Boire & manger / Santé

Savez-vous vraiment lire le Nutri-Score?

Temps de lecture : 6 min

Mieux vaut comprendre la manière dont il est calculé avant de ne remplir votre panier que de produits classés A.

Dans un supermarché à Bruxelles, le 4 avril 2019. | Laurie Dieffembacq / Belga / AFP
Dans un supermarché à Bruxelles, le 4 avril 2019. | Laurie Dieffembacq / Belga / AFP

«Je regarde le Nutri-Score lorsqu'il s'agit de choisir entre deux produits équivalents, entre lesquels j'hésite. Sinon, je me fiche de voir la note des produits comme les glaces ou les sucreries: je sais qu'ils ne sont pas terribles d'un point de vue nutritionnel mais je les achète quand même», témoigne Antoine.

«Je regarde de plus en plus le Nutri-Score car il est un indicateur simple et efficace à comprendre. Je ne sais pas si cet étiquetage est vraiment juste mais j'ai tendance à m'y fier. J'ai arrêté d'acheter quelques produits oranges ou rouges», nous explique pour sa part Anthony.

Comme nombre de Français mais aussi de Belges, Suisses, Espagnols, Allemands, Néerlandais et Luxembourgeois, regarder le Nutri-Score des aliments qu'ils achètent est pour Antoine et Anthony devenu une habitude lorsqu'ils sont au supermarché. Mis en place pour la première fois en France en 2017, ce logo apposé sur la face avant des emballages s'est imposé comme un repère nutritionnel clé. Pour autant, savons-nous l'utiliser avec pertinence? Dans quels cas est-il utile?

Savants calculs et légères modifications

Concrètement, le Nutri-Score d'un aliment est calculé de manière normée pour 100 g ou 100 mL de produit selon sa teneur en nutriments et aliments à favoriser (fibres, protéines, fruits, légumes, légumineuses, fruits à coques, huile de colza, de noix et d'olive) et en ceux à limiter (forte densité calorique, acides gras saturés, sucres, sel). Le score obtenu par ce calcul permet d'attribuer une lettre et une couleur aux produits, du plus favorable (classé A/vert) au moins favorable (classé E/rouge) sur le plan nutritionnel.

Anne-Laure Laratte, diététicienne nutritionniste à Rennes, oppose d'emblée quelques réserves: «Je trouve le système de notation assez flou sur les facteurs nutritionnels. On trouve dans les rayons aussi bien des haricots verts que des frites classées A. Ce n'est pas logique.»

Il semble ainsi que, par un savant calcul, certains industriels puissent modifier le Nutri-Score de leur produit en changeant sa teneur en différents ingrédients sans pour autant le rendre nécessairement plus sain. On l'a vu récemment avec une célèbre marque de céréales chocolatées pour enfant qui, malgré leur passage au score B, demeurent extrêmement sucrées et restent un produit transformé relativement peu équilibré. On mesure aisément l'argument marketing, moins le bénéfice pour la santé des enfants: consommer ces céréales serait équivalent à consommer une tartine à la confiture. Les calculs ne sont pas bons, Kevin...

Comme le fait remarquer Élodie Grenier-Mazelle, diététicienne à Paris: «Le Nutri-Score ne concerne que les produits préemballés et ajoutons qu'il n'est pas obligatoire de l'apposer. Ainsi les industriels peuvent jouer le jeu ou non. Ils peuvent aussi modifier légèrement la composition de leurs produits pour être dans les clous, sans pour autant réellement offrir une véritable valeur ajoutée.»

Anne-Laure Laratte trouve qu'il y a là quelque chose d'anti-éducatif: «Il vaudrait mieux apprendre à lire les étiquettes.» En effet, il suffit de retourner le paquet pour lire la déclaration nutritionnelle obligatoire qui inclut la valeur énergétique, la quantité de matières grasses, d'acides gras saturés, de glucides, de sucres, de protéines et de sel. Celle-ci permet de comprendre plus aisément les points forts et les points faibles de tel ou tel produit et d'équilibrer sa journée, sinon sa semaine alimentaire en fonction.

Savoir lire l'étiquette permet d'estimer pour ce produit un NutriScore D. | Slate.fr

La diététicienne nutritionniste ajoute: «La notation ne prend pas en compte la manière dont l'aliment est préparé.» Il est est vrai que si vous faites revenir vos haricots dans une sauce très riche, leurs qualités nutritionnelles s'en verront nécessairement très différentes dans l'assiette. De même pour nos frites classées A: ces simples pommes de terre découpées en frites n'auront pas la même valeur si elles sont passées au four ou dans un bain de friture...

Ultra-transformé mais classé A

Élodie Grenier-Mazelle insiste sur le fait que le Nutri-Score est calculé sur 100 g de produit, indépendamment du produit dont il s'agit (huile, fromage, etc.) et mesure les limites de cette notation: «Mangeons-nous du fromage pour sa teneur en fibres et en fruits et légumes? La réponse est nécessairement non. Ainsi, le barème utilisé pour le Nutri-Score ne va pas non plus être favorable à ce type d'aliment, d'autant que le cahier des charges de certains fromages notamment AOC / AOP suppose un certain taux de matières grasses, susceptible de plomber encore plus le score du produit. Le score apposé ne devrait pas alors, tout comme pour l'huile, inciter à ne pas consommer l'aliment mais à en contrôler la quantité ingérée. N'oublions pas que le Nutri-Score se base sur 100 g de produit, or il est quand même rare de vouloir consommer 100 g d'huile ou 100 g de fromage quotidiennement.»

Notons que devant les recommandations de consommation des huiles de colza, de noix et d'olive, la réglementation a évolué pour laisser place à la possibilité d'un Nutri-Score C en fonction des apports en acides gras mono et polyinsaturés des huiles.

Nos deux spécialistes s'accordent sur le fait que le Nutri-Score met à un même niveau les aliments peu transformés et ceux qui sont ultra-transformés –donc d'un moindre intérêt nutritionnel. «Le Nutri-Score ne tient compte ni des additifs ou pesticides potentiellement présents, ni de la qualité des ingrédients utilisés, ni du degré de transformation du produit», souligne Élodie Grenier-Mazelle.

En outre, elles notent que ne consommer que des produits classés A pourrait créer des carences. La professeure Monique Romon, médecin nutritionniste, précise: «Si on ne gardait que les aliments classés A, il manquerait les lipides qui sont pourtant essentiels à notre équilibre.» Celle-ci signale, de plus, que chez les personnes sujettes à des troubles du comportement alimentaire, une focalisation sur le Nutri-Score pourrait mener à des conduites orthorexiques, toxiques aussi bien psychologiquement que physiquement. «Une alimentation saine et équilibrée ne suppose pas une consommation exclusive de produits notés A ou B ni une consommation proscrite de produits notés D ou E», martèle Élodie Grenier-Mazelle.

Mais alors, faudrait-il tout jeter dans le Nutri-Score? Pas nécessairement. S'il semble inadapté pour les produits les moins transformés –farines, huiles, etc.–, il peut s'avérer pertinent pour les aliments industriels comme les plats tout préparés. Non pas pour remplacer le fait-maison qui est toujours à privilégier, mais pour effectuer de meilleurs choix (ou les choix les moins pires, c'est selon).

À consulter avec modération

Élodie Grenier-Mazelle explique: «C'est un repère visuel clair et pratique qui permet aux consommateurs de faire le choix le plus judicieux possible entre deux produits a priori quasi identiques. Il sert ni plus ni moins à distinguer ce qu'on peut consommer souvent et ce qui doit être limité.» La Pr Monique Romon prend un exemple: «Si j'ai envie d'une pizza margherita surgelée, le Nutri-Score va me permettre de faire le choix le plus raisonnable tout en sachant que c'est un aliment à consommer de manière raisonnable et non quotidiennement.»

En effet, si les produits industriels sont une source de plaisir et qu'ils sont souvent bien pratiques et peu onéreux, les spécialistes recommandent de privilégier les aliments les moins transformés possibles. En ce sens, Anne-Laure Laratte déplore: «Le Nutri-Score tend à banaliser les produits transformés.»

Pour la Pr Monique Romon, il est important de déployer une éducation nutritionnelle positive: «Il faut faire retrouver aux gens le plaisir de manger et de cuisiner. Beaucoup de personnes ne sont pas forcément sensibles aux arguments santé; il faut en trouver d'autres: le plaisir et la convivialité en font partie.»

De son côté, Élodie Grenier-Mazelle s'interroge: «Pour une vision plus globale et avisée, le Nutri-Score devrait, pour être affiné, être complété par des scores type Nova/Siga (degré de transformation) ou Éco-score (impact écologique), mais est-ce viable? Peut-on imposer au consommateur d'avoir à prendre en compte plusieurs facteurs et notations pour choisir son paquet de gâteaux? N'est-ce pas ajouter une difficulté supplémentaire? Depuis quand faire ses courses doit-il devenir une prise de tête? Ne doit-on pas plutôt inciter les gens à faire leurs gâteaux (ou même simplement leurs carottes râpées) eux-mêmes et ne pas les culpabiliser si tel n'est pas le cas?»

Alors, quid du Nutri-Score? Pourquoi pas, mais avec modération et surtout pour choisir vos lasagnes surgelées pour le déjeuner au bureau... du moins si vous en avez les moyens. «Les produits pré-emballés les moins intéressants nutritionnellement parlant sont les moins chers, regrette Élodie Grenier-Mazelle. Le Nutri-Score dans une certaine mesure ne s'intéresse donc qu'à une partie de la population: celle qui a les moyens de choisir.»

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