayant pas réussi à dormir. Admettons que vous vouliez vraiment trouver la sortie de ce labyrinthe, pouvez-vous vous forcer à la rêver?

Ce n'est pas impossible. Le plus souvent, nous rêvons des choses qui nous préoccupent le plus dans la journée. Si bien que la meilleure façon de créer un rêve «ciblé» est de penser à une chose en se convaincant qu'elle a une véritable importance.

Les chercheurs qui travaillent sur le sommeil demandent généralement à leurs cobayes de rêver de choses sans importance concrète dans la réalité, par exemple un labyrinthe ou un casse-tête. Ils peuvent tenter de forcer les rêves des participants en leur demandant de noter des éléments du thème du rêve désiré juste avant d'aller se coucher. Ils peuvent aussi proposer des exercices de visualisation ou de chant. (Des études antérieures ont établi que la répétition mentale d'une phrase est plus efficace que quelqu'un qui vous chuchote à l'oreille.)

Cependant, nul ne peut dire avec certitude si ces techniques d'«incubation de rêves» fonctionnent réellement. En 1974, William Dement, chercheur à l'Université de Stanford, a fait subir des tests à 50 étudiants pour voir s'ils étaient capables de résoudre en rêve un problème portant sur un mot. Aux fins de cette expérience, il a demandé aux participants d'écrire sur une feuille le mot du problème et d'en visualiser les lettres avant de s'endormir. Environ 20% d'entre eux ont réussi à rêver du problème, et 7% l'ont résolu !

Dans une étude plus récente réalisée par Deirdre Barrett (Université de Harvard), le chercheur a demandé à des étudiants de résoudre un problème plus personnel. La majorité a choisi un devoir à rendre ou un problème relationnel. La moitié des étudiants a réussi à faire un rêve en rapport avec le problème choisi et à s'en souvenir.

L'étude publiée cette semaine montre que certains étudiants ont commencé à rêver du labyrinthe dès la première minute de l'endormissement. On comprend encore mal la transition entre la veille et le sommeil (le moment où on s'endort s'appelle l'état hypnagogique; quand on vient tout juste de se réveiller, cela s'appelle l'état hypnopompique). Les recherches récentes dans ce domaine suggèrent que l'assoupissement n'est pas un processus cérébral linéaire (PDF) et qu'on alterne plusieurs fois entre l'état de veille et de sommeil avant d'être pris par le sommeil.

Les chercheurs sont obligés de tracer une ligne finalement assez arbitraire entre ces deux états, car ils ont généralement besoin que certaines ondes cérébrales disparaissent pendant 30 secondes sur un électroencéphalogramme. De nombreux chercheurs pensent que le moment où on peut exercer le contrôle maximal sur ses rêves - si c'est ainsi que l'on désigne les images et séquences hypnagogiques qui défilent sous forme de flash dans le cerveau - se situe au cours des premières minutes de sommeil.

Ces images peuvent être tout aussi impressionnantes que celles des rêves de sommeil paradoxal ou dit REM qui ont tant intéressé Freud et Jung. Friedrich August Kekulé a eu une vison de ce genre: un serpent se mordant la queue. C'est immédiatement après qu'il réalisa que la structure du benzène se présentait sous la forme d'un anneau et non d'une chaîne droite. De la même façon, on raconte que Mendeleïev a rêvé d'une image du tableau périodique des éléments. (Certains historiens mettent pourtant en doute ces «création de rêves» de la part de Kekulé ou Mendeleïev.) En tout cas, de nombreux artistes sont allés puiser leur inspiration dans leur état hypnagogique. C'est notamment le cas du poète britannique Samuel Taylor Coleridge.

Brian Palmer

Traduit par Micha Cziffra

Photo: Au festival de musique All Points West, dans le New Jersey, en août 2009. ERIC THAYER/Reuters

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