Égalités / Santé

La chirurgie de l'endométriose peut aggraver la douleur des femmes

Temps de lecture : 3 min

Cette opération souvent recommandée en cas de fortes douleurs n'est pas adaptée à la majorité des patientes et peut empirer leur condition à long terme.

L'endométriose touche une femme sur dix. | Jonathan Borba via Unsplash
L'endométriose touche une femme sur dix. | Jonathan Borba via Unsplash

L'endométriose touche une femme sur dix dans le monde. Elle se caractérise par la prolifération, en dehors de la cavité utérine, de tissus semblables à celui de la muqueuse utérine, qui peuvent se développer dans plusieurs organes du corps. Lorsque cette inflammation chronique atteint un stade avancé, le corps médical peut proposer une opération de chirurgie laparoscopique, afin de retirer du corps les tissus endommagés.

Cette pratique est cependant remise en cause par plusieurs médecins, qui estiment qu'elle peut aggraver la condition de certaines patientes, notamment celles chez qui l'endométriose aurait déclenché d'autres complications de santé.

«Nous constatons que les patientes ne vont pas toujours mieux avec la chirurgie, et que celles qui y parviennent se sentent souvent mieux pendant une très courte période», note Andrew Horne, professeur de gynécologie à l'université d'Édimbourg.

Privilégier des traitements personnalisés

On distingue trois formes d'endométriose : l'endométriose péritonéale superficielle, l'endométriose ovarienne kystique, et l'endométriose profonde. D'après le docteur Horne, ces trois types d'endométrioses étaient jusqu'à présent traités de la même façon, généralement via une opération chirurgicale, ce qui ne tient pas suffisamment compte de leurs spécificités pathologiques respectives.

Si Horne reconnait les bénéfices considérables liés à l'ablation des kystes dans le cas des patientes atteintes d'une endométriose ovarienne, il souligne que 80% des patientes souffrent d'une endométriose péritonéale superficielle. Dans cette configuration, il est moins probable que le tissu endométrial lui-même soit à l'origine de la majorité des douleurs et des symptômes, et une opération pourrait aggraver la situation. La plupart du temps, la douleur est liée à la façon dont le tissu malade interagit avec les nerfs du petit bassin. Mais là encore, ce n'est pas une règle:

«Il existe de nombreux mécanismes différents qui peuvent causer la douleur dans l'endométriose, et les différents types de douleur répondront à différents types de traitement», explique Katy Vincent, professeure associée à l'université d'Oxford, spécialisée dans la douleur et l'endométriose. Pour elle, la chirurgie est un outil important, mais qui doit être utilisé avec discernement et dans le cadre d'un traitement personnalisé.

Le nerf de la guerre

De plus en plus, les recherches montrent que de nombreuses femmes atteintes d'endométriose souffrent de douleurs neuropathiques, qui émanent de terminaisons nerveuses endommagées. Cela peut être lié au fait que les nerfs entourant les lésions liées à la maladie deviennent hypersensibles, au fait que certaines lésions peuvent comprimer les nerfs, ou encore au fait que les nerfs aient été endommagés lors d'une intervention chirurgicale. De fait, les médecins sont souvent obligé·es de trancher certains nerfs afin de retirer le tissu endométrial.

Dans le cas de douleurs neuropathiques, une opération pourrait se révéler plus dommageable à long terme, estime Katy Vincent. Pour elle, des traitements médicamenteux pourraient se révéler bien plus efficaces, mais aucun médicament n'a encore été approuvé dans le cadre d'un traitement de l'endométriose, faute de recherches.

Une douleur trop familière

Certaines patientes, qui ont subi des douleurs intenses et prolongées sans soulagement, peuvent développer une sensibilisation centrale à la douleur, qui implique le système nerveux. «L'état psychologique qu'une patiente développe en vivant avec la maladie aggrave la douleur», relate Katy Vincent. L'expérience de douleurs chroniques inexpliquées peuvent provoquer un état anxieux ou dépressif, susceptible de perpétuer et d'aggraver le cycle de la douleur.

Dans la mesure où toute douleur ressentie passe par le système nerveux et la colonne vertébrale, il est essentiel de connaître l'origine d'où proviennent la majorité des douleurs. Si la chirurgie ne fonctionne pas dès la première fois, répéter les opérations pour éliminer le plus possible de tissus malades ne résoudra pas le problème, et pourra exacerber la douleur en rendant le corps plus sensible.

À ce jour, les spécialistes de l'endométriose misent sur une amélioration des outils d'imagerie, et notamment des scanners IRM, qui pourraient permettre de mieux dépister l'endométriose superficielle et profonde, sans avoir à en passer par la chirurgie. Cela permettrait d'affiner les types de traitements selon les profils des patientes. Toutefois, la recherche sur l'endométriose demeure largement sous-financée, et le fait qu'il s'agisse d'une maladie touchant les personnes de sexe féminin n'y est pas étranger.

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